DÉCLARATION
Conformément au décret du Pape Urbain VIII, l'auteur déclare soumettre, sans aucune réserve, au jugement du Saint-Siège Apostolique et du Vicaire infaillible de Jésus- Christ, l'appréciation de tout ce qui est rapporté dans cet ouvrage, et y soumet aussi pleinement sa personne.
L'auteur déclare également qu'en employant les mots : Saint, Serviteur de Dieu et autres semblables, il n'entend leur donner qu'un sens purement humain ; enfin, il n'attribue qu'une portée humaine aux faits miraculeux rapportés dans ce récit, et s'en remet en tout au jugement de la Sainte Eglise, Catholique, Apostolique et Romaine.
T EU juin 171g, de Gisors, (France), un '■ — ' Docteur de Sorbonne, Monsieur Du Bel-^ loy, écrivait à un Récollet canadien, le Père Joseph Denis : " Nous avons garde de mépriser un pays (le Canada) si favorisé du Seigneur ; ce que nous en apprenons aussi bien que ce que nous en voyons ne nous peut qu'inspirer une sainte jalousie. Heureuse la terre dont votre Ordre a reçu de si précieux prémices ; heureux les yeux qui les ont vus, et les mains, mon Révérend Père, qui ont mérité de les cultiver, offrir et consacrer au Seigneur ; il n'appartient qu'aux saints de travailler à la sanctification des saints pendant qu'ils vivent et à leur gloire après leur mort. Hâtez-vous, mon Révérend Père, de faire voir à notre hémisphère les grâces dont il s'est rendu indigne
<Jepuis longtemps et dont Dieu arrose ainsi la piété du vôtre ; nous raisonnons ici et discourons à l'aveugle des mystères de la grâce pendant que vous en ravissez les secrets. "
A quel propos ce Docteur de Sorbonne écrivit-il ces lignes qui expriment une profonde conviction ? Du Belloy venait de contempler le portrait de celui dont nous voulons retracer la vie, les vertus et les bienfaits ; il venait de lire les procès-verbaux relatant les faits merveilleux attribués à son intercession, et il concluait que le ciel avait accordé une grande grâce au Canada en lui donnant un saint dans la personne du Frère Didace Pelletier.
Il n'est pas un peuple qui ne se souvienne avec orgueil de ses vaillants héros, de ses guerriers fameux, de ses savants illustres, de ses orateurs puissants à la tribune de ses Parlements comme dans la chaire de vérité, et s'il est vraiment chrétien, s'il vit de la foi, qui ne se souvienne aussi avec amour et fierté des saints sortis de ses rangs. Le peuple canadienfrançais n'échappe pas à cette loi du sentiment national et religieux, bien au contraire ;
il se fait un honneur d'acclamer ses héros, ses vaillants, ses sages, ses savants et ses saints. Mais ici une remarque s'impose : tous les personnages qui ont illustré le premier siècle de la colonie française du Canada, et dont la mémoire est encore en bénédiction et en grand honneur, tous étaient des Français de France, <ies enfants de la France devenus seulement par adoption les fils du Canada. Nommez Cartier, Cbamplain, Maisonneuve, les PP. Viel, Brébeuf, Lallemant, Jogues, Madame de la Peltrie, la mère Catherine de Saint-Augustin, les vénérables De Laval, Marie de l'Incarnation, Marguerite Bourgeois, Jeanne Mance, •d'Youville et d'autres ; ils appartiennent tous à la Mère Patrie qui a le droit de les réclamer pour sa gloire. Un Seul personnage du premier siècle de 1 histoire canadienne et dont le souvenir est encore entouré d'une vénération toute surnaturelle, appartient entièrement au Canada, c'est notre héros, le Frère Didace, il est bien canadien-français, car il est né sur les bords du Saint-Laurent, et parmi les Canadiens-Français il est le premier qui ait par
ses vertus attaché à son nom la réputation incomparable de la sainteté.
Appartenant au Canada par sa naissance, le Frère Didace appartient par sa profession religieuse à l'Ordre qui a donné à la Nouvelle- France ses premiers missionnaires ; il est une des gloires de la famille franciscaine pour laquelle les Canadiens-Français ont toujourseil un attachement profond.
Pouvions-nous dès lors ne pas faire œuvre agréable au peuple qui se souvient, en lui retraçant la vie d'un personnage qui est sien et qui s'est illustré par ses vertus dans les rangs de la milice séraphique ?
Mais notre but n'est pas seulement d'écrire une simple biographie ; a3'ant à parler' d'un personnage qui a été remarqué uniquement pour l'éclat de ses vertus et pour son renom de sainteté, nous avons désiré savoir jusqu'où cette réputation s'était étendue, si elle avait traversé les âges, si elle avait attiré au Frère- Didace la confiance des peuples et si cetteconfiance n'avait pas été déçue.
Pour la partie biographique proprement dite
nous aurions voulu être plus abondamment documenté, mais il ne nous a pas été donné jusqu'à présent, à notre grand regret, de découvrir la biographie détaillée que le confesseur du Frère Didace promit d'écrire et qu'il dut écrire. C'est pourquoi nous avons dû nous contenter pour cette partie de notre travail des renseignements trop brefs, mais très intéressants et très sûrs, fournis par le même confesseur du serviteur de Dieu, le Père Joseph Denis, au Procureur Général des Récollets à Rome, auquel il promettait la biographie plus ample que nous venons de mentionner.
Les détails donnés par le Père Joseph font partie de ce qui a été appelé les ''Actes du très dévot Frère Didace, Récollet, mort en odeur .de sainteté en i6gg. ' '
Les Actes du Frère Didace forment un cahier de trente-quatre pages de texte, format papier écolier; ce précieux manuscrit, de la première moitié du dix-huitième siècle, est actuellement conservé aux archives du Séminaire de Québec. Il s'ouvre sur la biographie du Frère Didace, écrite par le Père Joseph Denis, sous
forme de lettre, au Procureur des Récollets à Rome. Viennent ensuite la lettre du docteur de Sorbonne au Père Joseph, une série de procès-verbaux dressés par ordre de Mgr de Saint-Vallier, sur des prodiges' attribués au Frère Didace, et quelques autres pièces relatives à des faits du même genre.
Nous n'entrerons pas ici davantage dans l'énumération des sources où nous avons puisé nos renseignements, parce que 'nous avons soin de toujours les signaler en note, et même de fournir à l'occasion les explications nécessaires ou simplement utiles. Nous croyons seulement devoir faire remarquer que nous avons découvert à Dieppe, France, des détails précieux et inédits concernant le Frère Didace.
Mais un devoir nous incombe, c'est d'exprimer notre très sincère reconnaissance pour les précieux services que nous avons reçus de plusieurs à l'occasion de ce travail ; nous croyons devoir nommer Monsieur l'abbé Lionel St.- George Lindsay, archiviste de l'Archevêché de Québec, Monsieur le Recteur de l'Université Laval, l'abbé Amédée Gosselin, archiviste du
Séminaire, la Révérende Mère Marguerite- Marie, archiviste des Dames Ursulines des Trois-Rivières, les RR. PP. Rédemptoristes de Sainte-Anne-de-Beaupré, tout particulièrement le Révérend Père Girard, Monsieur Philéas Gagnon, Conservateur des Archives judiciaires du district de Québec, Monsieur le chanoine Anatole Loth, curé de Notre- Dame-du-Pollet, à Dieppe (France) ; La Révérende Mère Saint-André, archiviste de l'Hôtel-Dieu de Québec.
Nous déclarons dédier ce travail sur le Frère Didace à Sa Grandeur Monseigneur L.-N.
Bégin, archevêque de Québec, parce que le saint Récollet a pris naissance à la vie temporelle dans son archidiocèse, et à Sa Grandeur Monseigneur F.-X. Cloutier, évêque des Trois- Rivières, parce que c'est de sa ville épiscopale que le serviteur de Dieu s'est envolé vers le ciel.
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