SONT
Souvent la 3^ pers. plur. a été refaite à l'aide de la 1" et de la 2» pers. plur., ou d'autres formes : l'a, fr. dient est la suite de dicunt, mais le prov. dUon (d'après dixem, dixett), et le français moderne disent (d'après disons) sont de formation nouvelle. De même pour le prov.^omcon =^ florescunt
1) Toutelois, cl. Romania.lxw, 277,
3) V. Romania. ix, 193.
?i) Rron. haunixha avec tk anglais tort.
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et le prov. Jîorisaon, l'a. fr. fioriasenl ; l'a. f r. setent ^ sapuNT (pour sapiunt) et le français moderne savent.
50. A l'iMPARFAiT, après la supplantation de la déaînence iebam par ibam, on eut simultanément les trois désinences abam, ebam, ibam ; -cependant presque partout -ibam s'est confondu avec ebam : en français sous la forme -eie (^ ebam arec la perte très rare de b), en proven';al sous la forme -ia f^ ièani). Quanta -ete et -jpe, ils ne se trouvent qu'en lorrain, en moyen -rhodanien et en gascon (gaso. abé = rabebat, seniibe ^= sentiebat), où ils continuent le latin -ebam et -ibam.
De -abam est résulté en gascon -aua, en béam. -abe, en prov. -aûa, en tranç. de l'Ouest -oue, en franc, de l'Est -eoe. Le normand -oae n'est qu'une continuation dans le Nord du gascon -aua; le lorrain -eoe, une continuation du prov. -aoa; de sorte que la France, dans ce cas particulier, n'est pas partagée entre le Nord et le Sud, mais entre l'Est et l'Ouest. Les désinences françaises -oue et -ece ont peu à peu été remplacées par -eie,qui, au xii»-xnio siècle, devint -oie; ce changement eut lieu d'abord en picard et en français : déjà Gautier d'Arras et Garnier de Pont- Sainte -Maxence ne connaissent plus que -oie (Garnier -eie). -eoe s'est maintenu dans un petit territoire au Nord-Ouest (Naraur, Liège, Malmédy), et, jusqu'au xiii" siècle, aussi, à Metz. Un exemple tardif de cette désinence, de provenance messîue, c'est Jîanceoe de l'année 1291 '.
La désinence -oie devint -oi par suite de la perte de Ve. Dès le début du xvi« siècle -oie dissyllabe devient rare, et oi prend, .devant les voyelles, c'est-à-dire quand il est en hiatud, l's de la 2" pers. sg., qui plus tard sera d'un emploi général dans l'écriture.
La perte de -abamus, -abatis est une marque distinctïve de tous les dialectes français ; déjà avant la période littéraire,
1) Dans les Pi'euces de l'histoire de, Met}, p. 236; cf. cenioet du l^an 1280, p. 221.
ces désinences avaient été remplacées par 'E(b)amus, -e(b)atis, d'où iè'ns {(ôna), iëi.
51. Au PARFAIT, le p a disparu partout. Le provençal possède en propre la concordance de la première et de la seconde conjugaison faible ; le français, celle de la seconde et de la troisième. Le provençal présentait dans la seconde conjugaison faible la voyelle f à la V" pers. sg.,à la 3» pers. sg., à la 3» pers. plur, : oendçi, vendçi, nendçron ; il a introduit p dans les personnes qui, originairement, avaient f, d'où cendçat au lieu de vendest, etc. Il subit à la première conjugaison faible une contraction de ai en e [amçt ^= ama[v]it}, en eik la finale {amfi -^^ ama[v]i). La concordance de la première et de la deuxième conjugaison faible pour quelques formes a ensuite entraîné l'identiHcation des terminaisons des autres formes.
En français, la concordance de la deuxième et de la troisième conjugaison faible ne s'est réalisée qu'à l'époque littéraire. Le parfait de la deuxième conjugaison faible se conjuguait d'abord de la façon suivante : vendi, vendis, vendiet, rendîmes, oendistes, vendiereni, subj. vendisse, de vendédi, vENDEDi'sTi, vENDÉDiT.etc. Les formcs aveei'e se maintinrent, par exemple, à Blois, à Provins et en Berri, jusqu'au xiii» siècle; en picard elles disparaissent dès le xii». Là où elles se maintinrent, ie a pénétré aussi à d'autres personnes [V^ pers. plur. vendiemes, 3» pers. sg. du subjonctif vendiesi) ; là où elles tombèrent, elles furent remplacées par des formes nouvelles avec un i : vendit, vendirent.
Quelques dialectes allèrent même jusqu'à assimiler le parfait de la première conj. faible à celui de la deuxième et de la troisième : j'aimi, tu aimis, H aimlt, etc. De telles formes ne sont pas rejetées même dans la langue littéraire aux xv6 et xvi* siècles, et les grammairiens du xvi* siècle les admettent dans leurs paradigmes. Plus tard elles furent de nouveau bannies de la langue cultivée; mais beaucoup de patois les
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Ce n'est certainement point un fait accidentel si les testes d'ancien français ne présentent ce changement qu'après une palatale : tu pechis dans le Dial. Animœ ei Rationis, encarqui dans le Jeu de Saint-Nicolas de Bodel, obligi dans Renart le nouceau 6750. C'est vraisemblablement la prononciation pechier ou pechir à l'infinitif qui a entraîné la création de semblables parfaits.
La première personne sing. en i se maintient jusqu'au xvie siècle, où l'on admit devant les voyelles l's de la deuxième pers. sg. {Je vendis) ; le même cas se présenta dans/e/u-s et dans les parfaits de la troisième conjug. forte- La désinence latine de la deuxième pers. sg. du partait, isti, devait devenir isl, de la même façon que le nomin. plur. du pronom isti eccisti, fr. ist icist, prov. ist aicist, où l'i de la désinence a protégé contre tout changement Vi du radical. De là arsisti prov. arsist |à côté de arsest) ancien français arsis; vendidisti (prov. oendçst avec 1'? des formes à radical accentué) fr. vendis. En français l't s'est introduit aussi à la désinence de la deuxième pers. plur. {arsistes, vendistea prov. arselx, cendetz), de là à la première personne pluriel [arsimes, vendîmes, prov. arsem, cendem), et est même passé de l'indicatif au subjonctif (arsisse, cendièse, prov. arses vendes). Un exemple de la forme non influencée, c'est le perdesse A'Eulalie (= perdidisset).
On a peine à expliquer le e ordinaire au provençal dans la troisième pers, sing. des première et deuxième conjugaisons faibles [anec à côté de anet, vendec h côté de vendet) et dans la première pers. sg. et la troisième pers. sg. de la troisième conjugaison faible (première pers. sg. partie à cAté de parti, troisième pers. sg. partie à côté de par^ tit parti). L'hypothèse d'après laquelle les parfaits en -ui (bec ^ BiBiT, crée =^ crevit, dec =^ debuit, sçc ^ sedit) auraient servi de type à cette reformation en ec', n'est guère
1) Paul Mbybr daus VEncyclopœdia Britannica, art. Provençal language.
Le Français et le Proeençal. 8
.tizsdbyGoOl^lc
vraisemblable, parce qu'ici on ne trouve que e fermé, et que les parfaits ne présentent que e ouvert; on pourrait alors invoquer avec à peu près autant de raison, tous les parfaits de la classe en -mi. W, Meyer ' croit que le c ne se serait d'abord présenté que dans cic et qu'il aurait, de là, passé à la troisième pers. sg. de la première el de la deuxième cod jug. faibles. Il voudrait ramener oie à viduit. Mais la réduction à VIDUIT rencontre beaucoup d'obstacles : cette forme manque en français; le provençal n'a pas les formes qui s'y rapportent, vmuisxi, etc. Il est évident qu'en provençal vidi a été soutenu par le parfait de la troisième conjug. faible, et que oi {oie) vist oi {cil] oim vUt ciron. ont suivi le paradigme flori [fioric]Jlortst, etc. Ainsi ^oWc n'a pas été formé sur pie, mais oie sarfloric.
Peut-être doit-on, outre l'explication précédente, prendre encore en considération la suivante. Le c n'a certainement été transmis à la première pers. sg. floric que parce que cette pers. était identique à la troisième ', où le e existait depuis longtemps; mais les formes en ec sont celles qui se répandirent le plus loin et le pliis abondamment. Aujourd'hui on dit à Forli mandep ^^ mandavit, avec une désinence qu'Ascoli ramène kep = babuit. Le e du provençal n'appellerait-il pas une explication analogue? Peut-être a-t-on d'abord dit, à côté de estet ^^ stetit, estec =^ stetuit (tonne qui se retrouve en français et en catalan); et, de ce verbe très employé, l'alternance de et et de ee a pu s'étendre à d'autres verbes.
La première pers. plur, du parfait avait dans quelques conjugaisons conservé la même accentuation que la deuxième personne du plur. : ainsi dans la première conjugaison faible française amames amastes prov. amem ameti, dans la troisième conjug. faible française oïmes oisies prov. auxim
I) ZeUsrhri/t, [x, 240,
2> On Irouve un exemple de doiùec ^ donavi, mais c'est évidemment une lormation tardive.
D.q.t.zsdt)yG00l^IC
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autitx, et en français seulement, dans la troisième conjug. forte, oUmes = habuimus, oiisies = habuistis. Les deux langues rendirent identique l'accentuation dans les conjug. où elle ne l'était pas encore : ainsi dans la deuKième conjug. faible (vENDEoiMus), première conjug. forte (pEciMus}, deuxième conjug. forte (ars/mus), et, en provençal, aussi dans la troisième (habuimus).
Ala troisième pers. plur. du parfait, il y avait primitivement une distinction entre prisdrent ^= prehenderont, misdrent ^= MiSERUNT, et distrent =: dixerunt, astrent = = ARSERUNT, ^reni = fecërcnt; la langue littéraire normande assimila toutes les désinences à distrent [pristrent nùstrenl; cf. beneïstre de beneïadre ^^ benedicere à cause de conoistre) ; le picard et la langue parisienne du xin« siècle, k firent (prirent, mirent R. Violette); cependant on lit encore mistrent dans un document parisien de 1305 '.
Parmi les conjugaisons fortes, c'est la troisième qui fournit aux philologues le plus de problèmes, car c'est elle dont les formes ont eu le développement le plus accidenté. Noua avons traité ' des parfaits en ui, et chercbé à expliquer leur formation. Nous ne voulons pas l'èpéter ici ce qui est dit dans cet article, mais nous profitons volontiers de l'occasion pour toucher à quelques points que nous avons omis alors ou au sujet desquels notre appréciation s'est modifiée depuis cette époque.
Le groupe ni se prononce partout d'une seule syllabe, en gascon et en provençal avec un m semi-voyelle, en français et en moyen-rhodanien avec un m semi-voyelle. Tandis qu'en français cet « protégeait contre toute altération l't formant le second élément de la syllabe, le gascon et le provençal ont laissé ai devenir Ke ; à la 2« pers. sg. seulement, il resta en provençal une forme accessoire avec ui, sous l'influence de
1) Bibl. de l'École des Charles, 41, 51.
2) Zeitackr., ii, £55 sqq.
l'i de la désiDenœ. Dans la première pers. sg. ui se trouvait à la fioale, et son i [sur lequel agirent d'autres conjugaisons) resta pur jusqu'au jour où il tomba.
D'après ce qui précède, noua croyons que les formes provençales et gasconnes doivent avoir tranchi, avant l'époque littéraire, les degrés suivants :
âgui, aigui de là prov. àgui, aie gasc. àgu
agulati, aguéati aguist, aguêst agôst
àgue ac àgo
aguémoa aguém agôm
aguésiia aguéU ag6U
âgueront âgron âgon
A côté de àgon se présente en ancien gascon la forme reiaita agôren (d'après/om,^/?, /oren) ; âgu et àgo reportèrent l'accent sur la désinence, à une époque que nous n'osons préciser, les monuments poétiques faisant défaut.
En français et en moyen-rhodanien,^ ne se développa point devant ui, sans doute parce que dans ui le son û n'était pas identique à la semi-voyelle u des mots germaniques. Au contraire, de même qu'en provençal'et en gascon, la combinaison de la consonne û avec la finale du radical qui la précédait fut empêchée par la victoire soit de l'un, soit de l'autre de ces deux sons. C'était la finale du radical qui triomphait quand elle était l, m, n, r : valuisti, voluisti, tenuisti devinrent oalis, volis, éenis ; c'était la consonne û, quand le radical se terminait eu latin par g, c, o, h, et, en français et en moyenrhodanien, par p. Tacuisti, habuisti, debuisti, sapuisti devinrent dans le dialecte wallon tawis, deioia, sawia (prov. taguist, aguist, deguiai, mais aauhisi).
En normand et en francien a devant w devint o (comme dans la désinence d'imparfait abam) ; plus tard seulement tci fut réduit à il, de sorte que nos formes sont empreintes, dans les dialectes en question, d'une marque beaucoup plus récente : ioûa, oûs, doua, aoUa.
PoTui a été traité de diverses façons ; à l'Ouest et à Paris
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l'explosive disparut devant û et dès lors potois dut passer à poûs. Dans les dialectes du Nord et en Champagne, u précédé d'une explosive tomba, etporfis dut passer à /loïs.
En outre, en français, les formes du parfait turent déformées de telle façon qu'il ne resta plus aux désinences que a, t'ouM. Primilivementles désinences étaient bien plus variées. L'état actuel est le résultat d'un développement qui commença avant l'époque littéraire et ne parvint que peu à peu à l'unification actuelle des formes.
D'abord, les parfaits à radicaux terminés en l, r, m, n lurent refaits sur un nouveau type. Peut-être faut-il partir du paradigme suivant :
tr. oail prov, nalc
calia calguiat
vatt valc
oalimes valguem,
ralisies valguetx
caldrent calgron
subj. calisse subj. valguea
part. oalu{d) part, valgut
Parmi ces formes, les provençales sont prouvées, et les françaises (sauf le participe) ne sont que supposées. Au lieu de ces formes, la littérature la plus ancienne connaît déjà un type qui, semble-t-il, reposait sur fui et utilisait le participe calu{d). Dans tous les cas le fr. calui n'est pas le développement direct du latin valui. Le parfait nouveau se conjugua valut, valus, valut, valûmes, valustes, valurent, subj. valusse, part. valu{d).
Comme les trois parfaits les plus employés de ce groupe étaient profondément gravés dans les mémoires, ilsont échappé à la formation nouvelle. On en trouve encore les paradigmes suivants, traces de l'état antérieur de la langue :
voit ^:= voLUi (inc = tenui tinc =^ * venui volis terds cents