‹ Le frère Didace Pelletier, RécolletChapitre 12 sur 99 · Ce qui fait soixante sous pour les trois arpents · texte numérisé non relu

Ce qui fait soixante sous pour les trois arpents

2. Nous n'ignorons pas que ce nom s'écrit aussi Peltier. Ici en Canada, on trouve dans différents documents les deux orthographes. Celle que nous adoptons est l'orthographe qui est toujours employée dans les Actes du Frère Didace ; c'est encore ainsi que ce nom est écrit dans la petite légende qui accompagne le vrai portrait du Frère Didace.

d'émigrer dans la Nouvelle-France il habitait Dieppe et demeurait dans le faubourg appelé Le Pollet. La Normandie occupe une place importante dans l'histoire des peuples ; disons seulement que, devenue partie intégrante de la France sous Philippe-Auguste, conquise en 1346 par Edouard III d'Angleterre, reprise par Charles V, et perdue par Charles VI, elle redevint définitivement française sous Charles VII que Jeanne d'Arc avait replacé sur son trône.

La ville de Dieppe fait remonter son origine au dixième siècle. Des villes de Normandie ells fut toujours une des plus fidèles aux rois de France. La Religion catholique y a toujours été florissante ; cependant au milieu du seizième siècle, les erreurs de Calvin y pénétrèrent ; la guerre civile s'ensuivit et la division des esprits paralysa le commerce ; mais le peuple, d'abord séduit, ne tarda pas à revenir à la vérité, et depuis, le nombre des adeptes de l'hérésiarque alla sans cesse en diminuant.

En 1694, les Anglais et les Hollandais assiégèrent cette ville, et, sans parvenir à s'en rendre maîtres, la brûlèrent presque entièrement.

Armes de Dieppes.

Ce funeste événement ruina les habitants, anéantit tellement leur commerce qu'il ne retrouva jamais son ancienne splendeur. Jusque là, les Dieppois avaient toujours occupé une place importante dans le commerce maritime et les grandes découvertes ; leurs navires marchands avaient fait d'excellentes affaires en Afrique, aux Indes et en Amérique. Louis XIV a dit de Dieppe : " il est de tout temps sorti de notre bonne ville de Dieppe les plus expérimentés capitaines et pilotes, et les plus habiles et hardis navigateurs ; ceux de ce lieu-là ont fait les premières découvertes des pa3'S les plus éloignés.' "

Jetons un coup d'œil sur le Pollet, si nous voulons faire plus ample connaissance avec le père du Frère Didace, Georges Pelletier, qui, nous l'avons dit, demeurait dans ce faubourg avant d'émigrer dans la Nouvelle-France. La population du Pollet formait dans Dieppe un

I. Lettres patentes du i8 janvier 1668 pour l'établissement de l'Hôpital Général de Dieppe... dans: Mémoires chronologiques de Dieppe^ vol. 1 1, p. 217.

Anciens costumes pelletais.

(D'après une lithograviire de Em. Delavoye, Dieppe.)

peuple à part. L'auteur des Mémoires chronologiques de Dieppe, affirme qu'en 1785' les Pelletais avaient encore leurs mœurs du seizième siècle. Ce qu'il en dit nous fera donc mieux connaître Georges Pelletier. " Les trois quarts des habitants de ce faubourg sont matelots-pêcheurs et sont moins distingués des citoyens de Dieppe par leur qualification de Polletais que par la différence d'habillement, de langage, de simplicité de moeurs et de connaissances.^ " Leur vêtement se compose tout d'abord de pantalons très larges descendant jusqu'au genou, et appelés : grandes cottes. Les Polletais ont ensuite " un gilet qui se croise par devant, avec des rubans, et il est recouvert par en bas, au moyen de la ceinture de leurs grandes cottes. Ils ont par-dessus ce gilet une espèce de justaucorps ^ libre, sans

Page 1