LE VILLAGE NATAL
OUI n'a pas entendu, en Amérique, pronon- ^,^^ cer le nom de Sainte-Anne-de-Beaupré ? Qui n'a pas entendu parier des pèlerins nombreux qui s'y rendent tous les ans et des faveurs signalées que l'aïeule bénie du Christ s'y plaît
à leur accorder dans son sanctuaire préféré ? Sainte-Anne-de-Beaupré est aujourd'hui sans contredit un lieu de pèlerinage vraiment national. La sainte Mère de la Vierge Marie y voit affluer des pèlerins de toutes les parties du Canada et même des Etats-Unis. Durant la belle saison, le sanctuaire ne désemplit pour ainsi dire jamais ; et si le rigoureux hiver canadien interrompt pour un temps notable les pèlerinages organisés, toutefois il ne se passe presque pas de jour sans qu'il amène quelques pèlerins, en petits groupes ou isolés, venant demander, qui une guérison corporelle pour soi-même ou pour quelque personne chère, qui une grâce de conversion pour une âme égarée.
La paroisse de Sainte-Anne-de-Beaupré est située sur la rive nord du Saint-Laurent à vingt et un milles au dessous de Québec. Les progrès modernes en ont rendu l'accès très facile. Une ligne de chemin de fer partant de Québec transporte, en une heure, à Sainte-Anne, voj^ageurs ou pèlerins. Le voyage est très agréable. A peine les chars à vapeur ou le
tramway, caries deux circulent sur cette voie ferrée, ont-ils quitté la vieille cité de Champlain, qu'ils traversent la rivière, baptisée par les Récollets, il y aura bientôt trois siècles, sous le nom, qu'elle porte encore, de rivière Saint-Charles ; puis on entre à Limoilou, dont le nom rappelle si bien le célèbre Jacques Cartier. A quelques arpents plus loin les voyageurs ou mieux les chars traversent la terre sur laquelle le premier historien du Frère Didace vécut quelques années de sa jeunesse ; un œil attentif et prévenu peut même remarquer une vieille masure en pierre, entièrement abandonnée, dont la vétusté, les apparences et certains indices historiques voudraient faire la maison paternelle du premier biographe du Frère Didace, le Récollet Joseph Denis/
Depuis Limoilou jusqu'à Sainte-Anne, la voie ferrée suit toujours la grève, et en quelques endroits, de si près, que les ondes du grand
I. Voir Revue du Tiers-Ordre et de la Terre Saijite^ Montréal, mars 1908, pp. 134-135.
fleuve viennent continuellement les unes après les autres mourir tout auprès, et parfois dans .les hautes marées ne craignent pas de l'envahir. Le voyageur se dirigeant vers Sainte- Anne a donc à sa droite le fleuve, à sa gauche il aperçoit l'une après l'autre les belles paroisses de Beauport, Saint-Grégoire, l'Ange-Gardien et Château-Richer ; ne manquons pas de signaler la superbe chute Montmorency au pied de laquelle passent les chars, permettant aux voyageurs de contempler, sans se déranger, le spectacle toujours nouveau de cette belle nappe d'eau, toute blanche d'écume, tombant d'une hauteur de 274 pieds.
On peut aussi se rendre à la bonne Sainte- Anne par la voie fluviale ; le voyage est plus long, bien entendu ; la distance entre le bateau et la terre ferme ne permet pas à l'œil de saisir dans tous ses détails le tableau grandiose qui se présente à lui ; mais l'amateur de la belle nature a cet avantage de jouir d'une vue d'ensemble qui est pleine de charmes dans les beaux jours d'été ; cette vue forme un panorama immense qui s'étend depuis Québec jus-
qu'au Cap Tourmente, et comprend ainsi toute la côte de Beaupré. Or, "c'est là qu'on trouve tout ce qu'il y a de plus joli en fait de paj'^sage. L'immense courbe du grand fleuve du Canada, laquelle s'étend depuis les remparts du Cap Diamant jusqu?à la crête forestière du Cap Tourmente, est bordée de riches prairies s'étageant en terrasses verdoyantes, d'une colline à l'autre, jusqu'au pied des sombres montagnes qui forment l'arrière plan de ce vaste amphithéâtre. . • "Le long des côtes, " des peupliers de Lombardie, aux allures martiales, et des ormes touffus dessinent les contours du chemin qui se déroule comme un long ruban bruni. Çà et là, de blanches chaumières se serrent • plus près les unes des autres, et le clocher de l'église qui les protège de son ombre, dominant les cimes des arbres, marque le centre d'une paroisse. De riches pâturages, des champs de blé ondulant sous la brise, des vergers, des bosquets d'érables conduisent le regard à travers leurs nuances délicatement fondues jusqu'aux sombres massifs de violet et de vert dont les forêts revêtent la monta-
gne.' " Elle est fameuse en effet cette belle et riche nature dont l'abbé Ferland a dit : " Si vous n'avez jamais visité la côte de Beaupré, vous ne connaissez ni le Canada ni les Canadiens.' "
En arrivant à Sainte-Anne, que l'on descende à la gare ou bien que l'on débarque sur l'immense quai construit exprès pour les pèlerinages, le premier monument qui attire l'attention est le sanctuaire de la grande Sainte, vaste église en pierre de taille, décorée par Léon XIII du titre insigne de Basilique mineure, le 28 janvier 1887. " Ce temple, l'un des plus vastes, des plus beaux et des plus riches du continent américain, a été bâti au moj^en de contributions fournies par tous les catholiques de la Province. C'est donc, en quelque façon, un temple national. Les fondements en furent
1. J. G. A. Creighton, Picturesque Canada^ cité par le P. P. V. Charland dans : Madame Saincte Anne, vol. i", 2' partie, p. 66 et 67.