‹ Le fraticide; ou, Gilles de Bretagne, chronique du XVE [!]Chapitre 11 sur 39 · C'était le nom que l'on donnait alors aux médecins · texte numérisé non relu

C'était le nom que l'on donnait alors aux médecins

était instruite et savait écrire, il serait possible qu'elle eût laissé quelque lettre ; allons, venez avec moi.

— J'ose assurer que Madame ne trouvera rien, car depuis hier au soir je suis retournée trois fois dans sa chambre dont voici la clef ; j'ai cherché partout.... je n'ai rien trouvé . . . Mais Madame sait que je suis à ses ordres, et je la suivrai partout.

Toutes deux traversèrent une longue suite de chambres et la grande galerie ; puis elles montèrent ensemble l'escalier tournant qui conduisait à l'infirmerie et à la chambre d'Armelle.

La surveillante des filles d'honneur arriva à la porte de la salle des malades un peu après la princesse qui marchait d'un pas rapide et leste ; encore tout essoufflée de la rapidité de la course et des nombreux degrés qu'elle venait de monter. Ursule choisit dans un trousseau de clefs qu'elle portait à un de ses côtés la clef de l'infirmerie ; en la mettant dans la serrure : Cette clef ne m'a pas quittée, donc personne n'a pu entrer ici depuis moi ; et, ouvrant la porte, elle se mit respectueusement de côté pour laisser passer la princesse de Bretagne.

Tous les lits furent visités les uns après les autres ; les armoires, les cabinets furent ouverts, et ne trouvant rien dans cette salle, elles entrèrent dans la chambre d'Armelle, qui y communiquait et qui n'avait pas d'autre porte . . . Alors une odeur de baies de genévriers et de ces plantes que l'on brûle auprès du lit des morts, les frappa .... une cassolette placée sur une table fumait encore un peu ... un manteau noir, souillé de boue et tout trempé de pluie, était jeté par terre . . . et sur le lit, Armelle, pâle, froide, immobile, était étendue ! . . .

Lo?C.

— Elle est morte ! s'écria la princesse.

— Non, non, dit Ursule, qui avait déjà une main sur le cœur de la pauvre fille, il bat encore ! . . . Mais comment a-t-elle pu rentrer ici ? elle n'y était pas à quatre heures du matin ... j'ai toujours tenu cette porte fermée . . .

Ne nous occupons pas de ceci à présent, repartit Françoise ; vite, vite, appelez du secours, un physicien, un prêtre . . .

Bientôt il y eut trop de monde dans la chambre et autour du lit ; la sage et prudente Ursule renvoya toutes les compagnes d'Armelle qui venaient d'accourir, le mystère n'était pas encore éclairci ... et ce n'était pas à elles qu'il convenait de l'apprendre . . .

Après avoir été transportée dans son lit bien chaud, après beaucoup de soins, Armelle entr'ouvrit les yeux.... et, voyant plusieurs personnes autour d'elle, elle dit avec un sourire qui faisait mal, et d'un air égaré :

" Ah ! ah ! vous n'avez plus peur de lui, vous venez le voir à présent . . . pauvre Harold ! il ne donne pas la mort . . . sous le linceul son cœur bat encore."

Puis tout à coup portant la main à son front, et la passant sur ses yeux, comme quelqu'un qui se réveille, en regardant et touchant les rideaux de son lit, elle s'écria d'une voix déchirante : Ah ! je ne suis plus dans le sépulcre du mort ! ... je suis de retour à la demeure des vivants . . . J'ai parlé, je suis perdue ! . . .

Et criant ainsi, la malheureuse se tordait les bras dans un- horrible désespoir.

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