C. — Oisaptatiou
99. Une forme deflexion peutdevenir un radical nominal. Ce fait est le contraire de l'adaptation; appelons le « disaptation i>. En a, fr. appas était le pluriel de appdf ; en latin, la
1> Les mots de «leus syllabes prennent un acceût sur la désinence quand ils sont faiblement accentués (««!(, allem. mo de imô). 2) Année 539 : Arc/iw de Wôlfflin. ii, 565.
veile le pluriel de le voile. Ainsi deux mots sont nés d'un seul.
Le latin vetos accus, veterem devait proprement en français se décliner au nomin. sg. viei accus, *oiere; mais cet accusatif ne s'est pas conservé, et viex a pris les fonctions de tous les cas, même du pluriel; c.-à-d., qaeniez est devenu radical nominal. En provençal on retrouve encore veterem sous la forme veire '.
La langue n'aime pas qu'il y ait entre les formes d'un système une trop grande différence phonétique. Quand ce cas se présente, elle l'évite en mettant à profit chacune de ces formes pour constituer un nouveau système complet.
Le latin senior se déclinait en ancien français : sg. nomin. sire accusât, seigneur, plur. nomin, seigneur, accusai. seigneurs. La différence était si forte entre la forme sire et les autres qu'on cessa de la rattacher à ces dernières, et aujourd'hui à côté de le sire on emploie le pluriel les sires comme à côté de iesetgnew/- le pluriel les seigneurs, tandis qu'une troisième forme (sieur plur. sieurs) est née par dédoublement sous rinfluenec de l'accent comme on l'a vu plus haut *.
Ce phénomène se présente encore dans le verbe dis{je)junare ■'. Primitivement ou le conjuguait comme il suit : desjun, desjunes, desjuiiet, disnons, disnet, desjunent. On forma depuis, pour compléter la série desformes accentuées sur la désinence [rfisnona etc.) de nouvelles formes, accentuées sur le radical, disne disnes disne disnent ; pour compléter la série des formes accentuées sur le radical (desjun, etc.), de nouvelles formes accentuées sur la désinence, desj'unons desjunex; de sorte qu'au verbe latin disjunare correspondent maintenant deux verbes complets, diner et déjeuner. C'est ainsi que l'ancien français possède aidier et aiuer d'après aiM=ADJUTo, plur. a(rfon«:=ADjUTAMus ; le
1) V. SucHIER, Denkm., i, p. 315.
3) G. Paris, Romanla, vui, 95.
D.q.t.zsdt)yG00l^lc
l'tW LK FRANÇAIS HT LE PROVENÇAL
prov(!iii;al aidar à côté de ajudar, parlar à côlé de paraa-
D. — Composition
JOO. Une composition repose sur une simple relation syntaxiquej qui peut ùlrcde diverses sortes. Il se peut qu'ensuite, sur le modèle une fois donné, de nouveaux composés soient cnV's par analogie.
Exemples. Mots composés d'un substantif et d'un adjectif : yentilhomme, vinaigre, pla{t]fond, printemps, midi; bonheur fii-remeni (les vieux vaov&prin, mi, heur, ment ne se sont conservés qu'en composition) ; — d'un substantif , une préposition et un substantif chef-d'œu-ore, ai'c-en-ciel ; — de deux substantifs : /làtel-Dieu, Bois-le- Due , porc-épic; — le second élémeiu est simplement prédicat du premier dans ehoujleur. Le déterniinatif se trouve le premier dans lundi, mardi, iréfondx ^ terr^ fundus, banlieue de han et lieue. — Exemples formés d'un substantif complétant un verbe et de ce verbe (ou participe), a. f. feroeatir, fr. niod, maintenir, colporter, saupoudrer, arcbouter, foimenii. Eermoulu ; — d'un pronom et d'un participe cependant ; — d'un impératif et d'un pronom rendei-oous, un accrochezmtti'ça ; — de deux adverbes prépositionnels comme depost tr. depuis ; oeintus ptov. dinn; abante fr. acanl, etc.
Pour plus de détails on se reportera au travail capital d'A. Darmcsleter. Nous n'insistons ici que sur un point, où nous ne pouvons partager l'opinion de Darmesteter, Il n'y a pas en latin de mots composés où entre, avec une forme verbale — dans laquelle les uns veulent voir un impératif, les autres, et en particulier Darmesteter, la3« pers. s, de l'indicatif — un accusatif ou un déterniinatif accompagnant le verbe (poWe-monnare); aussi a-t-on exposé diverses théories pour expliquer les formes de ce genre. D'après l'hypothèse d'Oathoff, queTobler' rejette
1) P. Hi.
à bon droit, porte dans porte-monnaie serait un substantif verbal. J'aime mieux y voir un impératif, comme l'examen des exemples les plus anciens semble l'indiquer. Ces exemples sont terra de Cantalupis 804 (Hérault), qu'il faut rapprocher de Cantans lupus 1080 (Eure et- Loir), Cantaraina vers 1101 (Eure-et-Loir) ; les noms de Chanteloup ou de Chanteraine doivent désigner des endroits situés en torét, où l'on entend le loup ou la grenouille. Citons encore Willetniua Sector/erri {c'est-à-dire Taillefer) x« siècle ; l'endroit nommé Batipalma xe siècle (en Roussillon) ' ; Tornaoent, fin du' x« siècle, Savigny ; Fite-Estoupe vers l'an 1000 * ; Herbert Eoigilans canem (Éoeillechien) comte du Maine au commencement du xi« siècle. Au xi9-xri6 siècle les exemples deviennent plus nombreux ; nous choisirons entr'autres les suivants : Beroldus Firma uasum ou hoatium {c'est-à-dire ferme la porte) xi= siècle Chartres; Pontius Trencasacoa xi' siècle Marseille; Trencanooas vers 1060, ibid. ; Escorcheoilain vers 1070, Sens ; Tailgebosch Doomsdaybook ; Hugo Brostesalt ou Brustans aalicem xi« siècle, Chartres ; Mortpain xi« siècle, Rouen ; Passecerf dans Roland ; Cercalmont nom d'un troubadour du début du xii« siècle ; ffastamorsel (de hasier, tôtir à la broche) 1138, Reims; Calcebo/1142, Rouen.
Ce n'est évidemment point par hasard que l'ancienne langue ne crée des mots ainsi composés que pour appeler des personnes, tandis que ce procédé ne lui sert que fort peu pour les noms communs. Encore les plus anciens noms communs de cette sorte s'appliquent-ils aussi à des personnes, et ont-ils été créés sur le modèle des noms propres. Ainsi curefienre, lat. curator febrium (Comput de Philippe de Thaon 1062), gaitetison (Fouque de Candie p. 5), cornam coiiadisnar buffatho crupencami (ne pas écrire crup'; dans Marcabrun, Vers del laoador). En Italie aussi, des noms
1) Ce nom doit signifier : frappe des mains, pour éveiller l'écboi toutefois et. G. Parib, Hist. iitt., xxvin, p. 342.
2) Scr. rer. Gaii.,x, 311.
ainsi formés sont en faveur à partir du ix° siècle : Tenegaudta805; Lupo Supla in ptuvio (souffle dans la pluie) 845; Caoinsaco {fouille dans le sac) 918; Guido Beoisanguede Elavenne mort avant 992; Cacatosaico 1019; Cacoxocchi (que Muratori explique : che caoa il pédale aotterraneo degli alberi chiamato zocco in Lomhardia) 1025, Modëne.
Évidemment ces dénominations ne s'expliquent que par le fait qu'on apostrophait quelqu'un en lui disant ironiquement Éveille chien I Ferme us f Écorche vilain f Mort pain t Trenca aacsf et en Italie Caca iossico! Ainsi s'explique aussi le plus ancien exemple allemand, lecke apix, lèche broche t expression qu'oQ adressait par raillerie à un cuisinier. Une nuance de mépris s'attachait souvent à ces termes *. Il était facile, en étendant ce mode de formation, de créer beaucoup de noms communs désignant des personnes {portefaix) et même des choses {eouorechief, couorefeu). Cependant les mots de cette dernière classe ne se présentent guère qu'au xii« siècle.
Remarquons encore ici que dans la composition comme dans la formation proportionnelle on peut franchir pour ainsi dire une étape de cette formation : De vestis vient vestire, et de ce dernier investire ; de umbra vient umbrarb, et de ce dernier inumbrarb. On se figura qu'il y avait un rapport direct entre investire et vbstis, inumbrarb et umbra ; dès lors on pouvait créer, par analogie, des verbes comme embarquer, enorgueillir, de barque, orgueil, sans qu'il existât ■ une forme barquer, orgueillir. On rattacha de même directement A8SIMILARE (de AD + SIMILARB) à SIMILIS, ACCELERABB
(de AD + celerare) à celer, et l'on put créer sur ce modèle affaiblir de/oible, enivrer de ivre.
Quelquefois un groupe de mots est considéré comme un mot unique, et devient l'origine d'autres termes dérivés ; c'est ainsi, par exemple, qu'on a formé envoiier à l'aide de en Doie^ in viam.
i) Pas toujours néanmoius. Cf. Taitle/er
E. — FormtkUon proportioaneU»
101. Dans l'histoire de la formation des mots comme dans celle des fiexions, l'association des idées joue un rdle important. Une sorte de fonnation proportionnelle particulièrement en faveur repose sur le rapport qui existe entre un verbe dérivé et un substantif primitif, comme entre donner ei dôrij nommer et nom, filer et fil ; clouer et clou (clouer ne vient pas de CLAVARE, cf. LAVARE Utoer). Sur ce modèle on créa ensuite depieurer pleur, de renoier renoi, de releoer relie/, de soutenir soutien, à'appeler appel, de rabattre rabat. Le ie de relief, soutien s'explique par l'influence des formes de présent accentuées sur le radical.
Un cas particulier qui mérite une attention spéciale, c'est celui pour lequel Tobler a employé l'expression Suffixoerkennung (m. à m. « méconnaissance » de suffixe). La désinence de aimable et raisonnable n'est proprement que ble, lat. -bilem; mais comme la langue française, dans la formation des mots, n'emploie plus que des suffixes accentués, -able lut regardé comme étant une désinence, et l'on créa sur finir une iorme finable, sur mettre meltable, sur faire faisable, sur croire croyable.
Il se passe un fait assez voisin de celui-ci, quand la langue, rattachant un dérivé secondaire non au dérivé primaire, mais au primitif, crée de nouveaux mots d'après le rapport qui existe entre ce dérivé secondaire et ce primitif. Cheval avait donné lieu à ckenal-ier, chevalier donna lieu à checaler-ie ; et comme cheoalerie semblait venir de cheval, on forma JuïDerie^vaJutf; diablerie sut diable; soierie sur soie ; ainsi naquit un suffixe -erie. Le même procédé introduisit aussi le suffixe -tel; ursetel fut relié non pas à la forme rare urset, mais à la forme plus fréquente urs ; et roietel, non pas à roiet, mais à roi ; partant de ce type l'a. fr, créa directement Juîiel à l'aide de Juif.
Les suffises eux-mêmes peuvent être empruntés aux langues étrangères -. ainsi le suffixe eaae vient du grec, dans comtesse = comitissam, grec wua ; de même ie dans courtoisie vient du grec îa. il est à remarquer que ie conserve l'accent grec.
Comme suffixes d'origine allemande citons -eng, allemand -ing ' et -ard, allemand -hard. La désinence -illa de certains noms propres féminins n'est pas non plus latine ' ; elle fut plus tard employée pour former des nomscommuns féminins (tablitta, franc, tablette), et reçut enfin une terminaison masculine (ittut),
F. — Créfttion'spontaDi*
102. Les mots formés par ce procédé sont peu nombreux ; d'ordinaire ce sont des interjections et des onomatopées.
Il faut y rapporter, parmi les mots d'ancien roman, BADARE, prov, tdrfflr, a. fr. baer, ouvrir la bouche, proprement H faire ha » ; prov, bufar, tr. bouffer, souffler (cf. le latin bvfo, crapaud), de l'interjection provençale et française bu/; baba, bave ', a. fr. beoe ; de même babine, lèvre. L'un des mots les plus remarquables est peut-être piquer, qui vient de l'interjection p(c/ dont on se sert lorsqu'on ressent une piqiire ; ici une sensation est exprimée par un son qui la caractérise. D'autres exemples se trouvent dans le prov. a. fr. f/latir, aboyer, franc, ronfler, miauler (le chat s'appelle même en chinois miao], chuchoter, caqueter, ioutoureinstrument servant à corner (allemand Tulen; dans Talion, les Vans, 2,252), vonconner, bourdonner, pouf! interjection qui reproduit le bruit d'un corps qui tombe, et dont le sens s'est étendu d'une façon extraordinaire (friable ; annonce emphatique; siège sans dossier). De même pour/iiyf. Cloche
1) Cf. plus haut, g 69.
2) D'après Schuchabdt, elle remonte peut-être aux Étrusques.
3) 1m son de ce mot rappelle le mouvement des lèvres.
.tizsdbyGoOl^lc
(qui est en même temps un mol celtique, anglo-saxon, et hautallemand] repose, d'après Thurneysen, sur l'interjection klukk, mais n'est pas un mot de formation romane.
103. Depuis l'introduction du Christianisme le roman a presque sans interruption admis en Gaule des mots nouveaux provenant d'autres langues, et, pour la plupart, empruntés au latin. On oppose avec raison les mots ainsi empruntés (mots aatants) aux mots populaires, qui sont une sorte d'héritage, et qu'on pourrait appeler mots héréditaires ou originaires ; toutefois, il ne faudrait pas croire que les mots empruntés aient échappé aux changements phonétiques de la langue : dès l'époque où ils ont été admis dans l'idiome populaire, ils ont dû prendre part à toutes les altérations qui l'ont transformé.
Les mots savants empruntés au latin se sont pour la plupart répandus dans la langue populaire, grâce à l'instruction religieuse et aux prédications ; d'autres appartiennent au domaine du droit. Déjà la Gantilène de sainte Eulalie oËEre des termes savants latins [oirginitet) ; et des meta comme prêcher, a. fr. preechier = pr^dicare, beneïr ^= benedicere, siècle T= s-EGULUM démontrent par leur constitution phonétique qu'ils ne peuvent pas avoir primitivement appartenu à la langue populaire. Le prov. suau, a. tr. soue/= lat- suavis, semble également être un ancien mot d'emprunt; de même second et milie (que les rhéto-romans remplaçaient, selon Nôtkêr, par des eent=DECEM centum). Caoe dont l'existence est prouvée au xii* siècle, fut probablement usité d'abord dans les couvents pour désigner le cellier (lat. cava).
Les mots latins formant la « couche » la plus ancienne, ceux qu'on appelle les mots populaires ou h héréditaires )), peuvent être réunis sans hésitation en un seul groupe, quoiqu'un certain nombre d'entre eux aient été empruntés par le
D.a.t.zsdt>yGOOgIC
latiQ à d'autres langues ou à d'autres dialectes, par exemple, de l'osque bos, grunmre, rufus, qui en latin pur auraient les formes vos, grundirb, rubus; il faut y joindre aussi sifilus et 3CARABAJUS, prov. escaravai\ Des mots celtiques et grecs devenus latins, comme ALAUDA.cEREviaiA — talentum, Buxus, 8YMPHÔNIA, pcuvcntaussi au point de vue du roman, être regardés comme proprement latins. 11 faut également considérer comme mots m h^éditaires » les anciens noms de lieux de la Gaule, par exemple, aginnum Agen, tolosa Toulouse, LUGUDUNUM LyoTi, R0T0MAGU8 Rouen, MELDis Meaux, BITÛRIGE3 Bourges, namnetes Nantes, ambianis Amiens.
Beaucoup de mots empruntés ne sont usités que par les écrivains savants, et ne sont point passés dans la langue populaire. Le xive siècle surtout avait une prédilection marquée pour les termes empruntés au latin et au grec, et Nicole Oresme, dont la traduction d'Aristote était beaucoup lue, contribua puissamment à augmenter le nombre de ces emprunts. Oresme lui-même a ajouté à son ouvrage une liste des mots difficiles à comprendre ( Table des fors moa) qu'il avait employés dans sa traduction de l'Éthique et de la Politique d'Aristote, par exemple, aristocratie, monarchie, policie, poème, politique, gymnaste '. Beaucoup de ces mots ne peuvent être regardés comme vraiment populaires qu'à partir du xvi= siècle. Les mots grecs étaient le plus souvent ramenés à la forme latine avant de passer en roman. On trouve rarement des mots grecs qui aient été reçus directement, coname aruaii, prov, escai fgauche), qui doit remonter aux relations des Méridionaux avec les Grecs de Marseille et d'Arles; de même go/on (prov. gond de porte}, du grec yû^jyoî (cheville). On adopta avecl'accent grec 'iràwÊoî Jaques, éyxavtrrtyii encre (autrefois masculin), aniépkona pour rà àvrifOMi antienne, ïpufiot prov. erm a. fr. erme, tpifvïXm trèfle. Ce n'est qu'à l'époque des Croisades que l'on admit Spifatv.
Remarquons aussi l'adoption de la préposition grecque xi au sens de chaque. Partant du sens distributif de *a.ià (. oiioï) qui passa au latin vulgaire (par exemple, dans la vulgateca^a mane),le provençal joint d'ordinaire cada à ««, «na, Les mots hébraïques mêmes sont ordinairement passés par l'intermédiaire du latin, comme gehenna, geene, aujourd'hui gène. Quelques-uns peuvent avoir été entendus directement de la bouche des Juifs, comme français aot, hébreu postérieur shàteh; charicari, hébr. shôr oachamôr*.
104. Les mots celtiques se sont introduits àdes époques très diverses : on vit apparaître de très bonne heure ceux qui sont communs aux langues romanes, comme beccus, camisia, GAMBA, LEUGA, vASSALL, VERTRAGUs (fr. veltre, viautre). Gaiemejet^rwan manquent en italien. D'autres mots celtiques ne se sont introduits que dans le gallo-roman: ît. bras matraa mauois mègue cerne, ruche prov, rusca, et le prov, sescha canne. Le Breton n'a prêté que peu de mots à l'époque moderne {goéland, bijou, menhir).
105. Les mots empruntés à la langue germanique sont considérablement plus nombreux que ceux empruntés à la langue celtique. Les mots germaniques communs aux langues romanes, ont d'ordinaire été introduits en roman par les Germains au service de l'armée romaine, comme burous, WARDARE, AR1NGU5, HARiBERGA. Ccux qui appartiennent en propre à la Gaule sont les restes des langues employées par les Germains qui envahirent ce pays : les Burgondes, les Francs, les Wisigoths et les Normands. Citons comme mots franciques, p. ex. franc gelde guerpir broigne heaume a. fr. helme, renard a. îr. Renart, quitte ' ; ce sont surtout des expressions relatives à la guerre, à la politique et au droit. Comme mots wisigothiquea, k prov. raus goth. raus fr.
1] Gen., 32, 5.
2) Quitte provient du mot francique qatt (hollanda[s kicijt), qui lui-même est emprunté du latin (ttuiBTOB). Voir Commentationeê Woe^fflinianao. Leipzig, 1891, p. 71.
216 LE FRANÇAIS ET LE pnOVENQAL
roseau, prov. amanoir goth. maniyjan, prov, raustir goth. raustjan (mais d'où vient le prov. bloa ?). Comme mots .normands hait (â!o\i souhaiter), bat (d'où bateau), hune et d'autres expressions propres à ]a navigation. Comme mots anglo-saxons les noms des points cardinaux est wesl north auth {au, sur; le moderne sud parait refait d'après le haut allemand ouïe néerlandais). Le français est la langue romane qui présente le plus de mots germaniques.
106. Nous arrivons à un point intéressant, l'influence que les langues romanes de la Gaule ont exercée les unes sur les autres. Jusqu'à ce jour on n'a pas suffisamment apprécié l'influence du provençal sur le français. Si la Chanson de Roland a réellement été composée eQ Anjou, on peut expliquer facilement osberc pour l'ancien halbere, par l'influence de ausberc, terme propre aux pays provençaux avoisinants, d'où le nom doit être venu avec la chose. Rosne auj, Rhône se ramène ainsi que la forme prov. Rote (r) à une forme provençale pré(ittéraireffoïeno:^RHODANUM, La prononciation des voyelles accentuées de rossignol ' et celle de jaloux indiquent une origine méridionale. Caisse — lat. capsam est laforme provençale, châsse la forme française. Ficelle n'a rien de commun avec Jilum, et n'est pas autre chose que le provençal moderne feiaaello de l'ancien provençal faissa lat, fascia. Le mot amadouer, qui devint français au XV18 siècle, est injustement attribué au norois par Diez ; il vient du Midi : prov. amadou, autrefois amador = lat. AMATOREM ; de même le français gasiadour est d'origine provençale. Le provençal abeille a entièrement chassé les formes françaises provenant de apis ' : a. fr. ef, diminutif areWe (encore dans Ronsard). L'a doux de yeuse 1= HELiCEM au sens de ilicem) témoigne aussi en faveur d'une origine provençale. Dragon doit peut-être faire songer au monstre célèbre deTarascoD.^a( est encore attesté comme
forme provençale au xvi» siècle. fladeau n'eat que le provençal ratfe^ (dérivé du latin ratis). Du Midi viennent caserne, /orçat, corsaire, narguer, rôder, cadenas ; autour, vautour, ' cigale, débraillé, foulque (avec l à cause du prov. Jolca]. D'après M. Paul Meyer ' cadei remonte au béarnais capdet prov. capdel. Ne devrait-on pas aussi rapporter à l'influence des Provençaux qui écrivaient en français, le futur/aMrat pour l'ancienne forme j'arafj/acfai? On trouve aurréa (1349) dans une lettre française d'Orange ' et aurront dans les Coutumes de Louhans (xiii" siècle). Bèze indique encore arai avrai comme la meilleure prononciation.
Les éléments français sont encore plus nombreux en provençal que les éléments provençaux en français; dès le xii* siècle on constate dans le Midi une légère influence exercée par la littérature et la langue du Nord ; et cette influence alla Sans cesse en grandissant. La particule affirmative oc (auj . o) qui avait servi à désigner la langue méridionale, 'est ellemême remplacée aujourd'hui par oui dans certains dialectes. Un mot emprunté très anciennement au français par le provençal, c'est palais.
107. La langue française s'est aussi enrichie à l'aide de ses patois ; toutefois on n'a, jusqu'à ce jour, que peu approfondi cette question. Fraise a. fr. /rese, que l'on trouve pour la première fois dans un glossaire latin du xhb siècle ', s'est sans doute répandu, de la région rhodanienne, dans le Nord de la France. Couette (à côté de coite) n'est qu'un terme patois, primitivement cuilte ^= lat, culcita ; de même ile dans /aire chère lie n'est pas proprement français. Après les labiales, dans l'Est de la France, — ein était devenu oin : aûoine,/oin, moins '. Cette prononciation était encore inconnue à Paris au xiv« siècle ; au xv^ siècle seulement
1) Miêcellanea Caixb Canbllo, p. 42.
g) Rom., ui,437; V, 368,
3) Dans U. Chbvaliiir, Choiia de doc., p. 1£8.
t) Dans Mai, Clasaici Auctores, tiii.
5) V, ScHUCBARDT dans la Zeitschr.f. egl. Sprac/if., 20, 268.
une hésitation commence à se produire, et ce n'est qu'au xvi* que la forme orientale est décidément préférée (mais peine, ceine, etc). Rognon est aussi venu à Paris de l'Est (cfr. seigneur). On peut facilement reconnaître les expressions picardes au traitement du c : ce sont surtout des termes de navigation qui de la côte ont gagné l'intérieur du pays. Ainsi équiper a. fr. eschiper, le largue, la vergue a. (r, verge ; vautrer également est picard à cause du au. Peut-être le mot bleu a-t-il d'abord, lui aussi, appartenu en propre à la Picardie où l'industrie des couleurs était très développée. Dans niche nique, dérocker déroquer la forme francienne existe à côté de la forme picarde. Le Normand est reconnaissable à la présence de ei [ai], là oii dans la langue littéraire on attendrait oi ; il est vrai que Paris a toujours employé assez librement ei à côté de oi. Cependant il est probable que rets s., fr. roi^ lat. «ETECSt un termenormand. £'m/)/ei/e avait aussi pour forme en a. fr. emploite. Jusqu'à quel point le ai pour oi a-t-il pu venir de l'Ouest A^as j'avais, faible, Français, il est difficile de le dire. Le Nord-Est, qui changeait es-\- consonne en ens -\- consonne, semble avoir donné au français empan a, Ir. espan.
11 ne faut pas non plus oublier les mots empruntés à la langue des enfants (bobo, dada, dodo, toutou, nounou, joujou, maman et tante a. fr. ante).
108. Des mots empruntés aux divers idiomes civilisés se sont introduits dans le français, comme dans toutes les autres langues modernes. Ce sont d'ordinaire des noms étrangers, d'institutions, ou de produits naturels ou artificiels. La grande quantité de mots italiens et espagnols usités au xvi» siècle, lut ensuite restreinte, mais il en reste encore des traces. Citons comme mots italiens : lutte (a. fr.' luite ^^ luctam) outre, bave a, fr. beve, esquiver a, fr. eschiwer, caprice, orle, tuf, comme mots espagnols parasol, soubresaut, camarade, capitan etc. Le français moderne ne manque pas non plus de mots allemands [képi, bocard, hamster, feirche, quartx.
ïAa/we^} OU anglais. Parmi ces derniers, il faut remarquer eu particulier ceux qui, en passant la Manche, n'ont fait que revenir dans leur patrie primitive, comme budget (;=fr. bougette a. fr. bogeie, du lat. bulga + -itta), square (^ fr. éguerre a. fr esguarre), tunnel (^ fr. tonneau a. tr. tonnet). Des mots slaves comme aar, ukaae, vampire, sont pourainsi dire internationaux. Il serait difficile de dire si âtins pacolei { employé comme nom dans Valentin et Oraon ) il faut reconnaître avec Banquier une origine slave ; ce serait alors un mot d'un usage peu répandu. Les mots venus d'Orient à l'époque des croisades {^tahe jupe, fonde, luth guerbin) ou à l'époque moderne (indou itïos, sucre, laque; persan -.douane qui primitivement est le même mol que dhan, orange, sqfran ; arabe : Jarre, calfater, gueules) appartiennent pour la plupart à la majorité des langues civilisées. Remarquons le long chemin parcouru par des mots grecs comme z'^™ (hoqueton prov. alcoto), màSaxni [fonde), fujuazoc {almanach), Wfupoî {iéro, chiffre), ïnpoï [élixir], TÙesfia [talisman), xtàoMvi {calibre, gabarit). Les soldats français ont rapporté d'Algérie d'autres expressions comme betef ^ beaucoup, chouia chouia = petit à petit, xmalah = famille, ménage (proprement =: tente).
Le provençal contient, en quantité tout k fait minime, des éléments basques (p. ex. esquer gauche, se pairar se priver).
BIBLtOCRAPKIE
La formation des mots frant^is est traita par Diez dans le second volume de sa Gramm., et par Darmesteter dans deux ouvrages capitaux : Traité de la formation des mots composés dans la langue française, 1875 ; et De ta création actuelle do mots nouveaux dans la langue françaiêe, 1ST7. Citons en outra I. Rotbenberg. De tujflxarum mutatione in lingua franeogallica, 1880.
Pour l'origine du vocabulaire, il faut citer d'abord Diez, Etym. Wôrterhach 5* éd. par Scheler, Bonn, 1887. Ttaurneysen, Kettoromanitches, ■Halle, 1884. Mackel, Die Gcrmanischen Elemente
D.q.t.zsdt)yG00l^lc
in der Franaôsiecken und Prooenaaliscken Sprache, Heilbronn, 1887. Soi lea mots allemands en fiangais voir aussi Sitpfle, Geickichte des deuttchen Ku/tureinjlusiea au/ Frankreieh, I, 1886, p. 67-92. V. eu outre, Banquier, De quelquet mots âlaoes passéi en /ro/içoi» (Bulletin de la SociéM d'Alais 1877). Quictaerat, De ta formation des nom» de lieux, 1867.