‹ Le frère Didace Pelletier, RécolletChapitre 78 sur 99 · Se/nai/ie religieuse de Québec^ 28 mars 1891, p · texte numérisé non relu

Se/nai/ie religieuse de Québec^ 28 mars 1891, p

Reproduction du portrait du Frère Didace, conservé à Dieppe.

Or, ces photographies emportent avec elles la preuve de leur authenticité, c'est le sceau de la Bibliothèque Impériale, aujourd'hui Bil)liothèque Nationale ; imprimé sur l'original, il doit se trouver sur tous les vrais portraits du Frère Didace reproduits sur les photographies apportées en Canada par M. l'abbé Casgrain. Ce sceau, de forme ovale, se trouve placé audessous et près de la main droite, en partie sur le bout de la manche de l'habit du Frère, en partie sur l'inscription écrite au bas du portrait.

Il nous est donc permis, après plus de 200 ans, de contempler encore la vraie physionomie du saint Frère Didace. Le peuple canadien-français, qui aime à conserver le souvenir ■et les traits de ses grands hommes, possède les traits et peut garder le souvenir de ce Récollet <iont il doit être fier, puisqu'il est le premier Canadien-Français mort en odeur de sainteté sur la terre canadienne. Or, un saint n'est-il pas la gloire la plus pure comme la plus grande et la plus impérissable d'un peuple ? Le peuple canadien-français peut donc à juste titre placer le portrait du Frère Didace Pelletier parmi

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et même avant bien d'autres qui ornent sa galerie nationale.

Le deuxième portrait que nous avons du Frère Didace est parfaitement inconnu en Canada, et nous-même nous ne le connaissons que depuis peu. Disons de suite qu'il n'a aucune valeur artistique, mais en revanche, il a une valeur très grande au regard de la réputation de sainteté du Frère Didace, et c'est pourquoi il est important de le faire connaître.

Nous rappelant que les parents du Frère Didace étaient originaires de Dieppe et du faubourg de cette ville appelé le Pollet, et désirant savoir s'il n'}' aurait pas là quelque source de renseignements sur le serviteur de Dieu, nous avons écrit à Monsieur le curé de Notre-Dame du Pollet, prêtre aussi inconnu pour nous que sa paroisse. Quelle n'a pas été notre surprise et surtout notre plaisir en recevant de Monsieur le Chanoine Anatole Loth, curé du Pollet, une belle lettre, que nous publierons plus loin, en date du 28 janvier 1907, dans laquelle il mentionnait l'existence de deux portraits du Frère Didace conservés à

Dieppe. Le premier mars suivant, Monsieur le Chanoine nous annonçait qu'il allait faire photographier les deux portraits, et, doublement généreux, à ses frais. Le quatre avril, nouvelle lettre, nouveau détail : au lieu de deux, c'est trois portraits que l'on conserve à Dieppe ; les photographies accompagnent cette lettre. " Je vous envoie avec cette lettre, nous dit Monsieur Anatole Loth, deux photographies collées sur carton et une autre non collée, du Frère Didace Peltier. Vous ne les trouverez pas belles, car les trois portraits qui sont ici, au lieu d'être des gravures, comme je pensais me le rappeler, ne sont qu'une grossière peinture sur une planche de bois de chêne, peinte à l'huile, identiquement les trois mêmes- La photographie les a reproduites telles quelles, sauf la couleur. " Ajoutons à ces détails les suivants, fournis par le possesseur d'un de ses portraits : ' Quant au portrait que nous possédons, il est peint sur bois ; il mesure 42 centimètres (16 /4 pouces) de hauteur sur 35 centimètres (13 pouces 6 lignes) de largeur; le cadre est aussi en bois et très ordinaire ; il est peint

en noir avec un filet vert foncé ; il n'y a pas de signature. "

Ayant demandé aux trois possesseurs de ces portraits des renseignements sur la provenance de ces peintures, l'un a déclaré l'avoir reçu de son oncle, lequel, né à Dieppe en 1807, le tenait de ses parents. Un autre déclare avoir appris par sa mère que le portrait en sa possession " provenait, ainsi d'ailleurs que les deux autres, de l'ancien hôpital de Dieppe. " La Révérende Mère supérieure des Hospitalières de Dieppe nous a honoré de deux lettres en date du 5 mars et du 12 décembre 1908, par lesquelles nous apprenons que l'hôpital de cette ville possédait encore il y a peu de temps, un portrait du Frère Didace parfaitement semblable aux trois précédents, lequel portrait tombait de vétusté, ce qui a été cause de sa disparition. C'est regrettable, et la faute en revient au temps, ce rongeur infatigable ; mais savoir qu'un quatrième portrait du Frère Didace a existé à Dieppe, n'en est pas moins un fait acquis. Au point de vue historique, il -est regrettable aussi de ne pouvoir remonter

jusqu'à l'auteur de ces portraits ; mais cela n'enlève à peu près rien de sa force au témoignage que donnent ces peintures en faveur de la réputation de sainteté du Frère Didace, c'est ce qu'elles ont de remarquable et c'est ce qui doit être remarqué.

Dans ce but examinons donc en détail un de ces tableaux. On remarque tout d'abord que l'auteur a eu devant lui une copie du vrai portrait du Frère Didace ; c'est la même pose, le Frère est un peu incliné, la tête de mort est -dans la main droite, la main gauche est étendue sur la poitrine ; devant le Récollet on voit la table avec son grand crucifix. Seulement au point de vue physique, le Frère Didace a perdu sa puissante structure, sa physionomie est féminine, ses cheveux ondulent ; bref, pas de ressemblance avec le vrai portrait. Aussi bien, outre que l'auteur ne devait pas être un artiste, quoique cependant, pour exécuter trois ou quatre planches identiquement les mêmes, il faille encore quelque talent, il semble bien que son but n'était pas tant de reproduire le vrai portrait que de traduire par le pinceau

l'idée que lui et ceux pour qui il travaillait se faisaient du Frère Didace, l'idée d'un saint, d'un saint que l'Eglise mettra peut-être un jour sur les autels, mais qui n'a pas encore reçu cet honneur.

L'auteur, en effet, ne lui donne ni auréole,, ni rayonnement autour de la tête. En retour, il le couronne bravement du diadème royal '; d'un coin du tableau, au dessus du crucifix, des rayons lumineux, venant du ciel, illuminent le visage du Récollet couronné, c'est l'indice des complaisances que le Père Eternel trouve dans l'âme de son serviteur fidèle, c'est l'indice encore de la gloire qu'il lui réserve, qu'il lui a octroj^ée dans ses demeures célestes. Et pour que l'on ne se méprenne pas sur l'idée poursuivie par le peintre et ses clients, voici qu'il écrit sur le côté le plus apparent de la table et en toutes lettres, sans s'occuper beaucoup de l'orthographe : " Saint Didasse Pcltie?-. " Tel est l'ensemble du portrait.

Un peu de réflexion nous fera saisir tout le sens de ce tableau. Nous avons vu que le Frère Didace est un simple Frère convers, dont la

vie a été tout entière employée au travail manuel ; il n'a accompli aucune de ces grandes actions qui attirent à son auteur les louanges humaines ; il est mort dans un pauvre lit d'hôpital, et voilà qu'après sa mort on fait graver son portrait ; on le fait représenter par la peinture avec des indices non équivoques de la sainteté. On ne peut faire autrement que de voir en cela la manifestation précise et sincère de la conviction profonde qu'on avait en Canada et en France de la sainteté du Frère Didace.

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