‹ Le français et le provençal: Trad.par P. MonetChapitre 26 sur 38 · C. — Dans les formas oasuallss · texte numérisé non relu

C. — Dans les formas oasuallss

74. Dans la déclinaison du latin vulgaire, on employait constamment comme nominatif féminin au singulier et au pluriel les formes de l'accusatif. Le féminin a donc été traité en roman comme le neutre dans les langues indo-européennes.

1) ToBLGR, '6i sqq.

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PiLiAS 86 trouve comme nominatif dès leiii'>siècle,GERMANAs en l'an 403'. Co sont évidemment les dialectes osque et ombrien * qui ont donniî naissance au nominatif latin en -as, et par là préparé la confusion grâce à laquelle on s'est servi de l'accusatif pluriel du féminin pour représenter le nominatif pluriel. Il est probable que seuls les féminins, dont le nominatif singulier était profondément distinct de l'accusatif singulier, ont résisté un certain temps.

De l'ancienne flexion il n'est resté que peu de traces : en français, une seule, c'est suer := soror, accus, seror =^ sororem; en provençal les comparatifs féminins melher, accus, melhor ; pejer, accus, pejor ; mager, accus, major ; menre, accus, menor. Ces comparatifs ont aussi en a. fr. les deux formes, par exemple : ta mieldre, la meiltor ; mais toutes deux s'emploient également pour les deux cas. De même le pronom féminin illa, prov. ela, accus, leis, a. fr. ete, accus, li, permet de distinguer ces deux cas.

A l'époque pré- littéraire le nombre des mots ainsi traités devait être encore plus considérable; car l'existence simultanée en ancien français de caure et de calor (qui en réalité ne sont plus deux cas différents d'un môme mot, mais plutôt deux mots bien distincts) fait croire à une conservation prolongée de la flexion latine. On peut encore citer ici des nominatifs comme chace :=■ captio, (race ^ tractio, eslrace =^ EXTBACTio, deslrece =: DESTRECTio. Toblcr a réuni beaucoup d'exemples semblables '.

Dans les masculins aussi, le nominatif a été peu à peu expulsé par l'extension de l'accusatif. Une tournure très remarquable , c'est annus tantus (de annôs tantôs) coNPLiTi FUERUNT, dans les Form, Andec, p, 17, 12 '. Peutêtre quelques régions de la France ont-elles, comme le eata-

1) V. VArchia de Wôlfplin, h, 565, 568.

2) lis avaient la dôsinence -as.

3) Gôtt. gel. Anj., 1872, 1901.

4) V, VArrfiir de WôLFri.TN, II. 5G8.

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lan, a,bandonné de très bonne heure cette déclinaison à deux cas. C'estce qui est arrivé siirement dans le dialecte béarnais, voisin du catalan, où les textes les plus anciens ne la présentent déjà plus. Parmi les dialectes français, l'anglo-fran-t çais emploie, déjà dans ses lexles les plus anciens, la formel de l'accusatif plus souvent que celle du nominatif pour expri-l mer le cas sujet. Ce fait ne commence à se rencontrer dans la langue de Paris qu'au xiii» siècle, et ce dialecte hésite encore au XIV* entre les deux formes ; le nominalif disparaît seulement au début du xva siècle, et ne survit quelque temps que dans les Proverbes.

En Provençal la déclinaison commence à se perdre au xii* siècle. Dans quelques régions comme le Limousin et le Quercy l'ancienne flexion se conserva un peu plus longtemps que dans tes autres. Les Coutumes de Gourdon (dép. du Lot, 1243) présentent encore la flexion à peu près intacte. Dans la langue littéraire, on cherche, même au xev» siècle, à la maintenir artificiellement.

Dans quelques mots, dont le nominatif était d'un emploi particulièrement fréquent, ce cas a tait disparaître l'accusatif, de sorte que quelques formes de nominatifs subsistent encore aufottiâ'hui- Un exemple provençal, c'est le mot pecaîre cité plus hattt. Comme exemple français citons maire (l'accus. en a. fr. est maimr) ; traître (conservé à cause de l'emploi du mot au sens du vocatif) ; pire; le nom de famille Proudhon ; Charles, A la désinence d'ancien tranç;iis çl correspond aujourd'hui -eau : hfi auj. beau, oisel auj. oiseau, dontl'accusatifpluriel et le nominatif singulier {6(aus,oisiaus) s'étaient surtout gravés dans la mémoire.

Dans beau il faut certainement encore reconnaître une influence du vocatif singulier, qui était très employé {biaus ^.' etc.). Au contraire, dans des singuliers comme cheoal, tel, la forme présentant \'s de flexion (checaus, ieus) n'a pas eu la même force de résistance. Pieu := palus est sans doute influencé par espieu, allemand speot.

c^vGooi^lc

Pour le vocatif on emploie en général la forme du nominatif. On ne trouve aucune preuve incontestable de formes remonUint au vocatif en e de la seconde déclinaison latine ; cependant, dans deux exemples tournis par le x« et le xi« siècle {fol conpagn, Dialogues latins allemands; dom pelegrin, à la rime dans Guillaume de Poitiers), il y a peutêtre lieu de voir une trace d'un vocatif latin.

En ce qui concerne l'adjectif, remarquons qu'avant l'époque littéraire le français a étendu au masculin un certain nombre de formes féminines : par exemple large rouge lâche louche riche triste chaste juste koneste chauve fauce, et aussi bénigne maligne {plus tard seulement bénin malin]. Ces formes suivent la seconde déclinaison des substantifs masculins (nomin. sg, et'accus, plur. larges, accus, sg. et nomin. plur. large). Le provençal ofïre presque partout les formes plus naturelles que l'on attendrait : lare rog lasc losc rie irist castjusi honest calv. Le français ferme n'est venu qu'assez tard se joindre au groupe ci-dessus : au xiei» siècle encore le masculin de ce mot est fer. — Le masculin a accaparé les fonctions du féminin dans le nom de nombre deux : primitivement masculin dous féminin doës, qui s'est maintenu en Bourguignon ; mais la forme masculine (accus.) et féminine (nomin. et accus.) dous, plus tard deus, se trouve déjà dans le Roland.

D. — Dans les pronoms

75. De même que le subslantif et l'adjectif, le pronom possessif et le pronom démonstratif abandonnèrent aussi l'ancienne forme du nominatif en faveur de celle de l'accusatif; le pronom personnel n'y renonça que partiellement: le nominatif disparut dans les formes accentuées, à l'exception du féminin singulier de la troisième personne. De là le français moderne moi toi soi lui eux elles. L'emploi de mot comme nominatif est déjà connu de Chrétien de Troyes. Pour le

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pronom elle accus. U le nominatif fut préféré, parce que la forme féminine li était identique à celle du masculin li (résultant de i«( et employée à côté de cette dernière forme elle-raéme). Dès le xiv« siècle on rencontre des exemples isolés de d'elle, a elle au lieu de l'ancien de li, a li.

En ancien français, lui était une forme accentuée; le datif de la forme atone était li de illi, qui servait pour les deux genres. Au xiii" siècle li et lui s'employèrent indifféremment l'un pour l'autre; on en vint à uaiter /«t comme datif de la forme atone, et /(' disparut ainsi.

Le roman étendit universellement au féminin la forme iLLORUMprov- ^oz-fr. lor, leur, laquelle se rencontre déjà au viii* siècle, comme forme atone du datif. '

En ancien français devant les datifs lifii lor (dans les textes postérieurs lui et leur] on a d'ordinaire supprimé les accus, le la les ; il en est encore souvent ainsi au xvo siècle et quelquefois même au xvii«. Le provençal aime à employer pour lo li, la li : lo y, la y ; et il n'est pas impossible de voir dans cette notation l'origine du phénomène propre au français: peut-être en effet il employé au lieu des formes actuelles le lui, la lui venait-il de l'i c'est-à-dire de lo i, la i ; l'identité de forme qui existait entre l'i et le datif li aurait entraîné l'emploi de lor pour le lor , la lor.

Le pronom réfléchi était quelquefois employé après les prépositions pour lui ou U iprov. ionc se «à côté de lui», fr, devant soi), mais au pluriel 'il est plutôt représenté par els, elas tr. eles, lor.

Les datifs latins nobis vosisont de très bonne heure disparu de la langue populaire ; car déjà dans le Probi Appendix on trouve NoscuM pour nobiscum.

Au nominatif il n'y avait primitivement aucune différence entre la forme acCentuée et la forme atone, comme aujourd'hui encore dans nous et vous. La forme atone, employée

1) Voy, l'Arrfiie de WôLFFLiN, ir, 41.

comme sujet, était généralement inutile devant le verbe. Toutefois elle était d'un usage plus fréquent dans la proposition (complétive que dans la proposition principale, et, selon Grôber',elleétaitobligatoiredanstroi3cas:l)quand on employait le futur pour donner un ordre ; 2) pour éviter un complément pronominal atone en tête de la proposition ; 3) dans la proposition interrogalive quand l'interrogation porte sur l'acte exprimé par le verbe (on trouve ici quelques exceptions). La langue de Marot a encore la liberté de supprimer le pronom, et l'abandon du pronom sujet auprès du verbe, et de l'article auprès du nom est considéré comme une particularité propre au style coloré d'archaïsme (ce qu'on appelle le siyle marotique.) Mais peu de temps après Marot, on vit naître la tournure moderne. Au contraire, aujourd'hui encore le verbe provençal peut se passer du pronom sujet.

L'impersonnel il est né, selon Horning ', d'une extension de l'emploi du masculin il ^=illic. Il est de fait que des difBcultés phonétiques s'opposent à ce qu'on fasse dériver il de ILLOD ; et l'on voit, à mesure qu'on avance dans le temps, l'emploi de il devenir de plus en plus lai^e. Les exemples les plus anciens qui soient sûrs sont fournis par la chanson de Roland^. L'emploi dans lequel il annonce par avance un sujet exprimé après le verbe ne se rencontre dans le Roland qu'à un seul passage qui peut-être même est interpolé ((7 nus i cuvient guarde 192) ; l'impersonnel il ne se trouvait jamais', autrefois, qu'avec des formes de habere ou de esse. C'est seulement depuis le milieu du xn« siècle qu'(7 préparant le sujet qui suit, est d'un usage plus étendu. Peut-être dans l'expression il est suivie d'un substantif {il est costume] n'y a-t'il qu'un cas particulier de cet emploi. A cette construction est étroitement liée aussi celle où il se place après un relatif sujet d'un verbe impersonnel {que que il

l) Zeitchr., IV, 463.

ï) Bomaniache Studien, iv, 2E9 ; cf. Grobeb, Zeitachr.. iv, 4G3. > 3) Vov. Stengel, Aueg. et Ah/i., 3, sv.

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