C. — DiaIeot«s provençaux
32. Abstraction faite du moyen-rhodanien et du gascon, le provençal comprend 26 départements, soit en entier, soit en grande partie; à ce domaine, il faut ajouter le coin Nord- Ouest du département de la Gironde, où Puynormand marque la frontière du provençal en face de la ville française de
1) LucHAtRE, Recueil, p. 19S.
2) La terminaison avit du parfait latin devient a dans le Nord de la France, y compris les villes de La Rochelle (Charente-Inférieure), Poitiers (Vienne), Chàteauroni (Indre), Moulins (Allier), Saint- Étienne-du-Bois (Àin), Saint-Claude (Jura), Gen^ce (Suisse), Annecy
Lussao et de la localité gasconne de Tayac. A ce dialecte appartient encore l'extrémité Est du département de la Charente avec la Valette, La Rochefoucault, Confolens.
On peut diviser les dialectes provençaux d'après le traitement des groupes ca et ct ; le premier devient sur une partie du domaine provençal cha, le second, sur une partie, ch : ex. : CAUSAM devient ou chauxa, ou cauta ; factum devient ou^cA, oxifait. Le français aussi n'asouEEert le changement de CA en cAa que jusqu'à une certaine limite, et l'on prononce eha dans les localités suivantes et au Nord de la ligne qu'elles forment : Saintes (Charente- Inférieure), BLaye (Gironde), Villefranche-de-Longchapt (Dordogne), Mussidan, Périgueux, Brivea (Corrèze), Chalinargues (Cantal), Pierreflche (Lozère), Le Puy (Haute-Loire), Largentière (Ardèche), Grospierres, Nyona (Drôme), Le-Buia-les-Baronniea, Orpie/vc (Hautes- Alpes), Z)(^ne (Basses-Alpes), Allas. — Ca conserve la prononciation ca dans les localités suivantes etau Sud ; Lesparre (Gironde), Libourne, Marmaude (Lot-et-Garonne), Gontaud, Sarlat (Dordogne), Martel (Lot), Saint-Céré, AuriUac (Cantal), Conques (Aveyron), Rodez, Millau, Le Vigan (Gard), Alais, Mondragon (Vaucluse), Malemort, Forcalguier (Basses- Alpes), Caatellane, Vence (Alpes- Maritimes), Menton.
Le domainedecA^=cT latin comprend une bande de terrain commençant à Musaidan, à l'Ouest, et s'élargissant vers l'Est, avant d'atteindre la Méditerranée ; il s'étend ensuite, le long de la côte, de Béziers à Menton. Vers la frontière Nord de ce domaine sont situés (de Mussidan à Menion) les endroits suivants : Nontron (Dordogne), Limoges (Haute- Vienne), Tulle (Corrèze), Aurillac (Cantal), Mende (Lozère),
(Haute- s a voie), Chambéry (Savoie). — Tout le Midi a traDsformé AviT en ct, ec ou è. Dans les Pyréuées, avit noQserTe pour voyelle Ionique a. à Bayoaue, Pau, Tarbes, Saînt-Gaudeos, Montsaunëa, Perpignan. Ce n'est que dans la partie moyenne des Pyrénées (Saint-Béat, Saint-Girons, Tarasvon) que ec du provençal atteint la frontière Sud de la France.
Alaîs (Gard), MondragoD (Vaucluse), Loriol (Drôrae), Die, Corps (Isère)jBriançon (Hautes- Alpes), Oncino (Italie), Castelmagno. Aux environs de la frontière Sud, se trouvent (en allant de Mussidan à Béziers) : Villefranche-de-Longchapt (Dordogoe), Agen (Lot-et-Garonne), Auvillars (Tarn-et- Garonne),Corbarieu, Buzet ( Haute-Garonne), Lavaur (Taïn), Saint-Pons (Hérault).
Comme les domainAs des deux ch ne coïncident que partiellement, on peut admettre une division de la France en quatre domaines, selon que : 1" On ne trouve ni l'un ni l'autre des groupes ck : catua, fait ; 2° on trouve cha de ca, mais non cha de ct : chaîna, /ait ; 3" à la fois cha 7= ca et cA ^^CT : chauza,/ach ; 4.° ch de cr, mais non cha de ca : cauMa, /ach.
Les deux ch manquent dans tout le domaine normand-picard de la langue d'oïl, dont nous faisons provisoirement abstraction. Tous deux manquent en outre au domaine qui correspond à l'espace intermédiaire compris entre le gascon, le catalan et la mer Méditerranée, et dont le Canal du Midi forme à peu près la limite Nord : à ce domaine appartiennent Toulouse, Careassonne et Narbonne.
Cha de ca, mais non ch de ct, caractérise la plupart des dialectes français ; le français littéraire et le moyen-rhodanien y appartiennent. Parmi les- dialectes provençaux il faut y joindre l'auvergnat.
Tandis que ce dialecte est d'accord avec le français et le moyen -rhodanien pour le traitement de notre groupe, dans le Sud-Est du Languedoc le dialecte admettant cauza fait, concorde avec le normand-picard, avec le gascon et avec le catalan. Ces conformités ne permettent guère, d'ailleurs, des confusions ou des erreurs, car les dialectes provençaux restent nettement tranchés des dialectes non provençaux par d'autres traits caractéristiques.
11 reste encore maintenant les deux langues de terrain
sur lesquelles s'étend le ch provençal =^ ct, tantôt combiné avec cha ^ ca, tantôt avec ca ^ ca.
Il y a, d'après cela, deux; régions séparées qui réunissent chaîna et/ach : l'une à l'Ouest, la région limousine ; l'autre à l'Est, sur la rive gauche du Rhône. Le domaine situé sur la rive gauche du Rhône et admettant chauza-fach comprend la moitié méridionale du département de la Drôme et le département des Hautes-Alpes ; il se ^iistingue du domaine limousin en ce qu'il participe de quelques traits caractéristiques du moyen-rhodanien ; ainsi il a la première personne singulier de Tlndicatil en o (forme qui semble cependant manquera Nyons(, et il perd le t ou le d entre deux voyelles et à la fin des mots.
Dans le quatrième domaine se trouve la combinaison de ca- avec ch = ct, depuis Mussidan en Périgord, jusqu'à Menton en Provence. Nous pouvons l'appeler le domaine provenço-languedocien. Le Rhône ne forme pas plus dans son cours inférieur que plus haut une frontière dialectale, et l'on no peut pas du premier coup d'oeil discerner -si un texte appartient au Languedoc oriental ou à la Provence. Les testes de Provence présentent souvent les formes aquellos, aqueslos pour les formes ordinaires aquels, aqaeaU ; les départements du Gard et de l'Hérault aiment assez le changement de ji en r et de /• en 3 : ex. : aurit = audivit ; /aria ^ FAciEBAT ; agueto ^= habueront, au lieu des formes ordinaires auiit,fazia, aguero. A vrai dire, la présence de ces formes est limitée à une certaine époque, et on la constate aussi, quoique moins fréquemment, en Roussîllon, en Limousin, en Auvergne.
La distinction est encore plus facile à établir, si l'on étudie la chute de I'n Rnale (isolée en latin). Ce son tombe, sinon toujours, du moins devant un mot commençant par une consonne {razo, Ji), dans tout l'intérieur du domaine provençal, au bord duquel s'étend, en forme de fer à cheval, le domaine où n se maintient comme en français [r(uon, fin).
PIIONETICltJE DES DIALRCTF.S /5
Les localités suivantes indiquent la limite du territoire où N finale tombe : Mauléon (Basses-Pyrénées), Oloron, Bagnères (Hautes-Pyrénées), Tarbes, Maubourguet, Saverdun (Aciège). Toulouse (Haute-Garonne), Lectoure (Gers), Nérac (Lot-et-Garonne), Agen, Prayssas, Marmande, Sarlat (Dordognel, Périgueux, Mu^aidan, Nontron, Limoges (Haute- Vienne), Guérei (Creuse), Cliénérailles, Montluçon (Allier), Riom (Puy-de-Dôme), Clermont-Ferrand, Brioude (Haute- Loire), Le Puy, Annonaij (Ardèche), Loriol (Drôme), Crest, Die, Corps (Isère), Gap (Hautes -Alpes), Mootmaur, Orpierre, Prioas (Ardèche), Alais (Gard), Le Vigan, Lodéoe . (Hérault), Béziers, Agde.
Au contraire, n finale se conserve : l" à l'Ouest : à Bayonne (Basses- Pyrénées), Pau, Orthez, Mont-de-Marsan (Landes), Lavardac (Lot-et-Garonne), Casteijaloux, La Réole (Gironde), Libourne, Jamac (Charente) ; - 2» à l'Est : à Roanne (Loire), Montbrison, St-Étienne, Romans (Drôme), Grenoble (Isère), Briançon [H au tes- Alpes), Embrun, Altos (Basses-Alpes), Digne, Volonne, Nyons (Drôme), Mondragon (Vaueluse), Uzèa (Gard), Nîmes, Montpellier (Hérault).
Notons encore que dans un territoire voisin de la frontière et situé sur la rive gauche du Gers, n selmaîntient à la fin des mots, mais tombe devant s finale [bon, bos). C'est ce qui arrive à Condom (Gers), Isle-do-Noé, Auch, Saint-Gaudens (Haute-Garonne), Aapel, Saint-Béat.
D. — Frontière Sud dos dialectes français
33. La frontière Sud du français touche, à l'Ouest, au gascon jusqu'à Lussac ; puis au provençal, de Puynormand, à la région du Roannais ; de là jusqu'à la frontière de la langue allemande en Suisse, où elle passe entre Courroux et Neuchàlel, le français est limitrophe du moyen-rhodanien. Ici, du côté de l'Est, on ne peut guère admettre qu'il y ait une véritable frontière de langues ; car les désinences verbales
sonores s'avancent jusque sur le domaine français (Mâcon, Arbois), et, inversement, des traits caractéristiques du français s'étendent jusque sur le domaine moyen -rhodanien. Il n en est pas de même de la frontière franco-gasconne, qui est une véritable frontière de langues, car elle sépare nettement les unes des autres toute une série de particularités dialectales. La frontière franco-provençale est de même une frontière de langues, mais il est majheureusement très difficile de la déterminer avec précision à cause de la rareté des preuves dialectales dans les régions à étudier*.
A l'Ouest, la Gironde forme d'abord la limite entre le français et le gascon. Cependant six localités, situées au Nord de la région du Médoc, vers la pointe de Grave, par conséquent sur la rive gauche de la Gironde, appartiennent encore au français ; ce sont : Le Verdon, Soula c, Royannais, Les Logis et, plus au Sud, Audenge et Cestas. Le saîntongeais de ces localités remonte à l'époque peu éloignée où des sauniers de Marennes transportèrent leur industrie au Verdon '. Sur la rive droite de la Gironde, en amont, s'étend un petit territoire isolé dont les localités sont gasconnes. De toute la région voisine de la Gironde, l'endroit gascon situé le plus au Nord est Villeneuve. Six kilomètres au-dessus de Blaye, la frontière quitte la Gironde, et jusqu'à la ville gasconne de Libourne est parallèle au cours de la Dordogne. Près de Libourne, elle tourne au Nord-Est, et se sépare du
t) On j peut suppléer en quelque laçoa à l'aide des reuseignemenls reUtits f> la topographie des pacters, que contiennent les ouvrages suivants :de Tourtoulon et BnrnaviBR, Étude sur la limite géographique de la langue d'oc et de la langue d'oil (Archieea dea Missions, m' série, tome lu, Paris, 1876) ; de Tourtoulon, dans la Revue la Farandole (1879), p. 9-11 ; Rouobr.ib, Vies de saint Israël et de saint Théobald, Le Dorât, 1871, p. 56; Thomas, dans les Archircs lies missions, ui* série, tome V (1879) ; Fovcmsd, Poésiea en patois limousin, éd. Ruben (Limoges, 1870). p- lvii ; Doniol, Patois de la Basse Auaeryne (Paris, 1877), p. 18-19.
2) JouANNET, Statistique du département de la Gironde, tome i, p.182-3, Paris, 1837.
gascon près de la localité française de Lussac. L'endroit le plus proche, Puynormand, est déjà provençal ; de même Goura et Saint-Antoine-du-Pizou (Gironde).
Comme les Français sont appelés par les Gascons les Gabal (ai d'une syllabe), on nomme la « Grande Gabacherie » le territoire situé sur la frontière du gascon depuis Marcillac jusqu'à Coutras, et le dialecte qui s'y parle s'appelle aussi Gabaï', La Petite Gabacberie est un Ilot de langue française entre la Dordogne et la Gironde ; il comprend à peu près quarante paroisses dans les cantons de Pellegrue (Gironde), de Monségur (Gironde) et de Duras (Lot-et- Garonne), et appartient au dialecte saintongeois. L'introduction des Gabaï s'est produite en 1524 et 1535, dans la région que la pesta avait dévastée. Les localités situées à l'extrémité de cet Ilot sont : au Nord, Massugas ; à l'Ouest, Plasimont ; au Sud-Ouest, Les Esseintes, près de la Réole; à l'Est, déjà dans le département de Lot-et-Garonne, Sainte- Colombe, Saint-Géraud et la Gupie, sur le fleuve du même nom ; Castelmoron^ près de Sauveterre, est regardé comme la capitale de la Gabacherie '.
34. La limite qui sépare le français du provençal longe à peu près la frontière des départements de la Cbarenle et de la Dordogne. Vers le point où elle franchit la Dronne, il y a douze communes (la plus grande est Aubeterre) où se parle une langue mélangée, que les habitants appellent Angoumoisin. On trouve une langue mélangée analogue, un peu plus au Nord, dans la localité isolée de Juilla^et (immédiatement à l'Ouest de La Valette, endroit provençal), où la frontière des langues quitte celle des départements pour tourner près d'Angoulême qu'elle laisse à l'Ouest, et se diri ger presque tout droit dans la direction du Nord, jusqu'à une
1> Una autre eipression servant à désigner les habitants est celle de * Marotius s ; on nomme leur langage le « Maro ».
t) Voir un document de ce dialecte dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, vi, p. 488-489.
78 LE FRANÇAIS ET LE PItOVENÇAL
région située un peu à l'Ouest de La Rochefoucault. A partir d'ici la frontière n'est plus formée d'une simple ligne, mais d'une large langue de terre, qui, s'étendant de plus en plus, atteint d'abord la rive de la Vienne au Nord-Nord-Est, puis longe à l'Est à peu près la limite Sud des départements de la Vienne et de l'Indre'. Sur cette langue de terre, on parle le Marchais, qui est un mélange de français et de provençal : De Tourtoulon lui attribue comme origine une fusion entre les habitants français et provençaux. Ce dialecte comprend les villes de Saint-Claud, Champagne- Mouton, Availles- Limousine, Le Dorât, La Souterraine, Guéret. — Confolens et Bellac sont voisins du Marcliois, mais parlent déjà provençal, La carte publiée par de Tourtoulon s'arrête au département de la Creuse, en sorte que, pour continuer à suivre la frontière dialectale, il faut avoir recours à d'autres indications. D'après Rougerie, la rivière de Gartempe, qui coule entre Le Dorât et Bellac, marque la frontière dialectale dans le département de la Haute- Vienne'. Boussac (Creuse) est déjà français, si toutefois on peut s'en rapporter aux passages patois qu'on lit dans la Jeanne de G. Sand ; d'après des passages de documents locaux^, on devrait plutôt considérer cet endroit comme provençal. Chénérallles, à en juger par les Coutumes de cette localité, est provençal. Dans le département de l'Allier, le Sud reste au provençal avec Montluçon, Saint- Pourçain, Vichy-sur- l'Allier; La Palisse est déjà français. On peut toutefois admettre que les parlera y sont mélangés, puisque Malval compte pour français les endroits de Montaigut, Gannaf, Randan et Châteldou. De Tourtoulon est probablement dans le vrai, quand il dit que le Marchois se prolonge vers l'Est, le long de la fron-
1) Dont quelques portions très restreintes appartiennent seules au dialecte intermédiaire.
2) Cette indication concorde assez bien avec les données de Tourtoulon.
3) Dans Duval, EsquiKsen marclioifo», 1879.
DÉVELOPPEMENT l'HONÉTI 15 UE DES DIALECTES 79
tière des départements de l'Allier et du Puy-de-Dôme, pour se mélanger dans le pa;s du Roannais, avec le moyenrhodanien, dont on rencontre les premières traces dans le village de Saint-Haon (Loire).
35. Sur la limite que nous venons d'indiquer, on voit se séparer les uns des autres, à quelques exceptions près, la plupart des traits distinctifs qui difEérencient le français du provençal. A devient e dans le Nord. Au Sud seulement, s isolé tombe dans la finale. Les diphtongues françaises (ei, oi; ou, eu) font place à e et à p simples (toutefois ç diphtongue manque en Saintonge et en Poitoul, A la forme -ain du Nord (lat. -ANUM, -ANEM, ctc.) corTespond au Sud an ou a. Le t final du verbe qui reste dans le Nord, disparaît au Sud (nous avons vu plus haut dans quelles conditions'). Au qui se conserve dans le Sud se contracte en o dans le Nord. Au lieu de fo, chantet (moy.-rhod. fut, ckaniei), il dit /«((), chanta{t). A la 1'^ pers. plur. le français de l'Ouest présente la désinence ans (excepté au parfait) ; à l'Est, la 1" pers. plur. de l'imparfait et du conditionnel se termine en iens: disiëns.fariënn; le Sud varie entre am, cm, em. A l'imparfait le Nord abrège d'une syllabe la 3« pers. sg. [portait, aooj();le Sud conserve la forme pleine [portaca, ada). Au Nord, P isolé devient o, T isolé disparaît; au Sud, le premier devient 6, le second d. Ce ne sont pas là toutes les difiérences ; mais nous en avons cité assez pour reconnaître que, dans la frontière décrite plus haut, il faut voir une véritable frontière dialectale ; et cela, malgré l'existence d'un territoire neutrCj et malgré la présence, sur les bords de la limite en question, au Sud de quelques traits caractéristiques du français, au Nord de quelques traits caractéristiques du provençal. C'est ainsi qu'on lit dans les Coutumes de Charroux (Vienne) aoiet à côté de aveit, part, donet; dans les Coutumes de Chénérailles donom, autreom, acom ; et dans un teste de Montluçon publié par la
1) P. 41 et 42.
Bévue lyonnaise^, on reconnaît, à ne pas s'y tromper, une influence française très énergique.
D'autre part, il y a aussi des traits dialectaux dont la limite diSère de celle indiquée ci-dessus : ainsi h français devient muet partout, avant d'atteindre cette dernière. En revanche, le nt de la 3» pers. plur. domine dans tout le domaine de l'auvergnat et du moyen-rhodanien, et s'étend au Sud jusqu'au Puy, Valence et Grenoble. Let/, que le provençal a développé dans les parfaits en ut, manque au moyenrhodanien ; mais on le trouve aussi, à l'Ouest, sur un domaine français, jusqu'à Fonte nay- le- Comte, Bressuire et Poitiers. Dans le Berri, et plus à l'Ouest, on emploie le pronom conjonctif o (hoc). Dans une partie de la Bourgogne, on dit, au féminin pluriel, de les, à les (prov. de las, a las, fr. des, aux); ce fait se produit dans le département de l'Allier (textes cités par De la Mure), à Màcon, à St-Claude.
E. — DialeotOB français
36. La limite qui sépare le domaine deçà (normand-picard) du domaine de cha ' peut servir à diviser les dialectes français, y compris ceux de la Suisse romande '. L'emploi du cA r= c devant e et i {chenl, centum ; chiel, coelum ; ckUé, civitatem) coïncide assez exactement avec celui du ca ^ ca.
La limite Sud- Sud-Est du ca {ke) est formée par les endroits suivants, qui maintiennent encore le son latin : Vile de Jersey (Angleterre), Coutances (Manche), Caen (Calvados), Lisieux, Bernay (Eure), EvreuXj Les Andelys, Clermont (Oise), Roye (Somme), Saint-Quentin (Aisne), Cambrai (Nord), Valenciennes, Mons (Belgique).
La limite Nord-Nord-Ouest du cha (chie, che) est formée
1) Sept. 1884 (p. 323).
2) Par eiemple keoal, kier, camp ; — chenal, ckier, champ.
3) Pour ce qui conceraela Normandie, dour avons proSté aussi des indications données par JoRBT, Dee caractères et de l'extension du patois normand, Paris 1883.
par (et y compris) : Granville (Manche), Vire (Calvados), Falaise, Laigle (Orne), Dreux (Eure-et-Loir), Saint-Germainen-ILaye(Seine-et-Oise), Mantes, Saint-Denis (Seine), Senlis (Oise), Soissons (Aisne), Laon, Méziëres (Ardennesj, Beaumoni (Belgique), Namur, Nicelles, Braine-l'Alleud, Liège.
En outre, le passage de en (+ consonne) à an (4- consonne) a amené une scission des dialectes fran^is [cent, femme,renc\ eant,famme, rang). La langue littérairea; le mouvement ; le Nord et l'Ouest, comme d'ailleurs le provençal, sont restés fidèles & l'ancien son.
La distinction entre en (+ consonne) el an (+ consonne) est maintenue dans l'Ouest jusqu'à une ligne qui enferme Poitiers, Tours, Blois, Chartres, Dreux, Mantes. Dans le Nord, cette distinction est maintenue depuis la fironiière du Samand jusqu'à une ligne passant au-delà des localités suivantes : Le Tréport (Seine- Inférieure), Montdidier (Somme), Beauvais (Oise) , Laon (Aisne) , Mézières (Ardennes) , Neu/ckàieau (Vosges), Un troisième domaine, où la distinction se maintient, comprend la Lorraine méridionale et une j>artie de la Franche-Comté et de la Suisse romane '.
Les indications ci -dessus ne sont valables qu'environ jusqu'au milieu du xi[i« siècle. A partir de cette époque, comme le montre Gôrlicli, la prononciation orientale de ë comme 3 gagne tous les jours du terrain vers l'Ouest, si bien qu'aujourd'hui elle s'étend jusqu'à la mer, depuis Bures (Seine- Inférieure) jusqu'à Saintes (Charente-Inférieure); seul le picard-wallon garde l'ancienne diSérence ', abstraction laite de quelques petites bandes de terrain dans la Normandie (le val de Saire et le Perche), où l'ancienne distinction n'a pas été entièrement perdue.
La diphtongue et est commune à tous les dialectes français. Les dialectes du centre et de l'Est, ainsi que la capitale, ont
i) Mbysh. Cramm., 1, § 91.
S) Pas absolument toutefois ; ainsi ce dialecte présente le changement iDverse de â en ë.
£e Français et le Prveençal. 6
cbangé la diphtongue ei'eo oi (sauf devant n). Les conditions dans lesqu^es cette diphtongue s'est constitude n'ont pas été les mêmes pour tous les endroits ; cependant ces questions ne sont, à Ilieuie actuelle, pas encore assez édaircies pour être traitées ici sommairement. Noas nous contentons de renvoyer le lecteur aux remarques importantes taites par Schucbaidt *. Il est aussi très difficile de dire si, dans un cas particulier, la simultanéité de oi et de ei s'explique par un développement phonétique régulier dans l'ancien dialecte, ou si oi s'est introduit sons l'influence d'un autre dialecte assez puissant pour agir sur le premier, ou bien sous l'influence de la langue littéraire.
Tout d'abord la Gaule entière a prononcé ç (lat. è, ï) en syllabe libre. Ce son ç s'est maintenu dans le provençal {/e FiDEM, deu débet). Le français et le moyeD-rhedanien ont changé cet e libre en ei {fei, deit), et tout l'Est de la France a encore changé (sauf devant une nasale) cet ei en oi {foi, doit] .
L'e provençal se trouve jusque dans les endroits suivants : Leaparre (Gironde), Angoulème (Charente), Nontran {Dordi^ne), Limoges (Haute-Vienne), Ghénérailles (Creuse), Eiom (Puy-de-Dôme), Sauxillanges, Brioude (Hante-Loire), Saint-SauTCur-en-RuQ (Loire), Saint-Vallier (DrAme), Romans, BrianQon (Hautes- Alpes).
L.a prononciation oi de ei se trouve à l'intérieur d'une ligne qui comprend encore : Abbeville (Somme), Amiens, Beaupré (Oise), Clermont, Pontoise, Mantes (Seine-et-Oise), Paris (Seine), C bateau- Laudon (Seine-et-Marne), Orléans (Loiret), Beaugency, Saint-Aigoan (Loir-et-Cher), Villantrois (Indre), Levronx, Saneoias [Cher), Bussières près Culan, Autun (Sa&ne-et-Loire), Loubans, Saint-Claude (Jura), Lons-le- Saunier, Besançon (Doubs), Baume-lea-Damea, Saini-Imier (Suisse).
L'ancienne prononciation se trouve dans l'Ouest )usqu'aux
1) Dana la Zeitsckrijt fur eergl. Sprachf., xx, !6B.
endroits suivants (inclusivement) t Le Tréport (Seine- Inférieure), Gisors (Eure), Évreux, Nogent-le-Roi (Eureet-Loir), Chevreuse (Seine-et-Oise) , Êtampes, Chartres (Eure-et-Loir), Blois (Loir-et-Cher); dans l'Est, depuis la Lorraine méridionale jusqu'à la Savoie'.
Ei se rencontre en outre le long de la frontière de l'e provençal, à La Rochelle (Charente- Inférieure), Cognac (Charente), Confolens, Buzançais (Indre), Monlluçon (Allier), Saint-Bonnet-le-Château (Loire), Grenoble (Isère), Saini- Jean-de-Maurienne (Savoie).
Les Celtes de la Bretagne orientale, romanJsés depuis le X» siècle, sont appelés Gallo, fém. Galtaiae; on retrouve évidemment dans ce terme une forme plus ancienne Gallois, fém. Galteiae, preuve que ai devenait oi seulement dans certaines conditions (que l'on n'a pas encore déterminées). Un phénomène tout à fait analogue se produit pour eu venant de ou.
A Orléans et dans un domaine qui s'étend plus loin encore, ei devant r reste d'ordinaire, et devient volontiers ai ou a, mais non oi (dans Guill. de Lorris, on trouve arrfer à la rime).
Ou s'est développé de ç de la même façon que ei de ç (mais non toutefois devant n) ; dans l'Ouest seulement ou est inconnu. Oi de ei a comme parallèle eu de ou^ toutefois le domaine de eu est beaucoup plus restreint : il comprend nn territoire s'étendadlt de Lille à Bourges et enfermant aussi Paris ; mais il est difBùle d'en indiquer exactement les limites, parce qu'il y a incertitude dans les textes du moyen âge, ce qui fait soupçonner qua parfois on prononçait l'o de or, pac exemple, coname l'eu du français actuel. Si eu et u se trouvent aujourd'hui dans le département du Doubs, nous supposons que ces sons n'ont dii résulter que plus tard de la diphtongue ou du moyen âge. Il n'y a pas lieu de croire ici à une influence de la langue littéraire (& laquelle on ne
1) Ubvbr, Gramm., i, g 76.
m LE FRANÇAIS ET LE PROVENÇAL
pourrait songer, par ex. lorsqu'il s'agit d'un nom de forêt, qui était au xiii^ siècle Ckaillous, auj. Chaillu).
ô libre devant r est devenu eu dans un territoire qui s'ét«Dd depuis le Tréport et Vervîera jusqu'à Bourges, vers le Sud {eure, horam; seigneur, seniorem). La limite Ouest de eu renferme Le Tréport (Seine-Inférieure), Amiens (Somme), Beauvais (Oise), Gisors (Eure), Vemon, Évreux, Dreux (Eure-et-Loir), Chartres, Orléans (Loiret), Beaugency, Bourges (Cher). La limite Est renferme Veroiers (Belgique), Namur, Gioet (Ardennes), Mézières, Reims (Marne), Jouarre [Seine-et-Marne), Provins, Nogent-s- Seine (Aube), Château- LandoD (Seine-et-Marne), Montargis (Loiret), Bourges,
A Liège on trouve deus et leur dès le xiii» siècle. D'autre part se présentent cependant dois, loir ; et les noms de lieux Heure, Oire (? Ora), Odeur, Odoir (ail. Elderen) montrent cette alternance entre oi et eu. Pour Troyes, la question ne peut être tranchée ; les documents de cette ville ne le permettent pas : la charte de 1230 ' a toujours eur ; les documents antéFÎeurs à 1285 • ont surtout or ; peut-être ces derniers, qui semblent plus marqués d'une empreinte locale, sont-ils plus caractéristiques. — Dans Chrétien de Troyes, on trouve, d'après W. FÔrster ', seua de solus, à côté de sole = solam {-cas de -oaus, à côté de -or =^ -orem). C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, à Baume-les-Dames, on dit Aureiu; (heuretix) à côté de oure (heure), et en Saône-et-Loire coraigeu (courageux) à côté de heurouse (heureuse). Comme eu est la continuation d'une diphtongue ou provenant de ç, il est probable qu'ici la diphtongaison a été empêchée par l'a de la syllabe atone suivante (comme dans Gallaise) '.
Comparez aussi les noms de lieu correspondant au latin LUPUS, et devenant tantôt lou, tantôt leu *.
1) Bibl. de l'École des Chartes, 1355, 143.
2) Menu de la Soc. de l'Aube, t. xxi.
3) Cligéa, p. lvih.
5) V. Gaston Pams, Romania, x, 50-1.
Dans Marguerite d'Oingt, o est passé à ou diphtongue, dont rintroduction est toutefois gênée par l'a de Qexion : nom. amora, aco. amour, ace. pi. meliors, ace. Bg.menour; masc. espos, fém. espouaa.
Actuellement le domaine de la forme -eur s'est étendu vers l'Ouest et a gagné Blois, la cAte de Normandie et même 111e de Guemesey.
Un autre changement important, c'était encore la réduction de iei (résultant de ë 4* <) ^ i ■' dieia (^ decem) dis, lieit {== lectum) lit; et la réduction analogue de uei (résultant de o -t- i) k ui: nueit (noctbm) nuit, pueis (postea) puia. Ce phénomène s'observe sur ,ud territoire un peu plus étendu que celui oii l'on trouve eu ; c'est une bande de terrain, commençant à Fécamp et à Namar dans le Nord, et finissant, au Sud, à Bourges, Nevers et Autun, La ligne de Fécamp à Boulas passe un peu à l'Est de Bernay, Évreux, Vaux-de- Cernayj Étampes et Orléans ; celle de Namur à Autun, à l'Est de Valenciennes, Saint-Quentin, Reims, Sainte-Menehould, Châlons- sur- Marne, Joinville, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine et Tonnerre.
37. La langue littéraire étant sortie du dialecte francien, nous devons nous demander à l'intérieur de quelles limites se parle ce dialecte. Du c6té du Nord, son domaine est facile à déterminer, car il s'arrête de très bonne heure aux endroits oii commencent les sons picards ca (cambre) et ch (chiel) ; par conséquent ce dialecte se parle dans le département de l'Oise, encore à Senlis, mais n'atteintplusClermont. A l'Est, il doit avoir à peu près la même extension que eu ^ o. • Cependant le parler de Provins oflEre déjà des particularités qui le distinguent de celui de Paris : ainsi l'article tou, oi dans vaille ^ viGiLAT. Vers le Sud, on peut étendre le francien jusqu'à la région d'Orléans ; mais Orléans se différencie déjà par l'accentuation des désinences dans les troisièmes personnes du pluriel, et par l'absence de 01 de vaut r(po«>, ordinairement poer = franc, pouvoir). Quant à la frontière Ouest, on peut
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l'établir d'après quelques faits particuliers ; par exemple, k Chartres Ë + i ne devient pas i ; à Évreux, on dit ca- comme en picard ; enfin Gisors et Rouen conservent la diphtongue ei (au lieu de oi). D'après cela, nous pouvons considérer comme principaux caractères du francien : cka ^ ca, t ^= K + i. eu = 9, oi (depuis le xiii" siècle et dans des conditions déterminées) = CI.
-. 38. Aux différences déjà indiquées, noua en ajouterons ^P^ quelques-unes propres k des régions moins étendues. Dans ^ l'extrême Nord, Epasse kif; ex. : (le/rcdeTERRAM, iesfrede
E8SBRE. Ce phénomène est particulier an Hainaut et an dialecte wallon. A Saint-Omer cet ie se présente si rarement, que noOB ne pouvons l'attribuer au dialecte de cette ville. De même Arras, Saint-Quentin, Mézières ne connaissent plus ie. En revanche, il se trouve à Aire (Pas-de-Calais), à Lille, à Douai, à Cambrai, à Avesnes, & Maubeuge, k Namur, à Liège, et dans les villes de Valenciennes et de Mons, comprises dans le cercle formé par les localités ci-dessus.
Un trait persistant propre au wallon c'est la conservation jusqu'à nos jours de l's devant les explosives sourdes. Cette question a été traitée par Kôrilz*, et nous pouvons préciser davantage sa délimitation locale en ajoutant ce détail, que Vs sonne encoreaujourd'hui àMons, Avesnes, Revin (Ardennes), Bouillon et Neufch&teau, mais ne s'entend plus k Valenciennes, Cambrai, Vermand et Florenville.
Un autre phénomène particulier, c'est le son i, qui se trouve en wallon et en lorrain après toutes les voyelles, par exemple pluîs ^ plus, fuit ^ fuit, toit =: totos, toiet
^ T08TUM, Jai =■ JAM, pulH = PARTEM, beiste ^ BESTIAM,
meil =^ MnTiT, ieil = talem. Après e correspondant & a libre latin [teil = talem, peire = patrem, meir == mare), ce son est propre k un domaine qui s'étend jusqu'à Saint- Quentin et Saint-Omer. Après les autres voyelles, il ne se
1) Ueberda» S nor Konaonant trn/'ra'Uâstsc/ien, Strasbourg, 1685.
DÉVELOPPEMENT PHONferiQUE DES DIALECTES 87
trouve qu'au bord Est du territoire linguistique situé entre Liège et Poligoy, et comprenant, vers l'Ouest, Verdun, Joinville, Auxonne. Toutefois, son emploi n'est pas partout également commun ; c'est à Metz qu'il est le plus fréquent.
Ce qui est tout à fait remarquable, c'est qu'un dialecte aUemand connaît aussi ce son t ; c'est le dialecte appelé niederrheirdach {mittelfrânkiacK) immédiatement limitrophe des bords Est du domaine français ; il se parle surtout à Trêves et à Cologne. Dans un poème de Cologne, I'O-sm^', on lit par exemple les formes suivantes : luide, troist, moicht, dair, hait, eirde, keirt. Le son i se présente donc ici dajiB les mêmes circonstances qu'en roman. Il n'est pas moins fréquent à Trêves, qui est encore plus près de la frontière romane. On lit, par exemple, dans un document de 1318' : h&iii fuirsteyn [Fûraten) doin haîn eiriebischof intheilden eiraamen, etladatfi : druiein hunderijairundechiteinjair. Déjà le plus ancien document de Trêves, de l'année 1248, présente de semblables exemples (nuir, doit, ain).
A moins de faire remonter à un dialecte celtique ce trait commun aux langues romane et germanique de la frontière, et qui doit évidemment avoir pour cause une disposition particulière des organes vocaux, il faut supposer une influence germanique subie par le roman. 11 y avait autrefois dans la région dont il s'agit des colons allemands, tout comme dans la Flandre française, par exemple; il est donc bien permis de supposer que ces colons, obligés d'avoir des relations continuelles avec les localités romanes du voisinage, et, par conséquent, d'employer la langue romane, ont peut-être transporté dans cette dernière une particularité propre à leur idiome maternel. Ce n'est pas à dire, bien entendu, que ce soient les colons allemands eux-mêmes qui aient établi cette particularité partout oîi nous la constatons : une fois la première impulsion donnée par eux, le son ( a
1) V. ScHADB, Geiatliche Gedichte nom Niederrhein.
2) Dans Hôpbr, Ausieakl, Hambourg, 1835.
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fort bien pu se propager natuTeUement dans des endroits où n'habitait aucun Allemand ; et, en ce- qui concerne l'emploi de ei = A, il y a tout lieu de se demander si ce phénomène (qui s'étend même aux Flandres) a absolument la même origine que ui, oi, ai, etc.
Les dialectes bourguignons offrent à peine quelques traits phonétiques par lesquels ils se distinguent du lorrain.
L'un des principaux est l'emploi du son oi pour ï, qui semble n'être pas connu du lorrain ; on le rencontre en Bourgogne et même, vers l'Ouest, jusque dans la direction du Berri (Macé de la Charité) ; il est surtout fréquent devant rdi [-ooirge ^^ virginem), ndi {t>enoinge ^^ vindemiam), ntS [dimoincke ^ dominicom), devant di {noige = niveam), tS (soicAe ^ 8ICCAM ; croiche, fr. crèche], sm {quaroiame, lat. e), de même que dans tsoioe (viduam).
La terminaison latine -ittom se présente surtout avec un a en lorrain, et avec un o en bourguignon ; toutefois le lorrain connaît aussi o et le bourguignon aussi a ; et un simple coup d'œiljeté sur les patois actuels' nous apprend que la différence des sons entre les deux dialectes est loin d'être assez nette pour qu'on puisse l'établir d'une manière absolue, en quelques lignes seulement.
C'est plutôt dans des partioularités d« formes et de syntaxe qu'il faut chercher la véritable différence du lorrain et du bourguignon. Lor servant de cas régime au pronom (accentué) de la troisième personne (a lor, de lor], commence à apparaître dans le coin Sud-Est du département des Vosges ; de là, il s'étend jusqu'aux frontières du moyen -rhodanien, pour se continuer ensuite dans ce dernier dialecte et dans le provençal. La première personne sing. du présent en -ois, dans la première conjugaisou, constatée par Fôrster dans l' Yiopei, admet diverses explications : ainsi Mussafîa l'attribue à l'influence du subjonctif (à la fois bourguignon et lorrain) en
1) Adam, PatoU lorrains, p. 349.
•oice, -oiaae (combinaison de soie + face) ; peut-être aussi cette désinence a-t-elle été influencée par l'existence de Formes comme cois à cAtéde formes à terminaison accentuée comme alona, aler, etc. On trouve -ois dans les Coutumes de SalTnai^e [je quiioie, delwroia et laissais), dans le Cartulaire de l'éûècké d^ Autan*, dans les documents de la Haute-SaAne (Vesoul, Faucogney) et à Montbéliard; de même chez le poët« Priorat de Besançon, qui fait dire au traducteur de Végëce (Jean de Meung) : je translautois.
39. A l'aide des indications précédentes, on pourrait arriver à localiser, au moins approximativement, un texte d'après les sons qu'il présente. La réunion du ca- picard avec iç provenant de e indique le Hainaut, celle du même son avec ei (non oi) provenajit de e, indique la Normandie orientale ; avec iei (non i) provenant de ë -|- i, la Normandie occidentale. Ce son iei [ie, ei) s'étend de cette région jusque vers celle du provençal, et se combine, au Sud de Bressuire, et dans cette ville même avec le g des parfaits en ui. En Berri commence à apparaître oi, de ïentravé, qui se dirige de cette province dans la direction de l'Est. En Berri 6 ■\- 1' devient io, par exemple : orguios (:= orgueil), pios^^vult; de même encore biost ^ bullit (mais dans l'Est auet ;= vult ; dans l'Ouest et le Nord, veut).
En Bourgogne, al devient aul (aule ^= fr. halle, seaul ^ sigillom) comme en Lorraine. En Berri aussi Vi parasite du lorrain et du bourguignon (pairi, muir) est inconnu. Les Wallons enfin se rencontrent avec les Picards pour l'emploi de if ^ e et de ent (non ant) ; — avec les Lorrains, pour les emplois de cfia := ca, et de l'i parasite ; — tantAt avec ceux-ci, tantôt avec ceux-là, pour le traitement de Ë + i (tantôt ei, tantôt i). Mentionnons encore l'absence de la vocalisation de l en w dans les dialectes orientaux, qui étouffent le son de l devant les consonnes en allongeant la
1) Page 300.
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voyelle précédente : cheoals, bels, mieh, cuelt, sonnent en Wallon et en Lorrain comme chevàa, bia, miit, vust. De là vient aussi qu'on ne prononce pas t dans le nom de ville
BIBLIOCttAPUlE
Nous ne pouvons énumérer ici tout le m&tériel des eourcoa servant à l'âtade des anciens dialectes de la France. Il consiste en quelques mannscrits, dans lesquels la teinte dialectale est nettement marquée, et dans les documents ou chartes. Parmi les nombreux ouvrages qui contienuent des documente, citons eu seulement trois, qui tiennent compte des différences locales : P. Meyer, Recueil d'anciens textes (Paris, 1874, n'a pas encore entièrement paru) ; Musée des archives départementales (Paris, 1878) ; et Luchaire, Recueil de textes de l'ancien dialecte gascoft (Paris, 1881).
Les meilleurs renseignements snr les dialectes picards se trouvent dans l'introduction de Tobler au Dit dou orai Aniel (2* édition 1884) et dans la Vie de saint Alexis publiée par G. Paris et L. Pannier (1872, p. 276). Citons encore G. Raynaud. Étude sur te dialecte picard dans le Ponlkieu (dans la Biblioth.de l'École des Chartes 1876) \ et Suchier, éd. A'Aucassin. et Nicolete (3' éd. 1889). Enfin les préfaces de FOrster à ses éditions (Richart le biel, Aiot, Cheealier as deas espees) ne peuvent être oubliées.
Nous avons traite du wallon àt,as\&ZeitschriJi/Ùrroin. PhiL a. 255 sqq. — Voir aussi sur la phonétique wallonne Wilmotte, Romania, zvii-xtx.
Pour le lorrain, on a, outre les contributions de Bonnardot dans la Romania, ses éditions de la Guerre de Mett en 1324 (1875) et du Psautier (la seconde partie n'est pas encore publiée) ; en outre, Apfelstedt, introduction au Lothringiscker Psalier (1881). — La langue d'un texte de la Franche-Comlé est analysée par W. Fôrster dans la préfaça du Lyoner Ysopet (1882); le môme auteur étudie la langue de la Champagne dans sa préface an Cligés de Chrétien de Troyes (1884).
Les dialectes du Sud-Ouest ont ét^ étudiés par Boucherie, Le dialecte poiteein au XIII' siècle (1873), et mieux par GOrlich Die Sûdtcestlichen Dialecte der Langue d'oîl (1882 et Die NordicestUchen Dialecte der Langue d'oU (1886) ; par ces
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derniers, il entend les dialectes de la Bretagne, de l'Anjou, dn Maine et de la Touraine.
Pour les dialectes moyen-rbodaniena l'oavrage le plus important est le mémoire, malheureosement resté inachevé, d'AscoIi dans VArckieio glottologico (m, 61); il faut citer cd outre PhilipOD, Phonétique lyonnaise au XIV siècle {Romania, xiu, 542); et A. Zacher, BeitrdQe xum. Lyoner Dialekt (1884).
Des traits isolés de dialectes provençaux ont été examinés par Paul Meyer ; permutation de « et r {Rom., iv, 184, 464) ; voy. en outre Thomas (vi, 261) ; la désinence de la troisième personne du pluriel (ix, 192) ; voy. en outre Armltage, 128,
P. Meyer a examiné {Romania, m, 433) une Charte landaise, et [Rom., V, 367) une Charte du Pays de Soulo.— Un ouvrage fondamental sur le gascon, c'est Lnohaire, Études sur tes idiomes pyrénéens (1879). Musbacka a cherché à donner un exposé historique sur un dialecte particulier : GeschichtUche Entieicklung der Mundart eon Montpellier (1884).
Pour l'étude des Patois, on peut se servir des textes parallèles, qui reproduisent un même morceau en divers dialectes. La meilleure base de cette étude, ce sont les traductions de l'Évangile de saint Mathieu, que le prince L.-L. Bonaparte flt imprimera Londres ; ces traductions sont faites dans les dialectes des localités suivantes : Guernesey (1S63), Amiens (1863), Jarnac (1864), Banme-les-Dames (1864), Marseille (1666). Comme sixième texte parallèle est venu s'y ajouter depuis, la Traduction de l'Évangile selon saint Mathieu en patois bourguignon par P. Mignard (Dijon 1884), publié aussi dans les Méntoires de l'Académie de
Pour les dialectes provençaux modernes, on trouvera certainement nne riche source de renseignements dans la traduction du Salut à l'Occitanie de FLoriau, en 107 dialectes différents, préparée par A. de Gagnaud (de Berluc-Perussis). La première livraison parue (Salut à l'Occitanie, imité de Florian par Fortuné Pin, traduit en cent sept idiomes, Montpellier, 1886) comprend déjà 44 textes patois. — Une version en dialecte vaudois de Pinache et Serres, dans le Wurtemberg, est imprimée dans le périodique Occitania (1887), p. 19-22.
Il faut ajouter encore, pour les dialectes français et provençaux, un certain nombre de textes du recueil de Papanti {Parlari italiajii in Certaldo), à savoir ; des textes de Celle San Vito (173) ; d'Aoste (490), cinq textes de la contrée de Nice (622, aqq.),
qa&tre textes walloDs (704 Bqq.)i un texte provençal (713) et
neuf textes savoisiens (718 aqq,).
Le recneil Le plus riche consiste dans les Versions de l'histoire de l'enfant prodigue, qui fut traduite (en 1807) , sm l'ordre du gouvernement, dans les diftérenta dialectes de la France. Cea
Versions parurent d'abord dans les Mémoires et dissertations publ. par la Société royale dos Antiquaires de France (t. vi, 1B24, p. 455 sqq-). puia aussi dans Coquebert de Montbret, Mélanges sur les langues, dialectes et patois (1831, p. 455 sqq.)- Parmi les Ij6 versioas du recueil, il faut mettre à part une version catalane, une génoise, deux Udines, de sorte qu'il en reste 82 peur le français et le provençal. Cfr. à ce propos de Tourteulon (ouvr. cité, p. 7). Ces mêmes textes ont été imprimés pour la troisième fois par L. Favre, sous le titre de Parabole de P Enfant prodigue en 88 patois dicers de la France (1879), et aussi dans Favre, Reçue historique de l'ancienne langue française, année 1878, Le recueil de Favre contient non 88, mais 89 textes, à savoir les 86 des Mémoires des Antiquaires excepté un (celui du Vigan), en outre uu texte catalan, un autre du Pays d'Ouche (Eure) (par Veuclin, qui L'a réimprimé dans ses Récits jjillageois, Bernay, 1887), un de Saint-Maixent et un du centre de la Normandie (communiqué à M. Favre par M. Moisy, juge honoraire à Lisieux).
Ces collections ont été souvent complétées, surtout pour les territoires politiquement séparés de la France. Grandgagnage a publié 56 cersiona wallonnes de laparabole de l'Enfant prodigue dans le Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne [vu, 1S70). Wilmotte y a ajouté une Version de Couvin dans la Reçue de C Instruction publique en Belgique {tome xxis, 1886)- Stalder a publié i5 versions de la Suisse française {Die Landessprackender Schiceiz, 1819), et Bridel (Glossaire dupatois de la Suisse romande 1866, p. 427). 30 versions dont quatre sont empruntées à Stalder, une à Hécart, une à ChampoUion- Figeac; deux sont ladines; restent 2i versions. Un texte de Saulny, près Metz, se trouve dans Jaclot, Les passciemps lorrains (1854, p. 59). — Un texte vaudois de Neuhengstett dans le Wartemberg a éte publié par Alban ROssger, Geschichte u. Sprache einer Waldcnser Kolonie in Wurtemberg (i' édit. Greifswald 1883).
Tarbé a imprimé 12 textes champenois dans ses Recherches sur l'histoire du langage et des patois de Champagne (1851) ; parmi ces textes L'un (p. 153) avait paru dans les Mém. des Antiq. (vi),
DéVELOPPBMENT PHONÉTIQUE: DES DIALECTES 93
et UD autre (p. 139, note) déjà auparavant. Il y a 8 versiona □ormandes dans l'ouvrage de Canel, Le langage populaire en Normandie (Pont-Audemer 1889), savoir, un texte reproduit d'après Plnquet, et sept antres nouveaux. 32 versions (La plupart gasconnes) se -trouvent dans Luchaire Étude sur les idiomes pyrénéens (1879). Pour les autres textes parallèles, nous les rangeons selon l'ordre alphabétique des départements auxquels ils appartiennent.
Basses-Alpes. Barcelonnette : Chabrand et de Rochas Aiginn, Patois des Alpes coitiennes, 1877, p. 158. — Hautes-Alpes. Trois textes dans les Lettres d'Érasle à Eugène ou Annuaire du département des Hautes-Alpns pour 1808. On retrouve ces trois text«8 avec cinq nouveanx dans Ladoucette, Histoire, topographie, antiquités, usages, dialectes des Hautes-Alpes (3' édit. 1848). Avec l'un de ces trois textes il y en a deux nouveaux dans Chabrand et de Rochas Aiglun. Gîtons ici aussi les deux textes vaudois publias par Les mômes (p. 141 et 144), et les deux autres publiés par Bïondelli, Saggio (p. 521 et 523). — Alpes-Maritimes, Nice : Toselli, fla;)/)ori d'une concersation sur le dialecte niçois (1864).
— Calvados. Bayeux : Pluquet, Contes populaires (1834), et le môme, Essai historique sur Bayeux (1829). — Cher. Asnièresles-Boargea : Pierquin de Gembloux , Notices historiques, archéologiques et philologiques sur Bourges |1840). — Cûted'Or. Dijon : Amanton, Parabole de l'Enfant prodigue (2" édit. 4831), précédemment dans les Mèm. de l'Acad. de Dijon (1830). Saulieu : de Chambure, Clottaire du Morean (1878). — Creuse. Sain t-Yrieix- la-Montagne : Thomas dans les Areh. de» Mitt. {m, t. v). — Drôme. Crest (non Valence) : OUivier, Essais historiques sur la oUle de Valence (1831). Trois textes de la Drème dans Delacroix, Slatittique du département de la Drôme (1835). — Eure. Pont-Audemer : Vaanier, Petit dictionnaire du patois normand (1862). — Gard. Cévennes : Monin, Étude sur la genèse des patois (1873). — Isère. Deux textes dans Champollion-Figeac, Noueelles recherches sur les patois (1809). — Manche. Val de Saire : Romdahl, Glossaire du patois du Val de Satrc (1881). — Marne. Courtisols : Mèm. de la Soc. des Antiq. de France (v, 349). — Nièvre. Château-ChJnon : de Chambure, Glossaire du Morean (1878). Arleuf : même ouvrage.
— Nord. Avesnes : Mém. de la Soc. des Antiq. de France (x, 471). Région de Valenciennes ; Hécart, Dictionn. rouchifranfais (3' éd., 1834).— Rhône. Lyon : dans Monin (v. Gard). Condrieu : Cochard dans l'Alma/iack de Lyon (1803). Saint- Symphorien-le-Ch&teau : mâme auteur, dans les Archives histo-
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riqttes, ttaiiitiqueè et littéraires du départ, du Rhône (tv, 130 aqq.). Beaujea : rnSme ouvrage (xiii, 167). — Savoie et Haute-Savoie. Région de Moutiers : Pont, Origines du patois de ta Tarentaite (1872). Quatre testes dans la Statistique du département du MonrtZaac (1807). — Deux-Sèvres. Saint-Maixent : Mém. de la Soc. des Antiq. de France (i, 210). Breesnire : même recueil. ~ Haute- Vienne. Limoges : Richard, Recueil de poésie» (11,267). En tont,2T7 textes.
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