CONSONNES
EXPLOSrVES
nticAnm |
MDMlwres
mma
DDD sonores
MMres
V<lain>.
riiiuln
DnlaJet.
LabiiJti.
Il faut y ajouter n mouillé. JV, m, i, u, U, r, l sont aphones, par ex-, dans picnic, schisme, tien, toit, puis, pré, clou.
Le son è s'écrit ch, i s'écrit^ (et aussi g devant e, i). Le son u (prononcé ou) est noté ou, et û, u.
La prononciation de diphtongue usitée surtout à Paris pour les terminaisons de paye, cotent (= pfy, vuay) et la prononciation de l mauillé p. ex. dans grenouille, deuil, Versailles,
soleil, dément l'opinion, souvent exprimée, d'après laquelle la langue actuelle n'aurait pas de véritables diphtongues.
26. D'après Vietor S la prononciatioD française de nos jours s'éloigne de la prononciation allemande en ce que les Français, en parlant, doivent infléchir lalangueenavant avec une articulation précise et bien définie, et en ce que la labialisation est très énergique. A cette première difficulté, que, pour former une voyelle initiale, l'éclat de la voix, fort en allemand, est, au contraire, modéré en français, il faut ajouter encore les suivantes : \'e sourd devenant muet, la quantité des voyelles, la quantité des consonnes, l'accent, le rythme, la cadence, la liaison.
h'e muet de la prose n'est pas prononcé non plus dans la poésie. Cependant, l'ancienne valeur disyllabique de certains mots s'est assez conservée pour que la voyeUe nasale ait une durée plus longue dans ianie, ronde que dans tant, rond, et que par ex. borne, morte n'aient pas du tout le même son que l'allemand Bom, Mord : dans le français borne, morte on traîne sur Yr, ce qui donne à l'n ou au ( suivant la valeur d'une syllabe accessoire. De même dans amie, boachée{suhst,) Ve n'est pas tout à fait tombé : il a laissé des traces ; amie se distingue de ami, et bouchée, du participe bouchée, bouché, par la durée plus longue de i ou de e. Dans certains cas particuliers, l'e sourd s'entend encore distinctement aujourd'hui T ainsi ^e après un impératif {doTine^-le; c'est le seul cas où il ait encore l'accent principal), ou devant un h aspiré {dekorsj celte haine), eniîn dans certains mots comme exactemerU, département, Charleoille. E est tout à fait muet après l, m, n, r, sa, ch, ex. : muie, sublime, reine, pure, maase, glace, ruche, tuidis qu'après j>, /, t, qu (dupe, calife, imite, chaque) il est presque mnet, et après b, d, g, v, x s'entend légèrement.
Au point de vue de la quantité, les voyelles ne se distinguent
pas seulement en longues et en brèves ; il faut encore ajouter à cette distinction la demi-longueur, ou la durée incertaine. On peut même souvent observer dans la prononciation parisienne, devant r, par ex. dans dire, finir, une quatrième sorte de quantité, Yexcèa de longueur. Julius Jâger*, qui a bien profité des indications exactes du dictionnaire de Sachs, a toutefois passé sous silence les désinences de conjugaison les plus usitées. U faut remarquer que, parmi les voyelles inaccentuées, il y a des longues, comme par exemple dans passer, nation, grossir, arroser, maison, baron, et des brèves, comme dans faisons, otage, rôtir, kàtel (malgré l'accent circonflexe]. L'allongement qui autrefois se produisait d'ordinaire, lorsqu'un 8 final devenait muet, et qui permettait de distinguer le pluriel du singulier, même devant un mot commençant par une consonne, a aujourd'hui disparu. Devant un r simple, toute voyelle est longue [or et adore ont la voyelle identique). Devant / simple, l'emploi d'une brève est à peu près aussi absolu : de là vient que dans étoile, sociale, bien que l'e Bnal soit muet, on ne prononce pas longues les voyelles précédant / {toutefois, il y a des longues dans pâle, soûle, goule). En général les voyelles ouvertes tendent à être brèves, et les voyelles fermées & être longues. Les explosives sonores ou faibles, même combinées avec r, aiment à être précédées d'une brève (cependant la voyelle est longue dans prdcAe.^ii^e, meule, traître, autre). Les explosives sonores, seules ou accompagnées de r, aiment à être précédées d'une longue (excepté les terminaisons able, ode, ode). Quand s devenait muet, ou quand une contraction avait lieu, la voyelle s'allongeait par compensation [prêtre, nêpre); néanmoins la voyelle est brève dans écoute, aumàne, ruche, mouche, croate, forêt, chacun, notre, noire. Devant plusieurs consonnes et à la (în des mots, on trouve d'ordi-
i NeiiframùsUcken, Heil-
naire une brève {excepté mœurs, où, les terminaisons au, eau].
Pour la quantité des consonnes, les premières indications exactes se trouvent dans Trautniann. Dans quelques cas, certains mots empruntés ont vu, postérieurement, leurs consonnes devenir longues par analogie au latin. D'ordinaire, les consonnes de quantité longue suivent une voyelle brève {robe, école, balade, etc.}; cette quantité longue a dû s'introduire comme compensation de l'e devenu muet.
L'accent français est très différent de l'allemand; il est moins tort, et indique une tendance à partager en proportions à peu près égales, dans la prononciation, la somme d'intensité attribuée aux diverses syllabes. La langue tend à rétablir une sorte d'équilibre régulier entre l'élévation et l'abaissement de la voix ; aussi n'évite-t-elle pas moins la suppression d'un e muet (remis, ce, un(e), leçon, mais il le r{e)mei, de c{e) temps, la l{e)çon), que la transposition de l'accent {ooùa avêx, mais àvex-eous, la maison roàge).
Le rapport des différents accents des mots entre eux dans la phrase a aussi ses particularités, surtout dans la fin de cette phrase. Pierson a traité de celles que présentent l'aiïirmation, l'interrogation et l'exclamation, et il en a tenu compte même pour le rythme du discours, qui est dans une étroite dépendance avec l'accent des propositions. Dès le XVI» siècle la langue française sépare volontiei^ à la fin des propositions le ton élevé et le ton fort, de telle sorte que l'accent le plus fort tombe sur la dernière syllabe, le ton rythmique le plus élevé sur l 'avant-dernière. Du fait que l'accent chromatique et l'accent expiratoire se suivaient ainsi, il est souvent résulté dans le langage ordinaire un recul du second sur la syllabe atteinte par le premier {as-tu /l'ni?'); c'est cequi a causé l'erreur de bien des savants en ce qui concerne la place exacte de l'accent français. Il y a
1) PiBRSON, Métrique naturelle du langage, p. 175-244.
aussi en frangais des propositions ou parties de propositions monotones, c-à-d. prononcées sur une seule et même note, surtout quand, à c6té de la partie principale de la phrase (prononcée sur diverses notes qui nuancent l'expression), on exprime encore une circonstance accessoire * :
l-'^'i ^ I l .M J J JIJJJ^
es-tu v'nu le jour qae i't'avais dit d'venir (Oq trouvera des détails dans Pierson, qui traite aussi des pauses ou césures du discours, et de la chute tonique qui les précède.)
En français, la cadence ou mouvement de la phrase s'écarte beaucoup de l'allemand. L'allemand aime k allonger la durée des syllabes accentuées au détriment des atones ; tandis que le français, si la syllabe est longue, lui donne un excès de durée, ou la fait suivre d'une petite pause ; par exemple, on prononcera avec le mouvement suivant la phrase allemande : Stehi die Form aus LeJ^m gebrannt :
rn-trn
tandis que le français, dans une phrase prononcée sans affectation, p. ex- dans le premier vers de la fable : Un chien vendu par son maître, place en général à la même distance
les unes des autres toutes les syllabes, excepté la dernière.
La liaison d'un mot finissant par une consonne, avec un mot suivant commençant par une voyelle, n'est plus dans la langue delà vie ordinaire que d'un usage assez restreint, et subsiste seulement dans certaines locutions fréquemment usitées et dont les mots sont étroitement unis. Il y a des mots qui n'ont conservé leur forme pleine que dans une seule et unique locution {corps et bien]. Dans les mots en -et, -ard et -ier, la finale ne se prononce presque plus, même dans le langage relevé.
1) Pierson, Métrique naturelle du langage, p, 161.
BIBLtOGRAPHIB
M. TrautmaDti, die Sprachlaule im Allgemeinen und die Laute des Engliscken, Framôaischen und Deuiscken in Besonderen, 1886. — W. Vietor, Elemenie der Pkonetik und Ortkoepie des Deuischen, Englischen and Framôaiscktn, 1884. — p. Pierson, Métrique naturelle du langage, 1884. — Lûtgenau dans Herrig^a Archio, 72, 59, — Benocke, dans sa Schulgrammatlk. — Wulfl, Nagra ord om aksent, dans Forhandlingarned dot nordiske FihAtgmode i Kristiania (1881).
CHAPITBE III
développeme:nt phonétique des dialectes
Lorsqu'un domaine de Ja langue ne diffère d'un domaine voisin que par le traitement d'un seul son, il existe entre ces deux domaines une limite que nous appellerons la frontière phonétique. Au contraire, nous entendrons par les termes de ■ Jrontière de langue, OU de frontière de dialectes, une ligne marquant la différenciation de plusieurs traits linguistiques ; (ce dernier cas ne se présente en France que par exception).
37. Pour étudier les dialectes d'un pays, il y a diverses méthodes : on peut adopter comme base de division, ou bien les localités, ou bien les traits linguistiques. Nous préférons le second moyeuj et noua pensons que le mieux, pour atteindre k une parfaite connaissance des formations dialectales, c'est de suivre chaque trait caractéristique d'une région particulière, dans toute l'étendue du domaine entier. Si les indications que nous donnons ne satisfont pas aux exigences de ce plan, c'est que, jusqu'ici, le détail de toutes les particularités linguistiques ne nous est pas entièrement connu.
Sur ce point, comme en tout, il faut beaucoup d'exactitude. Dans un développement phonétique dont tous les éléments se tiennent étroitement, on ne peut négliger même les détails les plus particuliers ; comment pourrait-on déterminer l'origine de tant de textes du moyen âge, écrits on ne sait où, —
si l'on n'avait point, au préalable, établi avec précision le domaine respectif des divers phénomènes phonétiques? La recherche de ces phénomènes ne doit donc s'arrêter que là où manquent les matériaux propres à les éclairer.
Il ressort déjà de ce qui précède qu'il fallait commencer par faire des recherches sur les patois vivants. Mais il nous aurait fallu voyager d'un endroit à l'autre, car pour des domaines assez étendus, on manque encore de textes imprimés à consulter, ou d'études grammaticales ; en sorte qu'il est impossible, à l'heure actuelle, de donner un aperçu absolument complet. Nous nous sommes donc provisoirement contenté d'étudier les anciens testes dialectaux, remontant à peu près au milieu du xin° siècle pour presque toutes les parties de la France (saut quelques régions comme la Savoie, l'Ardèehe, la Corrèze, les Hautes-Alpes, où l'apparition de textes est en général plus récente). Encore faut-il ici apporter une extrême prudence : ce n'est pas une raison en efïet, parce qu'un document a été écrit dans telle ou telle région, pour l'attribuer sans hésitation au parler de cette région.
Nous prenons donc, en résumé, pour base les documents que nous connaissons du xui» siècle ; dans un petit nombre de cas seulement, nous avons eu recours aux pat«is actuels, pour compléter les Indications que nous fournissaient les anciens textes,
28. Avec MM. Ascoli et Paul Meyer, nous adoptons pour principe de division des dialectes le traitement de l'A libre accentué. Il reste a en provençal [portar tallar), devient ie après les palatales et reste a en moyen-rhodanien {poriar iaiilier], devient- ie après les palatales et passe à £ (à et dans certains dialectes) en français {porter taillier).
A se maintient au Sud d'une ligne courbe qu'on pourrait mener de l'embouchure de la Gironde à Puy- Saint- André. Les localités situées le plus au Nord, dans ce domaine, sont * :
1) Pour les endroits doat les noms sont Imprimés en italique, nous u'avionspandetcxtesdumoyenâge, et nous avons eu recours aux patois
Lesparre (Gironde}, Bordeaux, Libourne, Mmsidan {Dordogne), Périgueus, Noniron, Mouket (Indre), Bellac (Haute- Vienne), Limoges, Guéret (Creuse), Chéoérailles, Montluçon (Allier), Verneuîl, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Saint- Bonaet-le-Châtean (Loire), Sain t-Sauveur-en- Rue, Gilhoc (Ardèehe), Saint-Vallier (Drôme), Romans, Die, Montmaur (Hautes- Alpes), Puy-Saiat- André.
Les localités qui marquent la frontière du moyen-rhodanien et qui appartiennent déjà à ce dialecte, sont : Grenoble (Isère), Saint-Etienne (Loire), Rive-de-Gier, Montbriaon, Oingt (Rhône), Bourg (Ain), Genèoe (Suisse), Neuchâtel.
La frontière Sud du domaine où a latin devient e ou ie est indiquée par ; Le Verdon (Gironde), Blaye, Jarnac (Charente), Angoulême, Poitiers (Vienne), Châteauroux (Indre), Saint-Amand (Cher), Bomsac (Creuse), Moulins (Allier), MÂcon (Saône-et- Loire), Louhans, Arbois (Jura), Besançon (Doubs), Montbèliard, Courroux (Suisse). On a vu plus haut * dans quelles conditions se développe ie. Remarquons en outre ici que dans l'Est (en Lorraine et plus au Sud) le résulte de a même après Cr, parce que sans doute, en vertu d'une articulation spéciale, u avait ici la faculté de mouiller R : curie :=■ curatum ; mesurier =^ mensurare.
A. — !•«« dUklectaa du moyen -rhodanien (franco -proTançal)
29. Les limites que nous venons d'indiquer doivent être considérées comme les limitas principales du français, du Iranco-provençal et du provençal.
Nous ne sommes pas tout à fait d'accord avec Aseoli' qui attribue encore au franco-provençal les déparlements du Doubs, de la Haute-Saône et des Vosges, parce que les dia-
modemes. — Les localités é toojoncs au domaine dont el
2) Arch. glottoL, m, 110.
Le Fransaia et le Procençal,
lectes actuels de ces régions présentent a là où Ta latin ne se transformait point en ie. Cependant, si l'on examine l'Évangile selon saint Mathieu' au point de vue de cet a, on trouve, il est vrai, de nombreux exemples de a correspondant à e français provenant de a, mais en revanche des exemples non moins nombreux de a venant sûrement de e, et démontrant que dans cet a aussi il s'est peut-être produit un retour de l'ancien e ou ei à Ta latin : aioàt ^= uabebat ; las ^= illôs fs, les ; Idre ^ terram ; fàtei ^^ facitis fs, faîtes. Des formes analogues se trouvent dans les textes de Besançon cités par Ascoli, et dans le texte de Giromagny, la dernière phrase est : a s'ah reiroca= il s'est reirouDé.T)a.ns\eslioëls à' Arbois^, i'é est prépondérant, et si l'on trouve même compare (fs, compère) il rime avec idre = tebbam. Les plus anciens exemples de cet a provenant de e nous sont tournis par le manuscrit de Prtorat de Besançon, ce sont ; las, das pour les, des. Tant qulil ne sera pas prouvé que l'a de ces dialectes est la continuation directe de I'a latin, nous ne pouvons attribuer qu'au français les départements en question.
Le Livre d'or de Saint-Claude (1315-1325) et les Franchises de Clairvaux (ISCfô) présentent en général l'e français ; mais ces textes trahissent, le premier par certains noms de lieu {le mas de pra =: mansum de prato), le second par les formes employées pour la description d'un terrain, le voisinage immédiat de la limite des dialectes.
Voici comment s'exprime Toubin au sujet de la direction actuelle de la limite des dialectes dans le département du Jura^ : « Si, à quelques kilomètres au Sud de Lons-le-Saunier, vous tracez une ligne allant de l'Est à l'Ouest, vous aurez divisé notre arrondissement en deux contrées bien différentes au point de vue de l'étude qui nous occupe main-
1) Enrirons de Baume'les-Dames (Doub?), publié en 1864, à Londres, par le prince Bonaparte.
2) Recueil de poésies, Arbois, 1802.
3) Reoue des Sociétés aacanten, VI' série, iv, 65.
DÉVELOPPEMENT PllONKTUlUE DES DIALECTES R7
tenant : au Sud dans les cantons d'Orgelet, d'Arinthod, de Beaufort', de Saint-Julien, de Clairvaux et de Saint-Amour abonde la terminaison a (Orbagna, Soucia, Bissia, etc.} ; au Nord, cette désinence est aussi inconnue que dans les arrondissements de Poligny et de D61e, Prolongez cette ligne à travers la circonscription de Saint-Claude, et elle divisera cet arrondissement comme elle divise le nôtre; Moirans et Saint-Laurent vous offriront le même antagonisme qu'Orgelet et Voiteur h. D'après cela, Lons-le- Saunier, Voiteur et Saint-Laurent appartiennent déjà au domaine français, et à l'Est du Jura, le moyen -rhodanien s'étend bien plus vers le Nord qu'à TOuest de cetie même chaîne.
A inaccentué reste, sauf en gascon, jusqu'à la limite où I'a accentué lui-même se transforme. Ascoli a étudié l'affaiblissementqui se produit en moyen-rhodanien de a inaccentué en e ou en i.
D'après ce qui précède, le moyen- rhodanien comprend deux départements sur la rive droite du Rhône (départements de la Loire et du Rhône), et quatre sur la rive gauche (Ain, Isère. Savoie, Haute-Savoie} ; il faut y ajouter le Sud du département du Jura; en outre la Suisse française au Nord jusqu'au delà de Neucbâtel, et les domaines italiens des Alpes, qui avoisinentla Savoie,
Un trait important propre au moyen-rhodanien est la conservation de l'o atone.
On peut diviser les dialectes de la France en trois groupes, d'après le traitement de cette voyelle, selon qu'elle se maintient partout (nostrum =: noslro, mitto ^= meto) ; ou qu'elle se maintient seulement à la première personne singulier du" présent ((eno dono), et devient ailleurs e {nostre); ou enfin qu'elle tombe à la première personne singulier du présent (met) et devient ailleurs e (nosire).
O atone se maintient dans les localités suivantes : Neu-
1) Où l'on dit allérin pour ils allaient.
châtel (Suisse), St-Claude (Jura), Genève (Suisse), Lent (Ain), Oingt (Rhône), Lyon, Montbrison (Loire), St-Bonnet-le- Château, St-Êtienne, Annonay (Ardèche), St-Vallier (Drôme), Romans, Die, Grenoble (Isère), BriaD<;on (Hautes-Alpes).
Les localités, où o se maintient à la première personne singulier du présent et s'affaiblit partout ailleurs, se trouvent pour la plupart sur la limite Sud du moyen -rhodanien ; ce sont : Roanne (Loire), Gilhoc (Ardèche), Valence (Drôme), Crest, Luc-en-Diois, Gap (Hautes-Alpes), Embrun.
Tout le reste de la France a affaibli o atone en e. La limite de ce changement est marquée par Besançon (Doubs), Lonsle-Saunier (Jura), Màcon (Saône-et- Loire), Charroux (Allier), C 1er mont-Fer rand (Puy-de-Dôme), Saint-Sauveuren-Rue (Loire), Le Puy (Haute- Loire), Prioas (Ardèche), Largentière, Nyons, Saint- Saturnin (Vaucluse), Apt, Roquebrune (Var), Nice (Alpes-Maritimes).
En outre, le raoyen-rhodanien a traité de la même manière que le français les explosives, en abolissant la distinction qui existait en latin entre les sons forts et les sons faibles. Comme les exemples de la chute de t et d latius sont ceux qui se présentent le plus souvent, c'est surtout ce phénomène que nous avons recherché dans les textes. En moyen-rhodanien, la chute de ces deux sons est plus ancienne qu'en français, car elle se présente dès le xi« siècle (Charte de Montélier, canton de Chabeuil, Drôme'). Elle se produit aussi du côté du Pîé^ mont et de la Ligurie.
On peut donc distinguer deux domaines différents: l'un qui comprend les dialectes provençaux, dit amada (amatam) ; l'autre, qui comprend tout le reste du français et la plus grande partie du moyen -rhodanien, dit amaa ou amee, en passant par amada, ameSe. L'orthographe qui présente le d (amede) ne se trouve plus que dans quelques régions du Nord.
T devient d à l'intérieur de la hgne formée par (et y com-
1) Dans P. Mbver, Recueil, p. 159; ctr. aussi Fomania, iv, 189.
pris) : Bordeaux (Gironde), Libourne, Nontron (Dordogne), Limoges (Haute-Vienne), WowAei (Indre), Verneuil {Allier), Montluçon, Chénérailles (Creuse), Clermont-Ferrand (Puyde-Dôme), Brioude (Haute -Loire), Le Puy, Largentière (Ardèche), Orange (Vaucluse), Sisteron (Basses-Alpes), Digne, Castellane, Nice (Alpes- Maritimes).
Au contraire, t, après être passé par le son S, est tombé au Nord d'une ligne qu'on pourrait tracer un peu au Sud des localités suivantes: Saintes (Charente-Inférieure), /arnac (Charente), Poitiers (Vienne), Cbâteauroux (Indre), Saint- Amand (Cher), Boussac (Creuse), Moulins (Allier), Montbrison (Loire), St-Bonnel-le-Château, St-Sauveur-en-Rue, Gilhoc (Ardèche), Crest (Drômé), Die, Gap (Hautes- Alpes), Embrun, Altos (Basses-Alpes), Menton (Alpes-Maritimes),
B. — Dialootos gascons
30. Il faut, parmi les dialectes du Sud de la France, donner une place à part au gascon, qui, au moyen âge, était regardé comme une langue spéciale à côté du provençal '. Ses limites s'étendent dans les Pyrénées vers l'Est jusqu'à la rivière de Garbet qui se jette dans la Salât, près d'Oust (Ariège), Puis la frontière est marquée approximativement par l'Arize, depuis sa source jusqu'à son embouchure dans la Garonne, et ensuite par la Garonne, depuis le confluent de l'Arize jusqu'à la mer. Sur la rive droite de la Garonne, appartiennent encore au gascon les villes de Libourne et de CastiUon, dans le département de la Gironde, ainsi que la localité de Gonlaud, dans le Lot-et-Garonne. Le gascon est limitrophe du français jusqu'à la région de CastiUon ; à partir de là, il est limitrophe du provençal.
On parle donc gascon dans les départements des Basses- Pyrénées (où il faut faire toutefois abstraction du domaine
1) Pour ce qui concerne ce dialecte, nous avons consulté, ■ source capitale, les excellents travaux de Luchaire.
basque), des Hautes -Pyrénées, des Landes, du Gers; dans le Sud du département de la Haute-Garonne, dans l'Ouesl de l'Ariège, dans l'Ouest du Lot-et-Garonne, et dans le département de la Gironde excepté une langue de terrain voisine de la frontière Nord de ce département.
31. Parmi les sept signes distinctifs du gascon que Luchaire énumère', tous ne sont pas également caractéristiques. Le passage Aev k b est devenu aussi en Languedoc de plus en plus usuel ; celui de p à A, constaté de bonne heure, ne s'est fixé dans l'écriture que dans la seconde moitié du xv° siècle (de même qu'en castillan}. Le changement de L en u se présente sous des formes différentes selon l'époque el l'endroit. La chute de n intervocalique est, sans doute, bien caractéristique là oij elle se présente, mais elle manque dans quelques textes et quelques régions*. Le passage de r initial à arr {arram ;= ramum ; arrîu ^ rivum} disparaît de plus en plus à mesure qu'on approche de la Garonne. Comme signes distinctifs qui sont les plus certains peut-être, il reste les transformations de ll : dans le corps d'un mot, ce groupe passe à r ; ex. : caperaa ^ capellanum ; apera :^ appel- LAT ; nahere :^ novellam ; à la fin d'un mot, il devient d {t), rarement au xii* siècle", plus souvent aussi à partir du xiv If, qui, toutefois, d'après les observations deM. Paul Meyer, est inconnu à Bordeaux et dans les environs ; ed {et}, eg ^^ iLLUM ; saied = sigillum.
Parmi les dialectes particuliers du gascon, celui du Béam présente des contrastes frappant avec celui de l'Armagnac. Le premier conserve le d latin et laisse le c et le t assibilé passer à d : crede =^ credere ; arrado = rationem ; dide = DiCERE ; le second conserve le son assibilé et change d en a : crese, arrato, diie. Le premier rejette n final {ptee = PLENUM ; le redoublement de la voyelle est dans ce cas un
1) Éiudef, p. 203.
2) LucHAUiB, 210, 230.
3) Id. Recueil, 15.
D.q.t.zsdt)yG00l^lc
signe graphique propre au Béarnais) ; le second garde n iplen). Le premier présente on 6 entre deux voyelles là où le provençal a un o {caniaba = cantabat ; abe := habere} ; le second le remplace par un son apparenté au w anglais (cantaua, auer).
La langue des habitants des Pyrénées a quelques particularités. Ainsi le Ih initial {qui, à vrai dire, se présente aussi dans quelques autres régions du provençal] ; le changement de ND en nn ou n (demanar) ; ipse comme article défini (dans les localités de Bigorre et de Cominges'), ei {ed, et, eg) lém. er-a dans le même emploi (s'étendant jusqu'à la frontière Est du gascon, depuis Accous jusqu'à Oust). Les deux particularités énumérées en dernier lieu nous reportent au Sud, où ■se .retrouvent le el, ela castillan-catalan et^ dans les dialectes catalans du continent, l'article ipue (connu aussi du sarde). En5n le gascon des Pyrénées {excepté la région située audessus de Saint-Gaudens, près de la Haute-Garonne) se rapproche encore du catalan en ce que dans ce dialecte a correspond à la terminaison latine de la troisième personne sing. du parfait de la première conjugaison faible (cantavit devient canta, non cantet comme dans le provençal et dans 1 du. Nord').