‹ Le frère de Piron, comédie-vaudeville en un acteChapitre 3 sur 23 · ANNÉE. T · texte numérisé non relu

ANNÉE. T

LOUISE. Tout de même.

piciiONNEAiJ. Tous ne m'ainiez donc pas ?

LOUISE. Si fait.

PICHONNEAU. Alors, vous devez me trouver charmant?

LOUISE. Pas du tout.

PICHONNEAU. C'est étonnant!. Vous me chagrinez, mamzelle Louise., voilà que j'ai envie de pleurer... D'abord, je pleure pour un rien. Vous m'aimez, et je ne vous plaif pas!., arrangez ça. Vous devez pourtant savoir pourquoi vous m'aimez.

LOUISE. Bah! il ne faut pas vous chagriner... Est-ce qu'on sait pourquoi on aime les gens? Moi, je me suis habituée à vous voir ici tous les jours, chez mon père, où vous êtes employé.... Nous causons ' vous me faites la cour avec la permission de ma mère... vous m'embrassez quelquefois quand elle ne nous voit pas.... qu'estce que vous demandez de plus?.. Que je soupire? que je devienne mélancolique? ça n'est pas dans mon caractère., j'aime nueur rire... Je vous épouserai, parce qu'il faut qu'une fille se marie... vous m'aimerez tant que vous pourrez : vous ne serez pas

LE MAGASIN THEATRAL

jaloux , VOUS m'obéirez toujours, et tout ira bien. . . Nous serons très-lieureux.

PICIIONNEAU. A la bonne heure.

LOUISE. D'où venez-vous?

nciiONNEAU. De la poste , où je n'ai trouvé pour M. Pironque cettelettre, qu'il est bien inutile de lui donner. . . aussi , je la mets dans ma poclie.

LOUISE. Pourquoi?

PICIIONNEAU. Parce que votre père la jetterait au feu comme les autres , sans l'ouvrir... elle vient de Paris : c'est de son imbécille de frère... je reconnais ses jambages... il paraît, mamzelle Louise , que votre oncle ne fait pas honneur au nom de Piron...

LOUISE. Je ne Fai jamais vu.

PICHONNEAU. Votre père ne veut pas seulement en entendre parler... il en rouait... Au lieu de se marier comme lui, de prendre un bon état... fabricant de moutarde , à Dij on , . . . c'est honorable ... cane faisait que boire, jouer, chanter... et puis, un être tout-à-fait incapable, sans la moindre intelligence , qui n'a jamais rien pu apprendre... tous ses maîtres l'avaient condamné... tandis que votre pèreî.. à six ans, c'était un aigle... Ah î dam , c'est celui-là qui est un homme aimable, qui a de l'instruction, et des mœurs !.. il y a des maisons où ça arrive ainsi.. . Dans la mienne, par exemple, mon frère...

LOUISE. A de l'esprit.

PICHONNEAU. Non, c'est moi... j'ai tout pris ; je ne lui ai rien laissé.

Air : Vaudeville de VÉcu de six francs,

A l'exemple de votre père , J'obtins du ciel les dons flatteurs ; Pour moi sa bonté tutélaire, Aux dépens de mes frèr' et scieurs, M'a seul comblé de ses faveurs.

J'éclipsais tout, garçon et fille :

Aussi, chez nous, chaque parent Mer'^ardait comme un évén'ment...

Tant'ils sont bét' dans ma famille.

C'est là ce qui m'a encouragea vous aimer. Votre père qui s'y connaît doit m'apprécier. Aussi , en attendant que M. Piron me cède son établissement, je travaille de tout cœur pour me mettre en état de le remplacer dans son commerce : je m'applique tant que ça m'abîme la vue. . . ça me monte au nez.... j'en deviens tout rouge : mais c'est égal , c'est pour vous mériter. Je vais retourner à l'ouvrage, il faut que je fasse un envoi à l'estragon. Ah! à propos de ça , mamzelle , comment écririez-vous estragon , à votre idée ? J 'crois que je ferais bien de mettre a, i, s. LOUiSf). Par exemple I monsieur Pichon-

ncau : vous qui vous moquez toujours , qui reprenez les autres quand ils parlent mal, vous ne savez pas ça? e, s; t, r, a; tra, estra.

PICHONNEAU. J,o, n... gon... estragon., c'est juste. Ah! bien, pour la peine, j'ai envie de vous embrasser... Hein?.. Il n'y a personne.

LOUISE. Voyons, dépêchez-vous.

PICHONNEAU. Eh bien ! voilà que je n'ose plus... j'aime mieux que vous refusiez.

LOUISE. Etes-vous drôle !

PICHONNEAU. Un refus , voyez-vous , ça me donne du courage... Dans une dispute j'attrape toujours quelque chose.

LOUISE, le menaçant. Ah! oui...

PICHONNEAU. Bon!., un soufflet... c'est ce qu'il me faut pour m'enhardir... je vous embrasse. ..

^YouiSE. Non.

PICHONNEAU. Je vous embrasse...

LOUISE. Du tout...

(Elle lui donne un soufflet.)

PICHONNEAU , Vembrassant. V'ià c'que c'est.

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