‹ Le fraticide; ou, Gilles de Bretagne, chronique du XVE [!]Chapitre 22 sur 39 · HOSPITALITÉ VIOLÉE · texte numérisé non relu

HOSPITALITÉ VIOLÉE

La sagesse de ceux qui ne sont pas heureux, c'est la résignation. Gilles et Françoise, dans leur solitude du Gruildo, ne demandaient pas à être plaints, ils ne voulaient qu'être oubliés ; mais la haine n'oublie pas, et il n'est pas de retraite si cachée où elle n'aille chercher ses victimes.

Le vieux château, si longtemps abandonné, avait repris un air de vie et de mouvement ; les longues herbes ne croissaient plus dans les cours et entre les pierres du perron; la tristesse de l'antique demeure s'en allait peu à peu. Françoise avait déjà trouvé du bien à faire, et le sentier qui conduisait du château à l'église n'avait plus de ronces pour entraver ses pas. Grilles avait parcouru les dunes et les falaises : la chasse et la pêche occupaient ses loisirs.

Les archers anglais envoyés par le roi Henri lui annonçaient que des chevaux d'une race légère et rapide allaient lui arriver. Il prenait donc son exil en patience, et se disait quelquefois : Si le reste de ma vie doit couler sans gloire, je me résignerai à la

tranquillité que je goûte ici L'arbre fait pour fleurir

au soleil peut encore vivre à l'ombre.

L'ombre s'avançait et allait s'étendre sur le fils des ducs.... Le jour était pur et sans nuage; la mer seulement ridée par le zéphyr, scintillait les rayons du grand astre : c'était beau comme un jour de fête, et cependant c'était le dernier jour de liberté pour le prince Gilles!.,.. Ah! jeune infortuné, jouis donc de l'air que tu respires ! jouis de la lumière que tu vois ! bientôt tu regretteras cette brise qui joue dans ta chevelure, ces flots que tu entends à tes pieds.... Et toi qui dans les temps de la prospérité as fait l'envie des peuples, à travers les barreaux de ton cachot, tu envieras bientôt le pâtre accablé sous le double poids de la fatigue et de la misère.

De tels pressentiments ne pesaient pas sur l'âme de Gilles. Depuis qu'il était au Gruildo, ses amis et les gens de son service voyaient qu'il était comme résigné à son sort : son humeur était plus douce et plus égale qu'à Chantocé ; il commençait à voir que l'on peut être heureux ailleurs que dans les pompes agitées de la cour ; et tout en les regettant il appréciait les charmes de la tranquillité. Avec les archers que le roi Henri lui avait envoyés, il était à s'exercer au tir de l'arc, dans la cour du château. Françoise et sa mère, Catherine de Rohan, assises au balcon, regardaient ce noble jeu ; plusieurs vassaux y assistaient aussi, car c'était un dimanche. Tout à ceup, au milieu de la partie, on entendit frapper à la porte du pont, et quand il fut connu que c'étaient des hommes d'armes qui venaient de la part du roi, le prince, sans défiance, ordonna de leur ouvrir et de les admettre dans le château disant : Je tiens à honneur de recevoir en amis, les gens de mon oncle Charles de France.

Puis se tournant vers Pierre de Goulaine : Allez les recevoir, dit-il, et revenez vite nous apprendre qui sont ceux que le roi de France envoie vers moi.

La défiance n'est naturelle qu'à celui qui a été trompé : l'enfant qui n'a été nourri que de miel, peut-il soupçonner l'amertume de l'absinthe ? Grilles de Bretagne n'avait pas été gâté par la fortune, mais son âme généreuse et confiante à l'excès, n'avait pu être changée par elle ; il y a des caractères plus forts que les événements qui les pressent. Le prince attendait donc avec confiance le retour de Pierre de Groulaine. Il arriva bientôt. Très-redouté seigneur, dit-il en entrant dans la salle, c'est le sénéchal du Poitou qui commande à quatre cents hommes d'armes que le roi envoie pour défendre la côte, dans les environs de G-uildo : on la dit menacé d'une descente des ennemis.

Par le sang de Dieu, répondit Grilles, mon oncle le roi de France pouvait s'éviter ce soin. Ne sommesnous pas ici pour défendre nos champs et nos rochers ? Mais enfin, que ces soldats de France, tout inutiles qu'ils nous soient, trouvent hospitalité au Gruildo ; nos gens et nos archers coucheront sous la tente, et les nouveaux venus occuperont leurs quartiers jusqu'à demain matin. Alors ils iront où le roi les envoie.

Plaise à monseigneur, dit Pierre de Groulaine, que j'introduise près de lui le sénéchal du Poitou.

Qu'il entre, repartit le prince. Le sénéchal parut alors. Après s'être respectueusement incliné devant Grilles de Bretagne, il attendit en silence que la parole lui fût adressée ; et quand il eut été questionné sur le but de sa mission, il raconta que le bruit d'une descente des Anglais sur la côte de Bretagne avait répandu l'alarme à Chinon ; que le roi, son martre, se souvenant

toujours du mal qu'ils avaient fait à la France, avait voulu joindre ses forces à celles du duc François, pour repousser l'ennemi ; que les quatre cents lances qu'il commandait étaient destinées à la défense du fort de Matignon ; qu'il s'y rendait, mais que connaissant la noble hospitalité du prince devant lequel il avait l'honneur de paraître, il n'avait pas voulu passer si près de sa demeure, sans venir l'assurer que les troupes qui venaient cantonner dans les environs du Gruildo étaient des troupes amies.

Il doit en être ainsi, répliqua Grilles ; j'ai prouvé combien j'aimais la France. Si j'avais voulu tirer l'épée contre elle, je tiendrais aujourd'hui celle de connétable d'Angleterre. Quoique je ne sois pas invité aux fêtes royales, je n'ai point oublié les liens d'amitié et de parenté qui m'attachent au roi Charles. Il ne les oubliera pas non plus : j'ai fait ce que je devais, il fera de même.

— J'en suis garant, dit le sénéchal en mettant la main sur son cœur.

— Mon royal oncle n'a pas besoin de votre garantie, chevalier, répondit le prince breton. On sait que si la bonne foi était exilée du reste de la terre, elle se retrouverait dans le cœur d'un roi de France. Sire sénéchal, vous et une partie de vos hommes d'armes vous coucherez au château du G-uildo ; cette demeure maintenant n'est pas splendide, mais jadis les seigneurs de Dinan y ont tenu nombreuse garnison : ses tours ont été assiégées par les Anglais, et n'ont pu être prises ; il en serait encore de même aujourd'hui. Pour nous défendre, nous nous suffirons toujours. Allez, sénéchal, faire poser les armes à vos soldats, J'ai donné mes ordres pour qu'ils soient traités en amis,

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Pierre de G-oulaine, veillez à ce que mes intentions soient exactement remplies.

Pierre de G-oulaine et le sénéchal du Poitou sortirent ensemble, et le prince resta dans la galerie avec Françoise et sa mère Catherine de Rohan, qui était arrivée la surveille au Guildo.

Pensez-vous que nous soyons ici en sûreté ? demanda madame Catherine à Gilles de Bretagne. Si les Anglais viennent à faire une descente, nous sommes bien voisins de la côte ; vous savez combien ils sont barbarejs, et le peu de respect qu'ils ont pour les femmes. Ma fille, votre jeune épouse, et moi nous ne resterions pas ici sans danger, si le débarquement avait lieu.

— Soyez rassurées et tranquilles, je ne crains nullement les Anglais.

— Non, vous les aimez même trop, vous avez trop grande confiance en eux ; leur roi est votre meilleur ami.

— Je ne le cache pas, Henri d'Angleterre est pour moi comme un frère ; mais que dis-je, comme un frère ! il est bien mieux pour moi que les enfants de mon père ! Henri m'a secouru, François ma exilé : l'un s'occupe de mes besoins, même de mes plaisirs ; l'autre n'a qu'une pensée, celle d'aggraver les ennuis et les misères de mon bannissement.

— Je sais tout cela, et je redoute souvent que le souvenir de l'accueil que vous a fait le roi Henri, et le juste ressentiment des torts du duc François, ne vous poussent dans une mauvaise route.... Très-redouté seigneur, vous m'avez donné le droit de vous parler comme une mère ; comme une mère, je vous dirai : 12 est toujours dangereux d'aimer les étrangers.

— Eh bien ! sage et prudente dame, comme un fils royal et confiant, je vous répondrai qu'il est toujours mal d'être ingrat. Je le serais, si j'oubliais l'hospitalité du roi Henri ; mais soyez tranquille, ce ne sera point avec les intérêts de mon pays que je paierai ma dette de reconnaissance. Tout en aimant Henri, mon bras repoussera le premier Anglais qui mettra pied sur terre bretonne, armé et comme ennemi.

Il achevait de donner cette assurance, Humfroy entra, et rendit compte à son auguste maitre des dispositions qu'il venait de prendre. Les cinquante archers anglais, et autant d'hommes d'armes bretons, abandonneraient leurs quartiers ordinaires, camperaient à l'entour du château ou coucheraient dans le village voisin. Les hommes du roi de France seraient ainsi logés sous le toit du Gruildo. Des tables allaient être dressées pour eux dans les cours, sous les hangars et dans les passages. En signe d'alliance et de bonne amitié, les gens du prince breton s'asseyer aient au souper avec les gens du roi ; et les mesures étaient prises pour que tout ce monde ne manquât de rien.

— Merveilleusement bien ordonné, dit Grilles à son vieux majordome. G-râce à toi, je suis sûr que les Français vanteront notre hospitalité. Pendant que le roi de France donne des fêtes où l'on ne m'invite pas, j'accueille et je nourris ses gens d'armes. Yoilà comme j'aime à être en avance avec ceux qui y regardent avec moi : on dit que c'est duperie, moi je soutiens que c'est noblesse ! Economie n'est pas plus faite pour les princes que froideur pour les cœurs généreux.

Dans toute autre circonstance, Hrimfroy eût été de l'avis de son maître, et eût vu avec plaisir le prince de Bretagne exerçant noblement l'hospitalité envers des

étrangers nombreux ; car il pensait comme Gilles (et même un peu trop pour ses intérêts), qu'économie n'était pas vertu de prince ; mais dans cette circonstance, il ne présidait aux apprêts de la réception du sénéchal et de sa troupe que par obéissance ; il sentait au fond de l'âme comme un pressentiment de trahison, et n'agissait qu'à regret. Le soir était venu ; Français et Bretons avaient déposé les armes, et s'étaient assis aux tables préparées. Le bruit de tous ces hommes animés par la gaîté du repas montait jusque dans les appartements supérieurs du château ; le vin ajoutait à la joie, et achevait de bannir toute réserve et toute défiance. Madame Catherine et sa fille s'étaient rassurées en voyant la bonne harmonie qui régnait entre les soldats des deux nations : sans aucune crainte, elles se retirèrent dans leurs chambres, car l'heure du coucher venait de sonner.

L'ordre de la retraite venait aussi d'être donné à la troupe ; et après le bruit que firent tous ces hommes en se levant de table, le silence se rétablit peu à peu : on n'entendit plus dans le château que les pas de ceux qui étaient de garde à la porte des chambres. Humfroy donna un coup d'oeil général, et se reprocha la défiance qu'il avait eue, quand il vit la manière paisible dont tout s'était passé et le calme qui régnait partout. Pierre de G-oulaine et plusieurs autres chefs veillaient dans une chambre voisine du pont, et ne s'y étaient retirés qu'après avoir placé des sentinelles dans les endroits où la sûreté semblait l'exiger.

L'obscurité était complète : il était près de minuit, tout semblait reposer. Le prince de Bretagne dormait d'un profond sommeil.

Tout à coup un bruit d'armes, des portes qui s'ouvrent

et se referment avec fracas, des cris se font entendre. Gilles se réveille en sursaut; sa main a déjà saisi son épée : il écoute, et les mots : Trahison ! trahison ! Aux armes ! aux armes ! parviennent jusqu'à lui. Il est

debout Françoise n'a pas encore été réveillée Que

fera-t-il ? S'il la quitte, qui la défendra ? Il hésite

sa porte s'ouvre ; il s'élance au-devant de celui qui l'a enfoncée : c'est Humfroy, blessé et couvert de sang. Mon maître ! mon maître ! s'écria-t-il, sauvez-vous, sauvez ma maîtresse et sa noble mère ! Yenez, suivezmoi! Les traîtres qui se sont emparés de Pierre de G-oulaine et des autres chevaliers bretons ne connaissent pas la porte de Miséricorde, profitons-en pour sauver la princesse. Oui, oui, sauvons-la, dit le prince ; et, la rage dans le cœur de ne pouvoir courir au-devant des traîtres, il va au lit de Françoise, et lui crie : Amie, éveille-toi, sois sans alarmes ; et, jetant sur elle un long manteau, il la prend dans ses bras ; il va l'emporter : sa mère, échevelée, en désordre, arrive en criant : Ma fille ! ma fille ! je veux mourir auprès d'elle. Ah ! prince, vous le voyez maintenant, ce sont des traîtres

que vous avez reçus Ils viennent d'égorger le sire

de Goulaine Ces paroles ont tout appris à Françoise ;

elle serre ses bras autour de son époux. Défends-moi, défends-nous, lui dit-elle. Si tu restes avec nous, je n'aurai pas peur je ne mourrai pas

— Par ici, par ici, crie Humfroy. Prince, suivezmoi : entendez-vous ? Il montent l'escalier. Au nom de Dieu, suivez-moi, la porte de Miséricorde n'est pas au pouvoir du perfide sénéchal.

A cet instant, la lueur d'un incendie éclaire toute la chambre : la partie du château par laquelle Humfroy voulait guider ses maîtres, pour leur faire gagner la porte de secours, est en feu.

Quelques jeunes pages, cinq ou six vieux soldats, des femmes, Marguerite, viennent d'accourir dans la chambre de la princesse : leurs cris, leur désespoir, ajoutent au désordre ; le cliquetis des épées approche. G-illes n'y peut plus tenir. A peine vêtu, la poitrine nue et sans armure, il vient de mettre sa femme et sa mère entre les vieux soldats. S errez- vous autour d'elles, dit-il. Humfroy, tiens-la toujours, et suis-moi de près. Mon épée va nous faire un chemin. Et, comme le lion qui défend ses petits, il s'élance : quelques chevaliers bretons se sont réunis sur les marches voisines de sa porte. Malgré le nombre des traîtres, malgré leurs blessures, ils résistent encore. Pierre de G-oulaine ne pouvant plus se tenir debout pour défendre son maître, est venu se coucher en travers de sa porte, et sa main tient encore son épée et porte des coups mortels. Le feu, dont la lueur devient de plus en plus vive, a été mis par le sénéchal à la chambre où les chefs bretons étaient restés à veiller. Il espérait ainsi les séparer de leur prince. Mais les cris de trahison ! trahison ! étaient parvenus jusqu'à eux, et il n'y avait eu ni flammes, ni lances, ni épées, capables de les retenir : ils étaient accourus mourir auprès de celui qu'ils avaient juré de défendre.

La vue de leur prince ranime leur courage. Les assaillants sont forcés de descendre quelques marches. Les traîtres sont toujours lâches, crie Grilles de Bretagne. En avant ! en avant ! mes amis ; serrez-vous à l'entour de celle que nous voulons sauver. Ne pensez pas à moi, je saurai me défendre. Et parlant ainsi, il agite son épée, qui brille des feux qui s'étendent et s'approchent : on dirait un foudre dans sa main puissante. Tous ceux qu'il peut atteindre tombent, beaucoup de ceux qui le voient fuient et se dérobent à ses coups.... Déjà

l'escalier se dégarnit ; l'espoir de se frayer rm passage redouble dans l'âme des vaillants Bretons. Mais la voix du sire de Grouiaine s'est fait entendre ; elle a dominé tout ce tumulte, elle a été plus forte que toutes les clameurs : c'est le dernier cri de la fidélité ; elle répète : Trahison ! double trahison ! le sénéchal du Poitou a tourné le passage ; le voici qui accourt par la chambre du prince : il était trop lâche pour l'attaquer en face. Amis, veillez sur nos maîtres.. Tout moyen de retraite vous est enlevée : les passages les plus secrets ont été découverts, les traîtres commandés par

le sénéchal, les remplissent Tu n'en révéleras pas

davantage, cria une autre voix : c'était celle du chevalier félon, enfonçant sa dague dans la gorge de Pierre de G-oulaine, qui, blessé mortellement lors de la première surprise de la nuit, était accouru se coucher en travers la porte de ses seigneurs et maîtres, pour les défendre encore de son bras affaibli. Les soldats passèrent bientôt sur le corps inanimé de ce vaillant chevalier, modèle d'honneur dans sa vie, modèle de fidélité à sa mort. La foule qui débouchait par la chambre du prince grossissait toujours, elle était parvenue au groupe qui entourait Françoise de Dinan et sa mère. Les chevaliers de Lesneven, de Coëtquen, de Lantivi, couverts de blessures et perdant leur sang, se serraient de plus en plus autour du précieux dépôt qui était confié à leur garde; mais pressés de trop près, ils avaient été forcés de faire volte-face pour repousser ceux qui les assaillaient par derrière. Gilles, pour se frayer un chemin allait toujours de l'avant, frappant d'estoc et de taille. Tout à coup il s'aperçut qu'il était séparé de quelques pas de Françoise, et revint vers elle. Les Français le voyant reculer, crièrent : Le prince est blessé ! et leur courage se ranimant, ils remontèrent les marches

qu'ils avaient été forcés de descendre. Alors Gilles, sa femme, sa belle-mère et le petit groupe de leur fidèles amis, se trouvèrent enveloppés de toutes parts. Les cris, le tumulte, le désordre, étaient affreux. La foule était si grande et si pressée dans l'escalier tournant, que les bras n'avaient plus de place pour se mouvoir et frapper. Les ennemis se touchaient corps

à corps, et s' entre-dé chir aient de leurs mains Celui

qui venait d'être frappé de mort ne pouvait tomber à terre, et soutenu debout par ceux qui l'entouraient, il semblait combattre encore ; d'autres renversés sur les marches avant que la foule ne fût aussi nombreuse, poussaient d'horrible cris, et étaient bientôt étouffes sous les pieds. La lueur de l'incendie était la seule lumière qui éclairât cette scène de carnage et de désolation. Les flots grossissant sans cesse, ont débordé le

groupe qui entoure la princesse ils ont repoussé

Grilles de Bretagne La foule se glisse entre eux

s'accroît et sépare de plus en plus l'époux de l'épouse. La rage de l'un le désespoir de l'autre, ne peuvent se

peindre déjà ils ne se voient plus. Le prince, ne

pouvant se servir de son épée, est saisi par le corps et entraîné. Le sang de Lantivi, de Coëtquen, du vieil Humfroy, a rejailli sur la malheureuse Françoise ; ils sont tombés, et les mains du perfide sénéchal se sont étendues sur elle, par-dessus les morts et les mourants. Elle est ramenée à sa chambre : elle n'entend plus la voix, elle ne voit plus l'épée de son bien-aimé seigneur ; et croyant qu'elle n'a désormais qu'à mourir, elle se laisse tomber sur le plancher inondé de sang.

Sa mère est auprès d'elle...

Ah ! mère infortunée, ne quitte pas ta fille, reste toujours à ses côtés, veille sur elle et sur l'enfant qu'elle porte dans son sein... elle a besoin de tous tes soins, de

tout ton amour : elle ne re verra plus son époux. L'enfant s'il vient à naître, ne sera point remis dans les

bras de son père Grilles de Bretagne est désarmé,

le fils des ducs, la fleur des chevaliers, a été vaincu, accablé par le nombre : la porte d'un cachot vient de se refermer sur lui !...

Si vous avez vu le lion s'agiter et se ruer dans la fosse où il est tombé, si vous avez entendu ses rugissements terribles, vous pourrez vous faire une idée du prince de Bretagne dans l'étroite prison où les traîtres l'ont jeté. Ah ! s'écrie-t-il en écumant de rage et en frappant les murailles avec le tronçon d'épée qu'on n'a pu arracher de sa main, ah! malédiction ! malédiction sur les perfides qui ont abusé de ma bonne foi ! qui ont violé les droits sacrés de l'hospitalité ! Mon frère ! mon frère ! ceci est votre ouvrage ! Je reconnais vos coups.... Je les

défie Mais les lâches, ils vont se venger sur des

femmes ! Françoise ! ô ma bien-aimée ! ne courbe pas ton front devant eux ! sois fièré, que nos ennemis n'aient pas une prière de toi ; ne te laisse pas abattre par la douleur ; tu dois vivre pour moi et pour l'enfant

que le ciel nous promet Amie, fie-toi à moi, je saurai

briser mes fers ; je me vengerai des lâches et des traîtres. Malédiction ! malédiction sur eux !

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