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ENFANCE ET JEUNESSE

^^INGULIÈRE coïncidence, il nous faudrait *^ peut-être dire : admirable Providence divine, s'il nous était donné de pénétrer les mystères sublimes que Dieu a coutume de voiler sous les apparences d'un événement extérieur ; dans le même temps que Dieu donnait à la terre, sur la côte de Beaupré, l'enfant de son choix, il déterminait par sa puissance, encore sur la côte de Beaupré, le lieu où il désirait que la bonne Sainte Anne fut invoquée. Deux berceaux, pourrait-on dire, l'un près de l'autre ; le berceau d'un enfant sem-

blable à tous les autres apparemment, mais en qui Dieu contemple déjà son fidèle serviteur de l'avenir et le berceau du pèlerinage canadien à la bonne Sainte Anne, pèlerinage qui semble naître en 1658, pour se développer bientôt et devenir l'œuvre religieuse du Canada tout entier et même de toute l'Amérique du Nord. L'origine de ce pèlerinage célèbre remonte à la construction de la première église de ce lieu. Nous 1 avons dit, Etienne Lessart fit don de deux arpents de front de sa terre pour y élever une église ou chapelle, laissant à l'autorité ecclésiastique la liberté d'agréer sa donation et de déterminer l'endroit le plus convenable et le plus commode. Il exigeait cependant entre autres choses que les travaux fussent commencés au plus tôt. Mgr de Laval n'était pas encore arrivé à Québec ; la plus haute autorité ecclésiastique du pays était alors M. l'abbé de Queylus, Sulpicien, en sa qualité de grand vicaire de l'Archevêque de Rouen.' M. de Queylus accepta immédiatement

I. Nous ne voulons pas ici toucher la question de la valeur canonique de ce titre.

l'offre généreuse d'Etienne Lessart et envoya cinq jours après, 13 mars 1658, M. Vignal pour bénir l'emplacement et les travaux de la chapelle qu'on allait dédier à Sainte Anne : M. d'Ailleboust, Gouverneur par intérim de la Nouvelle-France, présent à cette cérémonie, posa la première pierre.' Sainte Anne n'attendit pas que les fondations de sa chapelle sortissent de terre pour commencer ses merveilles. Un habitant de Beaupré, Louis Guimont, était atteint d'un rhumatisme qui " lui faisait souffrir d'affreuses douleurs dans les reins. Plein de confiance en la bonne Sainte Anne, il vint par dévotion poser trois pierres dans les fondations du nouveau bâtiment et soudain se trouva complètement guéri. Ce premier miracle bien constaté a été comme le point de départ d'un nombre incalculable d'autres faveurs et grâces de toutes sortes-'' " Ce premier miracle fut le premier épanouissement du pèlerinage, et la cons-

j. Jourtial des Jcsiiiies.

2. Anmles de la bonne Sainte Anne de Beaupré^ juin 1905, p. 70.

truction de la première chapelle de Sainte Anne en fut l'occasion.

Le petit Claude Pelletier avait huit à neuf mois quand ces événements se passèrent. Dans cette même année 1658, le 6 août, un mardi, le ciel lui envo3'a une petite sœur. En l'absence de tout missionnaire elle fut ondoyée par M. Etienne Racine. .Le t8 octobre suivant, un vendredi, le P. Ragueneau, Jésuite, suppléa les cérémonies du baptême à l'enfant qui fut appelée Marie-Madeleine.' Près d'un an et demi après, Georges Pelletier et Catherine Vannier voyaient une troisième enfant leur sourire ; on lui donna le nom de sa mère Catherine, et elle fut baptisée au Château-Richer, le 24 février, un jeudi, 1661.^ Ce fut leur dernier enfant. Au mois de juin suivant la petite famille courut un grand danger ; les Iroquois, " après avoir enlevé ou massacré sept personnes dans l'Ile

1. Parrain et marraine Etienne Moussot et Marie Madeleine Racine. — Registre paroissial de Notre-Dame de Québec.

2. Robert Foubert fut son parrain, et Jeanne Mercier, épouse de Claude Poulain, sa marraine.

d'Orléans, se jetèrent comme un troupeau de bêtes féroces sur la côte de Beaupré où ils surprirent les habitants sans défense-^ "Il y en eut de tués, d'autres emmenés prisonniers ; parmi ceux-ci Louis Guimont, le miraculé de Sainte Anne, qui mourut ensuite sous les coups de ces barbares/ Il semble bien que Georges Pelletier et sa famille n'eurent d'autre mal que la grande frayeur de tomber entre les mains de ces cruels sauvages. Le tremblement de terre de 1663 vint ajouter encore à la terreur générale. Des phénomènes étranges se produisirent

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