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CHANGEMENTS ASSOCIATIFS DANS LES FORMES DE FLEXIONS

A. — Le v«rbe

40. Les verbes se divisent, d'après la formation de leur parfait, en six groupes, selon que la troisième pers. sg. de l'indic. partait se termine en Àvix, dédit, fvrr, en it, sit, uit. Les trois premières formes reportent l'accent sur la désinence, et caractérisent les conjugaisons faibles ; les trois dernières laissent l'accent sur le radical, et caractérisent les conjugaisons fortes. La fonnation en dédit repose sur une altération du lat. DiDiT, qui, dans un certain nombre de radicaux en d ou en t, fut identifié, pour sa voyelle et son accentuation, à DÉDIT : d'oili VENDÉurr pour le lat. vendidit. La fonnation en VIT fut altérée et identifiée à vuit de la troisième conjugaison forte : par ex, cognovuit pour le lat. coGNOvrr, expabuit pour EXPAviT. La formation en evit, qui, déjà en latin, était peu fréquente, fut entièrement proscrite. Les parfaits à redoublement furent, eux aussi, remplacés par de nouvelles formes, par ex. : pependit par pendédit (3« oonj. faible), pupuGiT par puNxiT (2« conj. forte), cucurrit par cURRurr (3^ conj. forte). Quelques restes affaiblis de stetit et de dedit rappellent seuls encore les formes à redoublement. Quant à la formation de la 1" conj. forte, non seulement elle ne reçut aucun développement, mais encore elle fut écartée de la même façon que la formation avec redoublement (par ex.

D.q.t.zsdt)yG00l^lc

REBPONDÉDIT, DBPENDÉDIT pOUr leS parf. lat. RE8P0NDIT, DE- FENDIT) : il faut faire une exception pour les trois parfaits FUIT, FEciT, viDiT, que la laDgue conserva grâce à la fréquence de leur emploi.

41. Un fait qui n'est limité ni à une forme ni à une conjugaison déterminée, c'est l'influence exercée par le simple sur le composé ; déjà, vers l'année 100 après J.-C, cette influence a rendu au composé son ancienne voyelle et reporté l'accent sur le radical (recomposition). On ne peut méconnaître là un souvenir des dialectes osque et ombrien, qui ne changeaient pas la voyelle du simple dans la composition. Exemples : attingit, déficit, requIrit, s'étaient formés de ÂD TANGFF, DÉ FAciT, RÉD QUAERiT, 4 Une époquc OÙ la particule placéc près du verbeavaitencore sensiblement la valeur d'un mot indépendant, et portait l'accent principal : la langue populaire rétablit, par imitation du simple, les formes attân- GiT, prov. a^onA, a. fr. ataint ; defâcit, disfâcit, prov. dea/ai, a. fr. des/ail; requàerit, prov. requer, a. fr. reguieri. De même adsStis, prov. aasad, fr. asset ; desCper, prov. de sobre, a. fr. desseur ; dimedium de dimidium, prov. demieg, fr. demi présente seulement le rétablissement de la voyelle, l'accent n'ayant pas pu changei de place. — Dans les formes composées de CAPERE, on trouve rétabli l'accent, mais non la voyelle du simple ; ex. : recÎpit, prov. recep, a. fr. receit.

Comme on l'a déjà vu par un des exemples ci-dessus, la préposition de- faisait volontiers place à la forme plus pleine dis- ; ex. : desfaire, desfendre (mais les formes modernes demander, demeurer, décevoir ont conservé de-). De même, auB fut remplacé par subtus {soztraire, auj, soustraire =^ subtrahere) ; e par ex {esiire, auj. élire ^ eligere).

ïnfantem et iNFLAT furent soumis au traitement ordinaire de la préposition Ïn ; de là en fr. enfant, er\fle. Cependant ces mots avaient attiré en provençal, avant la modification de i,

1) Seblmahn, p. 60.

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la forme ïntus (întus, prov. ins). A cognoscere on a substitué C0NN08CERE.

Dans quelques verbes, à savoir : côlligo, érigo, cônsuo, ËXEO, PÉREO, la langue avait perdu le sentiment d'un rapport avec la forme simplefLECo, rego, suo, eo}; de là a. fr- cueii, auj. cueille, prov. erc, fr. couds, a. fr. is, prov. pier. Dans les deus derniers exemples, la forme latine a été si profondément usée par les altérations phonétiques, que la préposition seule a subsisté. Ici comme dans en/e ^ inflat, chauffe = CALFACIT, nous remarquons la contrepartie du fait que Tobler a appelé l'obscurcissement du suiBxe {Suffixverkennujig) •■ de même que, quand les anciens suffixes deviennent méconnaissables, on voit naître de nouveaux suffixes, — de même aussi lorsque les anciens radicaux deviennent méconnaissables, on voit naître de nouveaux radicaux. Noua devons également mentionner ici le français bénir, a. fr. beneir ^= benedicere, et, une forme étrangère à la France, corner (esp., port.) == comedere.

4â. Un tait non moins ancien a causé dans partire, sen- TiRE et d'autres verbes, la création de nouvelles formes sans t à la première pers. sg. du présent (parto au lieu de partio), à la 3" pers. pi. (partunt au lieu de partiunt), au gérondif (PARTENDO au lieu de partiendo), au participe présent {partentem au lieu de partientem) et au subjonctif présent (partam au lieu de partiam, etc.). Le français /disais, a. fr. faiseie, ne peut se ramener qu'à facebam [non faciebam) ; de même le prov. /a«(ï (dial. /aria). Il reste, sous la forme ancienne, par ex. venio, facio, habeo, debeo, sapio, doleo, VALEo, VIDEO, AUDIO ; vENiAM, ctc. ; mais veniunt fut chassé par venont, prov. cenon, a. fr. oienent ; venieintem par vej^en- TBM, prov. oenen, fr. venant'.

43. Un autre fait encore nous conduit à une époque beaucoup plus avancée. Dans l'ancien français les formes de la

1) Cf. coNVBNBNTiAB, Vil" siÈcle. Voe,, II, 448,

Le Français et le Prooençal. 7

plupart des verbes étaieat divisées en deux groupes d'après le traitement subi par la voyelle sous l'influence de l'accent. C'est ainsi que, par ex., dans le verbe parler, les trois premières personnes sg. de l'indicatif présent paroi, paroles, parolei. la 3«pers, pi u r. paz-o /en (, le subjonctif /loz-oZ^paro/s, paraît, paraient, la 2" pers. de l'impératif /laz-ofe, étaient différenciées des autres formes parlons, parlez, parloue, parlai, parler, parlé. Dans aiu', le présent se conjuguait : aiu, aiues, aiuet, aidons, aidiez, aiueni. La langue coiDmença par réagir contre cette double série de formes, qui empêchait la conjugaison d'être homogène. La simplification eut lieu d'abord en provençal, qui ne présenta jamais que peu de conjugaisons de ce genre, et qui n'offrait pas, entre deux personnes, des variations de formes pareilles à celles du français, par ex. dans aimet, amons ; peret, parons ; çoilet, celons ; pleuret, plorons ; etc. Là, chacune des deux séries déformes (3« pers. sg. : paraula, ajuda, prem. pers. plur. : parlam, aidam) fut agrandie jusqu'à former un verbe complet paraidar, ajudar d'un côté, parlar, aidar de l'autre.

En français, la tendance à l'unification se fît jour dans les différents verbesà des époques très différentes ; et onze verbes, d'un emploi très fréquent, dont les flexions primitives étaient profondément gravées dans les esprits, ont jusqu'aujourd'hui échappé à cette tendance {moritur, muert; movet, muet; POTE8T, puei ; vult, Buelt ; tenet, tient ; venit, ment ; quae- RiT, quiert; sedet, eiei; appercipit, aperceii; bibit, beit; SAPiT. sel, et les composés qui en sont formés, comme retj- >ET, relient; concipit, conceit). Quelquefois même, les patois de nos jours conservent la double série des flexions de l'ancien ïrançais, là même où la langue littéraire les a perdues ; dans le wallon actuel, on ne dit pas seulement ju mowraàcôléde mori, mais eacoreju parole h calé de parler,

1) Non aju; l'orthographe avec y est propre au provençal.

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ja lice à côté de Ipcer; et même il s'est introduit ici un nouveau changemenl, grâce à l'inîerealation , entre les groupes de consonnes, d'un e qui reçut l'accent selon les lois de l'accentuation française : par ex. ju mostén-e^tto{s)sTRo à côté de mostrer, ju troubélte ^= turb(u)lo à c6té de troubler.

Dans le français littéraire, l'uniBcation a commencé dès le ■ xiie siècle. Oo rencontre dès cette époque, par ex., enuier, puier,aiuer {Ps.deMoméb.; Vendée,Poitoo),ce/e(Chev, ly,); plus tard, au xni« s. joue, loue, parle (déjà en 1246, Actes du parlement de Paris}; au xiv« sane, laoe; au xv^ sçavenl, viendrai, tiendrai, aimer ^, pleurer, demeurer, trouve; au xvi« espère, pesé. Comme les formes à désinence accentuée sont les plus nombreuses, ce sont elles qui l'ont emporté dans la plupart des verbes. Dans quelques-uns, ce sont les formes à radical accentué qui ont prédominé, soit parce qu'elles étaient les plus usitées {aimer, aiuer, suiDons, viendrai, tiendrai], soit parce qu'elles avaient servi à dériver des substantifs [enui, pui, aiue, pleur, demeur) qui à leur tour contribuaient à les faire prévaloir. L'emploi fréquent de il sied aentraîné l'introduction de la diphtongue au futur {siéra] '. Manduco se conjuguait en a, fr. : manju, manjues, manjuel, Tnai^ione ; dans manju (primitivement *m.andu =: lat. manduco)lej s'était introduit sous l'influence des formes accentuées sur 1& désinence.

44. Quelques verbes d'un emploi relativement peu fréquent ont adopté, dans toute leur conjugaison, le modèle d'autres verbes plus employés; ainsi eremère ^tremere, qui aujourd'hui, devenu craindre, se conforme partout à la conjugaison Aq plaindre; (/"aJmenÏCTOtV^^ mente HABEREprov. mentaner, qui, en français, se conforme à la conjugaison de recevoir, parce que les composés de habere étaient inusités :

1) Cependant Marot fait encore rimer il ame = amat avec ame =s

2) De même en allemand es ziemt a entraîné l'inQnitif tiemen.

de là à la 1"> pera. sg. du présent ramentaif (Joinv.), au parfait ramentui, à l'infinitif menioiore, aous l'influence de reçoif, reçut, reçoicre. C'est encore ainsi que, surtout en lorrain et en wallon, les formes de possum ont souvent été refaites sur les formes de volo : pueli d'après Duelt ; 3» pers. plur. puelent d'après vuelent; impart, poloit à.'a.près voloit -, c'est là un phénomène qui se produit aussi en dehors de la France, dans le dialecte des Judicaries (dans le Tyrol).

Rappelons encore, parmi les phénomènes généraux, une tendance dominante dans toutes les langues romanes à l'exception de l'italien et du roumain ; c'est celle qui fait reporter dans les formes du présent l'accent de l'antépénultième sur la pénultième. Elle se manifeste plus sensiblement encore en provençal qu'en français : seminat, prov. seména, fr. sème; tbemulat, prov. iremola, tr. tremble; auctoricat, prov. autréja et auiôrga, fr. octroie; humiliât {mot emprunté}, prov. umelia, fr. humilie.

45. Première pers. sing. — La plus grande partie de la France a perdu la désinence o au présent de l'indicatif : la forme employée présente le radical pur. Cependant il existe ordinairement une désinence dans les textes picards, lorrains et franciens. Par ex., dans les premiers, on lit des/ench =^ DEFENDo, mech ^ MiTTo, arck ^= ardeo, aench := sentio ; dans les Sermons de saint Bernard de/em, met, art; dans Pierre de Fontaines cuLi = cogito, demanz ^ demando. Il ng se présente de désinences dans les textes ci-dessus qu'après la consonne t (et après d, qui devait, éunt final, devenir t). C'est évidemment le besoin de distinguer les formes identiques de la 1^^ et de la 3* pers du singulier, qui a appelé ou favorisé le développement de la désinence ch ou a. Quant à son origine, on ne peut pas approuver l'opinion des savants qui supposent une influence de l's de la 2« pers. sg. Nous sommes plutôt en présence d'un exemple curieux de de l'extension analogique que peut prendre un type unique : ce type était facio [picard fdck, autrefois faz) qui était

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le verbe exprimant l'activité de la manière la plus générale, et dont l'emploi syntaxique comme cerbum vicarium était très fréquent ; si bien que, à propos de tous les verbes de la langue, la pensée se reportait natureUemeût à facio. Cette explication * n'a pas été admise par tout le monde, et aujourd'hui encore beaucoup de savants en soutiennent une autre plus ancienne, d'après laquelle les formes seru et pun, pic. sench et parck, représenteraient le développement direct et régulier de sentio et parlio. Cependant cette dernière hypothèse est contredite par le fait que sentio et pariio ont cédé la place à sento et k,pario, non seulement dans le provençal, mais-encore dans les autres langues romanes ; il n'est pas vraisemblable que la forme latine, abandonnée par tous les autres idiomes du domaine roman, se soit conservée isolément dans un dialecte unique.

A partir du xm" siècle, le * devient s; cet s est facultatif jusqu'au xvi» siècle, puis obligatoire en prose, dans toutes les formes de la !''« pers. sg, de l'indicatif présent, qui n'appartiennent pas à la 1" conjugaison faible ; ainsi il s'ajoute à sai, coi, sut, cien, tien. La poésie seule se permet encore aujourd'hui les formes sans s dans des verbes finissant par une voyelle (sot pot) ainsi que les formes tien cien ; mais elle exige toujours sais.

Dans quelques verbes la désinence de la 1" pers. sg, est c. Dans esparc ■= spargo, sorc =^ surgo, le c est primitif. Dans plane ^= PLANGO, cenc ^= cingo, c n'a été conservé que jusqu'au jour où les formes (d'ailleurs non assurées) plane, cenc cédèrent la place à des créations nouvelles, empruntées aux autres personnes du présent {plaAs, eeàs ; plafii, cent ; planons, cehona; etc.), c'est-à-dire aux formes plaign, ceign (au xiii« siècle plaing, ceing). Il est probable aussi que coluGo a eu primitivement la forme colc, qui a disparu ensuite devant eueit, refait d'après cueîlx, cueilt. Je crois qu'à

1) Exposée par nous dans la Zeitachrift de Grobbh, m, 462.

l'époque OÙ l'on disait encore plane, cenc, etc., le c fut

transporté à lien, tien (d'où tienc, mène), et l'on créa même ainsi moere (à côté de muir) = morior, et ierc = ero. Cette hypothèse a l'avantage d'expliquer comment il se fait que la désinence c ne soit jamais jointe k d'autres radicaux qu'à ceux terminés par r et par n.

Dans les verbes de la première conjugaison faible, qui présentent à la 2» et la 3» pers. sg. du présent un e atone dans la désinence, la langue a favorisé une autre formation de la première pers. sg. : au lieu de conserver la forme latine {ain = AMo, 2' pers. sg. aimes ; jui = judico, 2« pers. sg. juges ; doins =^ donc, 2» pers. sg. dones ; lef= lavo, 2« pers. sg. levés), elle a développé, sous l'influence de la 2« et de la 3« pers. sg., une forme en e (d'oii aime, juge, done, lece], dont l'introduction est encore secondée par la conjugaison du subjonctif mete, metes, metet ^ mittam, etc. Quelques exemples de l'ancienne formation furent tolérés jusqu'au xvi« siècle {je suppli' dans Ronsard; je command' dans Marot). Dans cette conjugaison les formes avec a n'ont existé qu'à l'état passager {ains = amo, gars =/e garde).

A côté des formes régulières, le provençal en présente aussi d'autres en i "ou en e : trahi, azori, vendi, parti, sospirè^, porte, E est !a désinence régulière dans le dialecte auvergnat. Cet ( ou cet e provient de quelques formes, dans lesquelles ii était sorti de io, ou s'était maintenu après des groupes de consonnes difficiles (d'abord seus forme de o, puis sous forme de e) :feri := ferio, mori ^ morior, enclostre ^= inclaustro, tremble =; tremulo, entre ^= intro ; cependant ces exemples ne sont ni assez nombreux ni assez usités pour expliquer l'extension de cet e ou i qui se trouve comme terminaison dans tous les verbes de la première conjugaison. Il est à remarquer que' la diphtongaison disparaît dans trobi, mori, ooli (à côté de truep, muer,cuelh, suefri).

1) Après UQ i accentué on trouve le plus souvsut e. B) D'après les Ley» d'amor, ii, 362.

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Un groupe remarquable, c'«st celui que composent ea français vois ^ vado, estais = sto, ruia ^ rogo. Irais = TROPo, doina =^ dono, puis = possum, et aussi (en lorrain seulement) suis = sum. La désinence ia n'était d'abord admise que dans piâa ^^ poteo ' qui est à potes, potet ce que

DEBEO est à DEBES, DÉBET et VOLEO à VOLES, VOLET (pOUT

vOLO, Via, vult). Le is de puis passa aux autres formes, h'n de doijis est dii à un croisement de do (Er. dois, forme non prouvée) et de dono. Les variations de la voyelle (tantôt -ots, tantôt -M(s) s'expliquent par des raisons phonétiques; estois peut-être par analogie avec pois, comme estait avec vaii, estant avec vont.

La conjugaison provençale oauc, vas, va (à côté de vai] a probablement été formée d'après le modèle de dao (roum. dau), DAS, dat; stao (roum. stau), stas, stat; nao, nas, nat; TRAHo (qui ne s'est pas conservé en roman, cf. prov. irac, a. fr, irai), trahis, trahit. De même/a« (forme accessoire Ae/ati = FACio) a eu comme modèle dao, etc. Le c final dans les formes accessoires cauc, estaucfauc demande peut-être une explication phonétique (cf. traite, trau=-tRAB'E.K). Possum a en provençal la forme pose, puesc, qui doit avoir emprunté son c kjlariac ^ floresco, naac ^ nascor.

SuM n'a suivi son développement régulier qu'en provençal (son, so) ; la forme soi doit sans doute son t à ai ou à deî. Le français s«i a subi l'influence de fui, de même que les désinences de aomes et estes ont aussi une certaine analogie à la l** et à la 3» pers. plur. du^arfait.

46, Deuxième pers. sing. — La 2» pers. sg, du parfait a perdu en français le t de la désinence, parce que dans tous les autres temps la 2^ pers. se terminait par a simple. Toutefois en provençal i s'est conservé, et s'est même ajouté à es, 3» pers. sg. du présent de sum [prov. iest). Le français tu es (à côté de l'es) doit son e à la 3^ pers. sg. {eat).

3) Cf. Archic de Wôlfplin, il, 46.

47. Troisième pets. sing. — Nous avons parlé plus haut de la chute du (. Nous ne mentionnerons ici qu'un fait remarquable, la façon dont le français a rétabli le t devant les pronoms personnels dans l'interrogation. Ce rétablissement du t s'est accompli au xvi« siècle, d'abord dans la prononciation, puis aussi dans l'écriture. Dans quelques cas particuliers le t était encore prononcé [doit-il, devait-il, doivent-iU, ont-ils) ; l'impulsion vint des formes de ce genre. De là a-t-il, donne-t-il, donna-t-il, coilà-t-il. Certains dialectes ont fait de ce til un mot interrogatif, qui est la contrepartie de l'afBrmatif oïl.

L'existence simultanée du français fait = facit, dit = DiciT et de taisi = tacet, loist ^^= licet, et plaist ^n placet, n'est, croyons-nous, pas encore expliquée. Nous pensons que le développement phonétique des formes latines se trouve seulement dans iaist, loist, plaist, et qu'au contraire /«(ï et dit ont été reformés surles infinitifs /aire et dire. Les infinitifs TACÈRE, licère, placère, a. fr, taisir, loisir, plaisir, ne comportaient point une formation de ce genre, et taire, toire, plaire sont probablement d'une date plus récente, et ont dû être d'abord d'un emploi restreint. Le provençal possède quatre formes aussi bien pour le type primitif que pour le type refait : faii, /ai ; ditx, di ; tatx, tai ; platx, plai (mais seulement lels) ; il a en outre la forme fa ^ facit d'après l'infinitif /ar.

48. Première et deuxième pers, plur, — Au présent de la seconde conjugaison latine (don^ il ne s'est conservé, il est vrai, que trois formes, sorties à côté de esmes, /aimes, dimes; estes, /aites, dites), au futur {ermes = erimub) et au parfait de toutes les conjugaisons, ces personnes ont conservé intégralement les désinences latines ; c'est un phénomène qui demande encore une explication. Le provençal n'a pas épargné ces désinences ; de là audivimus, prov, auxim, a. £r. o{d]imes; audivistis, prov. auxilt, a, fr. o{d)istes, formes pour lesquelles on voit que les deux langues se sont essen-

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tiellement séparées. En français on peut constater l'influence exercée par la 2» pers. pi. sur la 1", par le fait qu'au xii* siècle, peu de temps avant que l's devint généralement muet devant les consonnes, cette 1™ pers. reçut un s : o{d)imes devint o{d)ismes, amames devint amasmea, etc.

Les nombreux verbes dans lesquels !a 1"» et la 2^ pers, plur. de l'indicatif présent se terminent en -îmus, -itis ont, dans toutes les langues romanes, à l'exception seulement du roumain, refait ces formes sur le modèle de la deuxième conjugaison latine : sur tacëmus, tacètis furent reformés vENDÊMus, vENDËTis, prov, veideni, nendett. Plus tard, en provençal et en français, des formes refaites sur ce modèle remplacèrent même sentîmus, sentïtis, prov. seniem, sentetx, et cela parce que les i^utres formes de ce présent étaient semblables à celles du présent pendo. On ne trouve la continuation directe du latin sentîmus, sentitis qu'en ancien lorrain, en gascon et en catalan.

Parmi les formes latines en tmus, îtis, le français n'a conservé, comme on l'a vu, que facimus dicimus, facitis DiciTis {/aimes, dimea ; faites, diles) ; le provençal n'a conservé que sem, em = sTmus (pour suMus}, /aim ::= facimos,

y(ItÏ3 = FACITIS.

11 y a une région qui, d'après Chabaiieau ', peut être approximativement circonscrite et dont les patois actuels accentuent la 2" pers. plur. de beaucoup de verbes comme en latin. Elle s'étend depuis Lure (Haute-Saône) vers le Sud jusqu'à Saint-Etienne (Loire), Lyon et Saint-Maurice-de-l'Exil (Isère); elle comprend aussi la Suisse française. TeU^ sont, par exemple, les formes suivantes ' : rentes ^ redditis, prenies =z prehenditis, peùtes =■ potestis, seutes ^ sequi- Tis. Mussafia' croit que de semblables formes ne font en

1) Reçue des langues romanes, SI, 15S.

2) Daas VÈBangile selon saint Matthieu traduit en Iraiic-comtois des environs de Baume-les-Dames, pnblié par le prince Louis-Lucien Bonaparte.

3) Pràeenabildung, p. 4.

réalité que continuer les formes latines ; mais cette opinion nous paraîtra peu vraisemblable tant que nous ne connaîtrons point des formes correspondantes dans des textes du moyen âge. Si les légendes inédites en moyen-rhodanien n'en contiennent pas, il est permis de ne voir dans toutes ces formes que des imitations de faitea, étea, dites, ooitea ^= videtis, «eûtes =: sitis, rédjouiites ■=: regau- DETis, etc., semblent surtout n'admettre aucune autre explication.

Les formes françaises usitées aujourd'hui pour la première conjugaison faible présentent a devant le as de la désinence : aimasaiona, aimassiez. Cet a ne peut pas être tout simplement identifié à l'a des formes latines amassemus, AMASSETis. Les plus anciens textes français, surtout ceux des manuscrits normands du xii» siècle, offrent un i au lieu de l'a : amisauna (et aussi amesauna), amiasiet (et aussi amèssiei). Cet [ peut avoir pour origine aussi bien l'analogie de partlsauns.fesissuns que l'action de ss sur l'e affaibli provenant de a. Cet i se maintient jusqu'au xvis siècle, et Robert Estienne ne mentionne encore dans ses paradignes que les seules formes aimissiona, atmiaaiex, à côté desquelles cependant le XVI» siècle connaissait déjà les formes actuelles.

Nous avons encore à discuter les trois désinences nmus émus et Umus : cette dernière ne se trouve que dans sumus et seulement en français : car le provençal favorisa la forme SÏMUS, qu'Auguste employait fprov, sem em ; au contraire, le catalan dit som). En français, nous trouvons ons pour représenter amiia et êmua ; on y voit une influence exercée par auMDs' ; mais alors on serait en droit d'attendre, dans les dialectes oii sumus devient somes, amomes de amamus. Cette forme se trouve en réalité sur un territoire qui s'étend de la Flandre à la Champagne, et sur ce territoire, l'alternance de

]) Feu^être y a-t-il lieu de noier, fi l'appui de cette opiaiou, le fait, que les dialectes piémoatais, lombard el rhélo-roi des (ormes qui se ramènent à -uhus.

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ornes et de ons a donné naissance aussi à sons à côté de somes. Pour ce qui est de la conservation de la désinence, en Flandre, la cause peut en être une influence germanique car l'allemand avait aussi comme désinence de la première personne pluriel mea. L'orthographe conservam- Mus JOBEMMUS' n'oxplique rien, ni la présence de o, ni le maintien de l'e dans la désinence omea. 11 est probable que -ons et -ornes correspondaient primitivement au latin amua (cfr. cantomp^ ^ cantamus à côté de decemps = debemus dans le Saint- Léger) ; et que Va de àmus était exposé à devenir o, d'abord après les labiales, p. ex. dans amabamus (cfr. taon ^ tabanum), puis s'est changé en o dans tous les cas où cette transformation n'était pas empêchée par la présence d'un I semi-voyelle. De là résultent encore en lorrain et en champenois les formes simultanées amans ^= amamus et aiens = habeamus ; et sans doute aussi prions := precamur et metiena = mittamus, qui indiquent qu'ici la distinction de ons et de iena est devenue h dynamique », ayant servi à difléren cier l'indicatif et le subjonctif. Non seulement dans les dialectes cités plus haut, mais encore en wallon et en picard, et même sur le territoire le plus étendu de la langue d'oïl, on trouve iena comme désinence de la première personne pluriel de l'indicatif imparfait, du condilionnel, et du subjonctif imparfait, p. ex. ariiens := habebamus, acriiens ^= habere habebamus, amissiens = amavissemus, cendissiena =^ vendidissemus, oûssiens ^= habuissemus. Ici iens s'explique sans difKculté par la chute de b dans la désinence de l'imparfait ebamus, qui, à son tour, reste à expliquer. Au subjonctif impartait, iens ne peut dériver phonétiquement de ëmns ; il a été transporté du présent du subjonctif à l'impartait, à une époque où les Picards et les Wallons avaient encore aussi des formes comme aiena faciens, et cette époque, à en juger par le

1) SiTTL, Lokale Verschied., 61.

posciomes du fragment de Jooas, est très éloignée. La désinence ëmus existe encore dans toute sa pureté, à Orléans, où nous trouvons ostaina, menains comme première pers, plur. du subjonctif présent de oster, mener.

Ën'Normandie et en France, ans a été étendu à tous les temps (à l'exception seulement de l'indicatif parfait) ; cependant même ici, iens, qui s'employait dans un domaine étendu, a exercé son influence, et a déformé en iona le ons de la première pers. plur. du subjonctif. Les plus anciens exemples de cette désinence se trouvent dans la Glossa magistralis in psalmos {première moitié du xui' siècle) : faciom, meiiom. Il est vraisemblable que ions est résulté d'un croisement des subjonctifs champenois laissiens, eussiens, et des franciens laissons, eUsnons. Les documents parisiens admettent encore souvent au xiv« siècle la permutation de -ions avec -iens (pai exemple am'ens, plus rarement a^ens), avant que -iona prenne seul toute la prépondérance. Ce n'est que peu à peu que tons a commencé ensuite à dominer au subjonctif ; et au xvi« siècle encore, on employait à ce mode laissons, aimisspna, à côté de laissions, aimissions.

A la deuxième personne du pluriel, les désinences latines étaient, à l'exception du parfait et du présent de la troisième conjugaison latine, àtis, Siis, Vis. Comme îmus disparut devant Smus, de môme Uia disparut devant etis (excepté en ancien lorrain, en gascon et en catalan).

En français, à la désinence atia correspond régulièrement ex, pic, es, et, après les consonnes qui développent un (', iez, pie, iés ; à la désinence ëtis correspondent eia (oiz), pic. OIS. La distinction de ces deux désinences subsiste encore dans beaucoup de textes, à peu près fidèle aux formes primitives. Les dialectes adoptèrent ensuite es [iez] pour l'indicatif, oiz pour le subjonctif, de sorte qu'on trouve à l'indicatif inetez à côté de amez, au subjonctif metoix à côté de amoiz. 11 est permis de présumer qu'ici la forme oiz = etis, désinence unique à la deuxième personne pluriel à

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l'imparfait du subjonctif, a été adaptée par la langue au présent du subjonctif.

Dans le français littéraire, comme ons fut généralisé pour la première personne, es {(et) le fut pour la deuxième. Déjà l'auteur de St-AIexis emploie à la rime trocerei = tropare HABËTis ; ot, précisément pour cette forme (deuxième personne plur. du futur), la langue du xn° siècle hésite encore entre e« et ew; ilen est ainsi jusqu'à une époquepostérieureoù eiz disparait entièrement de la langue littéraire de la France.

En provençal on trouve une différence digne de remarque entre la prononciation de -eta=:€tis à l'ind. prés. [aceU], et de -ets ^^ etis au subjonctif présent {amets), au subjonctif imparfait {amasse(t) et au futur [amareU]. Ces trois formes présentent la prononciation fermée correspondant à l'origine de l'e. Au contraire, aceis et les formes analogues de la deuxième personne pluriel de l'indicatif présent offrent ç que l'on a, sans doute avec raison, rapporté à l'influence de çix^= ESTis. La deuxième personne pluriel du futur n'étant pas atteinte par cette influence, doit certainement déjà avoir eu la forme simple {amareiji, non amar aoeli).

49. TROISIÈME PERSONNE OU PLURIEL. — Cette personne a en latin pour désinences ant, ent, uni. Nous avons vu plus haut qu'à la première et à la deuxième personne pluriel de l'indicatif présent, la troisième conjugaison latine adopta les formes de la seconde : vendêmus vendétis. A côté de ces persoones, la troisième personne pluriel était restée sous l'ancienne forme vendunt et la conjugaison émus, élis, uni s'appliqua aux quelques présents de la seconde conjugaison latine. De là . vient qu'on lit des formes comme oebunt HABUNT dans la Lex Salica. Comme, en français, la voyelle atone de la désinence devenait uniformément e', on ne peut plus se rendre compte de cette assimilation; mais on la

l) Les voyelles pleines ne subsisiaient à la troisième pers, plui e dans les déparlements du Jura et de 8a6ue-et-L*ite.

const^e en provençal, où lea trots désinencea an{l) on{t) en{t) sont encore distinctes.

^n est resté sans altération au Sud-Ouest et dans les Pyrénées ; dans le reste du territoire, il a été supplanté par on, à différente» époques ; il le fut très tôt à l'Est du RhAne *, et beaucoup plus tard dans la Haute-Loire. En gascon et en limousin, an, comme aussi on, passe à en'; cependant le limousin a conservé an h côté de en. Après un i accentué, an et on sont également devenus en, au xiV siècle, en Languedoc et en Provence {avien = habebant). An ne se reconnaît plus du tout dans un domaine qui comprend les départements de la Lozère, du Lot, du Tarn-et-Garoone, do Tarn, de la Haute-Garonne et le Nord de l'Aveyron.

Sont devient en provençal, dans les dialecteâ du Nord sont, dans c«ux du Sud son ou so.

Habent, FACiuNT, vADUNT, STANT deviennent en provençal an, fan, pan, estan; cependant une autre forme existe encore au{n),/au{n), oau(/i), estau{n], et celle-ci en a attiré d'autres {itiau à A lai s, /azidH dans le Tarn). Aujourd'hui encore on dit dans le Cantal au et siau (cette dernière forme est aussi en usage dans l'Aveyron), Les formes provençales au{n], /au{n), vau{n) reposent sur habcnt, facunt; an, fan, van ont ou bien allégé au en a (cf. anta de aunia, got. haunipa *, fr, honte), ou bien subi l'influence de stant. Les formes françaises sont ont, font, vont, estant, et se ramènent atint, à fauni, caiint, ou bien sont calquées sur sont ^^

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