C. — D£veIopp«mttnt das Bons français depola 1« Xin- Biëcl
Après la restitution de la Normandie à la France (1204), le français fut de plus en plus abandonné en Angleterre, En France, la langue littéraire normande (que nous considérons, on s'en souvient, comme un francien légèrement modifié par des influences dialectales), fit place au dialecte francien pur, celui dont s'est torniée la langue française qui s'écril encore aujourd'hui.
Le Français et le Procençal. 4
Le francien se sépare d'abord du Donuaiid par sa graphie : il note par o on ou le son ç, que le normand indiquait par o et pins ordinairement par u ; et dans paiier, proiier, etc. , il écrit volontiers deux fois l't qui appartient aux deux syllabes (norm. paier, preier).
Les traits dialectaux par lesquels le francien se distingue du normand sont les trois suivants :
1) Le francien a changé en â le son ë, sauf quand le son immédiatement précédent était un i {bien, moyen). Ex. :/ormant ^:^ foktimente ; vant ^^ vendit ; candange =: vinde-
HIAM.
2) Parallèlement à ?, le francien a aussi diphtongue Ç, tandis que le normand connaît seulement et résultant de f, mais non ou (eu) de ^. Le francien a, dès le xii' siècle, changé en eu la diphtongue développée de j> : Franc. /oieus seigneur eure, norm. joius aeignur ure.
3) De même que ou devenait eu, ei devenait ci, mais toutefois depuis le xiii* siècle seulement. Oi est toujours demeuré inconnu des dialectes de l'Ouest. Au Nord et à l'Est oi s'était introduit déjà à une époque antérieure {noierfs Jonas ; poine dans les assonances des Lorrains). Dès le xni" siècle, 01 prend la prononciation oç, oç.
19. Dans d'autres cas, nous trouvons en francien des degrés phonétiques plus développés, qui se préparaient déjà en normand. C'est ainsi que ç est identifié à ç [net : fait). Cette transformation s'est opérée peu à peu ; elle a commencé au xh' siècle, mais n'a été accomplie qu'au xin*. Dans çls = iLLos, la transformation n'eut pas lieu, la dissolution de l aj-ant déjà été opérée. De même, c'est au xii" siècle que le son sa commencé à devenir muet devant les consonnes ; ce fait a eu pour conséquence un allongement de la voyelle précédente, qui se produit partout, sauf dans les voyelles atones (dans e« + consonne initial,p. ex.cscriVe; dans cest, ceste.chascun; dans les formes faibles nostre, toatre).
Au xiii" siècle, ï et s sont identiques à la fin des mots. Té,
di, ia, dx [chanter, joïr, cent, dote) perdent leur avant-aon on premier élément ^ ou rf. Le ( final devient muet *. La diphtongue ue est contractée en ô, excepté dans avec de aouec = APUD HOC, ilec de iVuee', malveillant, bienoeillani, orgueilleux, où elle avait déjà antérieurement été réduite ke.
20. Pendant le xiv» et le xv* siècle, il s'est introduit quatre principaux changements phonétiques, qui ont de plus eu plus fait avancer l'ancien français vers la langue moderne.
L'ancien ié est devenu é, tant dans la flexion verbale, où l'on rencontre poor une même désinence e à côrà de ie {garder laiaaier, gardez laiasiex, gardé laissié), que dans le vocabulaire en général, quand ie était précédé de ch ou de g {cerchier, legier). Dans le premier cas, on a probablement affaire à un changement analogique ; dans le second, à un changement phonétique. Le dernier s'est accompli un peu plus tard que le premier et ne s'est achevé qu'au seuil du xvi* siècle. Devant une nasale, te s'est maintenu (exemple unique, chien).
Un caractère propre au xrv* siècle et plus encore au xv', c'est une certaine hésitation en ce qui concerne le nombre des syllabes de beaucoup de mots : il arrive qu'un même po^te, tantôt les compte toutes, tantôt en contracte deux enaoBOble. Cette incertitude s'explique surtout par l'apparition des cbaugements phonétiques suivants' : e sourd devient muet dans le commencement ou le corps d'un mot devant une voyelle : ekeoeleûre, empereeur, Loeïa, Beorges, geene, veoir. neii, ûeïssé^eûase, cag^e. Des graphies tellesque Boorgea, aage montrent que « fut d'abord assimilé à la voyelle suivante, puis se confondit avec elle. E s'est maintenu, et est devenu ç dans quelques termes du style judiciaire {aéance, échéance, péage), dans abbaye (propr. abeïe] à cause de abbé,
l) La forme ce jour poai cest Jour est déjà attestée en 1246. S) Déjà en 1248.
3) Nous suivons ici en général Toble^, Le Vere français ancien, et moderne, Paris, 1885.
dans géant et céana qui par suite de la chute de e se seraient confondus avec d'autres mots ; enfin dans obéir. A devient muet, lui aussi, devant une voyelle accentuée : saoul ^ SATULLUM, gaaing et gaaignier, aousi := agustum, chaeine chaaine ^ catenam.-
La prononciation d'Orléans, de Cliartres et de laNoroiandie contractait eu en la diphtongue eu. Les mots bonheur et malheur, anc. franc, bon eiir, mal eilr de bonum (malum) AGURiUM, se sont prononcés à Paris, jusqu'au xvii« siècle, bonur, malur; la langue cultivée se rallia, pour la prononciation, aux dialectes voisins du Sud et de l'Ouest, De même en anc. français jejunare donne jeûner, etPATUTUH (de FATUM -f- -oTUM),/eM; mod. jeûner, /eu.
Une réduction des deux voyelles à une diphtongue (dont l'accent fut port^ sur la voyelle jusqu'alors inaccentuée) se produisit aussi pour aï, ot, uï : traître traître, aïde aide, haïne haine, roine roine à côté de reïne reine, fuïr fuir ; et, en outre, pour ië dans peestre {= pedestrem) piètre, anciien (^= ANTE -|- -ianum} ancien, cresiiien {= curibtianum) chrétien, familiier {■= pamiliarem) familier ; pour uë, ia, oui dans écuelle =^ scutellam, mande, diable, oui (anc. fr. oïl) ; pour ions iex dans la 1™ et la 2» pers. plur. de l'imparfait et du conditionnel; pour oë, qui, après la réduction, reçut le même son que la diphtongue écrite oi, dans moelle anc. fr. meole = medullam, poêle anc. fr. paele =^ patellam, Jbuet de /au = FAGUM + -ittum.
Trahir, trahison, pays, etc. sont restas disyllabes.
L'e sourd devient en outre muet lorsqu'il est précédé d'une voyelle plus pleine ou d'une diphtongue ; ex. : prai(e)rie, li{e)mier, mi[e)nuit, agré{e)ment, déBoù{e)menl ; après une voyelle accentuée iau{e) = aquam, irour)oi{e), r>endoz{e) et de même dans la 2^ pers. sing. et la 3» pers. plur. de l'imparfait et du conditionnel. Après les consonnes, e est devenu muet dans la langue vulgaire depuis le xvi» siècle : p(e)tite, mir{ent).; dans la langue cultivée, beaucoup plus tard.
31. Les principaux chaDgements qui se produisirent au xvi' siècle sont les altérations des diphtongues au, oi, ai (devant n et dans les cas indiqués ci-dessus où ai vient de ai).
Au était déjà raonoptitoDgue dans la prononciation à l'époqne de Th. de Bèze (1584), ex. : autre, hausse. Le ô résultant de la contraction de au était ouvert [ç], et ne prit qu'au XVII* siècle un son plus grave (p). De même beau devint bep, au xvip siècle be^, et, avec perte de l'e, bç.
La diphtongue oi se prononçaàpartirduxiii* siècle comme oe, puis comme of. Au xvis siècle, la langue populaire et la langue de la cour simplifièrent la diphtongue en la réduisant à ç dans un certain nombre de mots et de formes, où le plus souvent oî accentué est suivi d'un e ou d'un s final. Ainsi dans François, Anglais, monnaie ^ monetam, croie ^ CRETAM, faible = PLEB1LEM, connaisire = cognoscëRE, emploite ^ iKPLiciT/L, croire = CREDERE, erois^z-e ^= CRÉSCERE, drvit ^ DiRECTUM, soit = sit. Ce fait est des plus fréquents dans les imparfaits et les conditionnels : vendoiis] ^^ vende- BAM, r>endroi{a) :^ vendere(hab)ebam. La langue cultivée conserva d'abord sans aucun changement, dans les mots cidessus, le son of, cependant, la prononciation f gagna de plus en plus d'importance, même dans le langage relevé, qui, après quelques hésitations, se décida pour la prononciation o^ dans croire, croître, droit, soit, et à la prononciation simple de ç dans les autres mots et formes : Voltaire introduisit cette dernière prononciation dans l'écriture même ', et l'Académie la reconnut enfin en 1835 [connaître, faible, vendais, pendrais)..
Dans tous les autres cas, la diphtongue p^ est devenue ça, aujourd'hui uà, tandis que la graphie oi du moyen âge reste inaltérée. Ce son pa était déjà connu de Palsgrave (1530); au XVI» siècle il était d'un usage vulgaire, et depuis le xvii« il pénétra dans la langue cultivée, où il régna en
1) Zairi:, 1732.
maître au xviii*. Même les mots moelle, poêle, fouet ont régulièrement adopté la prononciatioQ ça, avec cette réserve seulement qn'à cAté d'elle, existe aussi la proaonciatioD oç que l'orthographe semble recommander.
Oç nasal, par exemple àansjmAt, point, n'est pas devenu oa, et, aujourd'hui encore, rappelle Tancienne prononciation de oi.
Ai dans traître, haine n'a pas conservé longtemps la valeur de diphtongue et a été contracté en f. La même contraction a atteint ai dans les désinences otn, aine. Déjà en 1550, Joachim du Bellay donne comme satisfaisante la rime/on^ames-^ thènes ; d'autres grammairiens du xvi« siècle connaissent encore ai prononcé comme diphtongue ; néanmoins cette prononciation n'a guère survécu au xvi« siècle.
33. Au xvp siècle, les consonnes finales deviennent volontiers muettes, à l'exception de r, devant un mot commençant par une consonne. Elles étaient sonores devant un mot commençant par une voj^Ue, et devant un repos. Quelques traces de cette prononciation sont parvenues jusqu'à nos jours {soitl, net, /ait, plus, gens, tous); à part ces mots, l'habitude de faire sonner la finale devant un repos (et de même à la fin d'un vers) s'est perdue au début du xvn" siècle.
Le xvH» siècle a abrégé la prononciation de rr, sauf dans les exceptions conservées jusqu'aujourd'hui {mourrai, acquerrai) ; ainsi terre et guerre furent changés, dans la prononciation, en tfreetgupre.
En outre, le xvii^ siècle a favorisé une prononciation très ouverte — qui avait sans doute appartenu d'abord au peuple — pour toutes les voyelles nasales, de même que pour pp {qui devint oa), et pour ç suivi d'une consonne. Les voyelles nasales u [un) et ( (in) reçurent vraisemblablement au xvi> siècle une prononciation un peu ouverte ((S et ç), qui devint encore plus ouverte au xvii«. Il en est de même pour $. Par suite de ce fait, il y eut, dans la prononciation.
confnsion entre les sons anciens eun et un, ain et in. Depuis cette époque, le français n'a plus que quatre voyelles nasales ;
E et ie ont depuis le xviiis siècle leur piononciation actuelle : fermée dans la finale d'un mot ou devant une consonne devenue muette ; ouverte, devant toute consonne qui se prononce. Cette règle ne s'est établie que graduellement. On peut déjà au xv siècle reconnaître la prononciation ouverte des désinences iel, ier, ierre, ienne (miel, hier, pierre, gardienne) ; dans la plupart des autres désinences , la prononciation f ne s'est introduite qu'au xvnie siècle : ainsi dans père, mère, première et dans les inSnitifs en -er.
On peut remarquer de même le développement tout à fait progressif d'où est née la règle actuellement en vigueur pour Vr final. Au xvn* siècle, dans la langue cultivée, r devint, pour un temps, muet devant un mot commençant par une consonne, même dans les infinitifs en ir et dans les substantifs en oir et en eur; c'est au xvni" siècle seulement que le son r final fut rétabli.
33. d ou à n'ont généralement plus le son nasal devant une consonne nasale; il n'y a que la voyelle suivie d'un n mouillé qui conserve encore aujourd'hui la valeur nasale. Au contraire l'ancien français connaissait o nasal dans donne et homme, a nasal dans noianmeni, granmaire (Molière), femme. Dans les deux cas la langue abandonna la nasalisation au xvn» et au xvui^ siècle ; toutefois il en est resté trace dans la prononciation ouverte de o, et dans la prononciation a pour le e latin, à initial se trouve encore devant n ou m dans ennui, ennoblir, emmène.
Le cliangement de / mouillé en y, et celui de l'A aspirée devenant muette, sont des phénomènes propres au xvin« siècle. La prononciation sans h était une habitude provençale, qui s'introduisit dans le Nord ; quant à y pour l mouillé, cette transformation appartenait dès le xva* siècle au bas langa^
parisien, qui, en dépit des défenses et des remontrances dea granimairiens, a toujours donné le ton pour 'tous les changements les plus graves subis par la pronoaciation depuis le xvi« siècle.
24. Nous ne nous occupons point ici des changements phonétiques purement sporadiques : il noua semble cependant incontestable qu'il en existe. Ils se produisent dans les cas oi!i la langue peut, comme on dit, « fourcher ». Au xvi^ siècle on disait encore chercher à côté de cerc/ier ^ circare : dans ce mot l'initiale a été assimilée au eh suivant. Il y a au contraire dissimilation Axa.'s faible [hm]. faible], anc. franc, aussi Jloible •= FLEBiLEM, doDS sujurnc (auj. séjourne), anc. franc, aussi aurjurne, dans flairer = fragrarb, dans gencive := GiNGivAM prov. angita, dans gourde =: cucurbitam (disparition d'une syllabe) ; et dans le prov. gan ren à côté de gran ren l'influence dissimilante est exercée même par un mot suivant. Un cas de métathèse se trouve par exemple dans le prov. laironici^:- latrocimum. Souvent r est transposé à l'intérieur d'une même syllabe {brebis ^ \ervecbu, fromage ^= formaticum). Ces perturbations phonétiques peuvent ellesmêmes se présenter avec une parfaite régularité; c'est ce que montre la transposition, commune aux langues romanes, du groupe ooyelle -f- r, en le groupe r -f mgelle à la fin d'un mot; ex. : quattor gualtro prov. catre franc, quatre.
BIBLIOGRAPmE
La grammaire française du xvi' siècle est exposée par Darmesteter et Hatzfeld, te XVl" siècle en France, 4' édition 1888. — Pour le développement phonétique depuis le xvi' siècle, l'ouvrage fondamental est celui de Thurot, De la prononciation française depuis le commencement du XVI" siècle, 1881. — Pour le xiv' siècle, on a les Bvitrâge jtir Kentniss dcr fransôs. Sprache des 14. Jakrhunderis de O. Knauer (dans le Jakrbuck fiir romanischo und englisckc Literatur, t. 8-14).
On trouvera une foule d'observations importantes sur le déve-
loppement du trançaU dans Tobler, Le Vers français ancien et moderne, 1885. — Citons en outre l'abbé Bellanger, Études historiques et philologiques sur la rime française (thèse), , 1876. — H. Nagel, die mctriscken. Verse Jean Antoine de Baïfs, 1878. — M. Hossner, Zw Gcschichle der unbetonten Vokale im Alt' und Nei^ransôsischen, 1886. — Suchier, die Laulentwickelung der fransôsiscken Sprache non der Romanirsierung Galliens bis xar Gegenwart (paraîtra chez Niemeyer, à Halle).
D. — La langue françaln viTaiite
25. Aujourd'hui la langue française comprend les sons suivants :