‹ Le frère et la surChapitre 11 sur 14 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Enfin le moment du départ arriva : les enfants de M. de Barencourt se seraient reproché de le retarder d'un seul jour puisqu'il s'agissait de faire cesser Texil d'un père , dont ils désiraient le retour avec une égale ardeur ; et, dès le surlendemain matin, Léonce donna l'ordre d'appareiller. 11 fut conduit à son hàliment par sa sœur et par son ami , qui d'abord s'efforcèrent de lui montrer une grande tran-

quillité d'âme. M. Vaiiderstad ne parut même occupé , durant le court trajet qu'ils avaient à faire, qu'à lui donner des instructions pour la sûreté de sa route ; mais lorsqu'ils furent arrivés au lieu de l'embarquement , la pauvre Aline sentit tout son courage l'abandonner; et Texcellent homme, habituellement si calme , si impassible en apparence , éprouva tout à coup une si violente émotion , qu'il s'écria involontairement, en pressant Léonce dans ses bras :

« Oui, je l'avoue, ce départ est pour moi un énorme sacrifice ! oui , votre absence va répandre autour de moi un vide affreux; car il me semblait avoir trouvé en vous, le fils que j'ai vainement demandé au Ciel Cependant, moucher Léonce, il faut que vous partiez ; je dois vouloir avant tout votre bonheur.

— Mon digne ami ! répondit le jeune homme, ce bonheur ne pourrait plus maintenant e^is-

ET LA SCKUR. 235

ter loin de vous. Comblé de vos bienfaits , que je n'ai point hésité à accepter, comblé des touchants témoignages de votre amitié, j'emporte en m'éloignant l'ardent désir de vous consacrer ma vie ; et ce vœu , mon père le ratifiera , il reconnaîtra sa dette immense, en partageant avec vous le seul bien qui lui reste , laffectiou de ses enfants. "

S'arrachant alors des bras de son bienfaiteur , il se jeta dans ceux d'Aline , et s'éloigna ensuite rapidement, car cette séparation lui déchirait le cœur. Jamais peut-être il n'avait senti comme en ce moment à quel point sa sœur lui était chère. Compagne fidèle de toutes ses adversités , elle avait été en même temps pour lui l'amie la plus tendre; c'était à elle que, depuis son enfance, il communiquait ses sentiments les plus intimes ; forcé de s'en séparer tout à coup, il lui semblait qu'il abandonnait la meilleure partie de lui-même , il lui semblait avoir perdu le soutien , la consolation de sa vie.

Obligé, cependant, de se distraire de ces pensées pour recevoir les hommes de son équipage , qui vinrent lui souhaiter la bienvenue , il s'efforça de maîtriser son chagrin pour les accueillir avec toute la bonne grâce , toute la bienveillance que doit toujours montrer celui que la Providence appelle à l'exercice d'une autorité quelconque. Il trouva à la tête des braves marins, qui le félicitaient à leur manière, un homme dont l'habileté lui était connue. Cet homme poussa la modestie jusqu'à vouloir lui remettre le commandement du navire. Il savait que Léonce avait fait des études nautiques qui le mettaient en état de remplir cette charge; mais ce dernier déclara positivement à Ihonnète capitaine qu'il ne voulait d'autre titre à bord que celui de son élève, et ce refus, joint aux libéralités qu'il sut répandre à propos , lui gagna aussitôt l'attachement de son équipage.

Ayant ainsi satisfait aux convenances de sa nouvelle position, il fut libre enfin de songer

à sa chère Aline qu'il avait laissée accablée de tristesse, ainsi qu à son généreux bienfaiteur, dont les regrets s'étaient manifestés d'une manière si tendre, et dont l'affection se montrait encore jusque dans les moindres objets rassemblés sous ses yeux. M. Vanderstad en effet n'avait rien négligé pour que les témoignages de sa bonté fussent sans cesse présents à la pensée de son fils adoptif. Le bâtiment qu'il lui avait donné était non-seulement Tun des meilleurs de la marine marchande, mais il était , en outre , Tun des plus richement ornés que l'on put voir en ce genre. Ce fut surtout en entrant dans la chambre qui lui était destinée , que le jeune de Barencourt admira les soins délicats de son ami ; car, parmi les divers objets rassemblés pour lui plaire , il découvrit un tableau qui le représentait lui-même , sauvant des flots son bienfaiteur et la famille de celui-ci. A la vue de cette peinture, où se montrait aussi la charmante figure d'Aline, Léonce fit un cri de surprise. 11 ne comprenait

pas comment le généreux Belge avait pu réussir à faire exécuter ce tableau sans qu'il en eût connaissance, et l'idée qui avait présidée sa composition lui parut si noble et si touchante à la fois , qu'il versa des larmes en le contemplant. Aussi ce fut dans cette contemplation qu'il passa une grande partie de la première journée. Le lendemain fut consacré à lire les instructions de M. Vanderstad , qui lui avaient été remises par le capitaine : elles concernaient les marchandises dont le navire était chargé, et là, comme toujours, Léonce reconnut la bonté de son excellent ami.

Enfin il acheva , sans aucun accident , le voyage que l'amour filial lui avait fait entreprendre , et il arriva dans le port de Hambourg le cœur palpitant d'espérance.

A cette époque , beaucoup d'émigrés français s'étaient réfugiés dans cette ville ; le premier soin de Léonce, en débarquant, fut de les chercher, afin de découvrir par eux les

traces de son père; mais aucune des familles qui reçurent sa visite ne purent l'éclairer sur l'objet de ses ardentes recherches. Accablées par le malheur, en butte à toutes les souffrances , à toutes les privations , la plupart de ces familles menaient une vie laborieuse et cachée qui avait presque entièrement détruit les relations qu'autrefois elles aimaient à entretenir. Toutes, cependant, reçurent avec empressement leur jeune compatriote, car le premier besoin de l'exilé est de parler de la terre natale. Léonce, d'ailleurs, se montra si compatissant pour les maux dont il les vit accablés , que sa présence fut regardée comme un bienfait. Néanmoins , s'il réussit à consoler quelques afflictions, il fut lui-même bien loin de sentir son cœur soulagé.

Les jours qui suivirent ne firent qu'augmenter ses inquiétudes; car, après les recherches les plus actives, les plus minutieuses, il finit par craindre que son père n'eût quitté Hambourg, et l'idée de retourner sans lui

auprès d'Aline le jetait dans un véritable découragement.

Toutefois une espérance lui restait : le correspondant de M. A^anderstad, auquel il était adressé, se trouvait absent pour quelques jours. C'était lui qui avait annoncé à l'armateur belge le séjour du comte, et Léonce l'attendit pour entreprendre de nouvelles recberches. Mais ce négociant , ayant vainement cherché lui-même depuis plusieurs mois les traces de l'infortuné proscrit, ne put donner sur lui que des détails aussi vagues qu'affligeants, et le malheureux (ils retomba dans toutes ses incertitudes.

Le cœur brisé , flottant sans cesse entre deux idées également désespérantes , il voyait tour à tour son père livré aux horreurs du besoin ou déjà gisant dans la tombe. Ce fut avec ces pensées douloureuses qu'il visita les nombreux hôpitaux que possédait Hambourg à cette époque , s'arrètant avec une horrible anxiété au lit de chaque malade. Il alla même jusqu'à compui-

ser le registre des décès , et là du moins sou âme fut soulagée d'uu poids iuimer»se. Se persuadant alors que sou père s'était retiré dans uu autre pays , il s'adressa à tous les correspondants étrangers de M. Vanderstad ; il eut aussi recours à la voie des journaux; mais aucune de ces d«'marches ne lui réussit.

Désespéré, il dut pourtant songer à son départ : les passe-ports qui lui avaient été accordés ne lui permettaient pas de prolonger son séjour au delà de deux mois , et il lui restait une foule d'afTaires importantes à régler concernant la charge de son bâtiment. Ces affaires , qui toutes tendaient à renrichir, avaient perdu à ses yeux leur principal intérêt ; mais il ne s'en croyait pas moins obligé de prouver à son généreux bienfaiteur qu'il n'y avait apporté aucune négligence, et il se hâta de les terminer afin de n'avoir, sous ce rapport , aucun reproche à se faire.

Un jour qu'il s'était rendu à Altona, ville

située à un quart de lieue de Hambourg , et qu'il venait d'y achever diverses opérations commerciales qui lui avaient réussi au delà de ses espérances, il vit sur sa route une église catholique, et il y entra, afin d'épancher dans le sein de Dieu toutes les pensées qui oppressaient son cœur.

Au milieu des tourments qui l'avaient accablé depuis son arrivée en Allemagne, Léonce avait eu du moins le bonheur d'accomplir hbrement ses devoirs de chrétien ; c'était l'unique consolation qui l'eût soutenu.

Plus affligé encore ce jour-là que de coutume, en songeant qu'il allait devoir bientôt s'éloigner sans avoir pu découvrir son père , il se prosterna devant l'image de notre divin Sauveur. En ce moment l'église paraissait entièrement déserte , et ses vitraux gothiques , chargés de mille couleurs, n'y répandaient qu'une faible clarté qui ajoutait quelque chose d'austère à la majesté du lieu. Sous celte im-

pression , si bien d'accord avec ses cuisantes douleurs , le pauvre jeune homme pria avec tant de recueillement qu'il ne s'aperçut pas de la fuite des heures. Déjà l'obscurité commençait à l'environner, quand un léger bruit vint l'arracher à lui-même. Se relevant alors , il s'avança vers un large bénitier qui se trouvait au bas de la nef; mais, arrive en cet endroit, il crut entendre un sanglot retentir sous les sombres voûtes ; s'arrétant aussitôt , il prêta roreille.

« Non , je ne me trompe pas , dit-il , quelque infortuné gémit en ce lieu. Ah ! si son affliction pouvait être allégée par un peu d'or 1 »

S'approchant du côté d'où partent les gémissements , il voit un homme dont l'extérieur annonce la misère, et qui s'abandonne au désespoir. Touché d'une vive compassion , il lui présente sa bourse. L'inconnu la saisit , la presse sur sa poitrine , s'écriant dans un transport de joie impossible à décrire :

« Monsieur! soyez béni, mille fois béni! ce secours va racheter la vie à mou pauvre maître. »

Mais déjà Léonce s'est emparé de la main de cet homme : il l'entraîne hors de l'église , le regarde un moment , puis tombant dans ses bras, il s'écrie à son tour :

« André ! cher André ! oui , c'est toi ! mon cœur te reconnaît. Où est mon père ?

— A quelques pas d'ici , répond le bon serviteur, en versant des larmes de joie. Cher monsieur Léonce! quoi! c'est vous ! Oh ! c'est Dieu lui-même qui vous envoie! Venez , venez , mais non... Attendez... Vous ne savez pas dans quel état de déniîment. . .

— Eh bien ! raison de plus , courons, je t'en supplie!

— Arrêtez ! il ne supporterait pas une telle joie ; la maladie , la misère ont entièrement détruit ses forces...

— Mon pauvre père î

— Du courage , reprend André , du courage î Puisque \ous voilà , il est sauvé ; mais , avant de lui annoncer tant de bonheur, il faut que je lui fasse prendre un peu de nourriture... Depuis ce matin je n'avais plus rien à lui offrir »

A ces mots, un sourd gémissement s'échappe de la poitrine du tendre fils. « Hàte-loi donc , dit-il, tu me fais mourir! » et de nouveau il entraine André ; mais celui-ci l'oblige bientôt à s'arrêter : il faut qu'il se munisse de tout ce qui lui est nécessaire pour secourir le comte. Enfin il revient; puis, au bout de quelques pas , il entre dans une allée étroite , et dit à son jeune maître :

« C'est ici. Au nom du ciel, calmez-vouSé Kcoutez : près de la chambre occupée par monsieur votre père , se trouve un petit réduit d'où vous pourrez le voir et l'entendre sans être aperçu. Vous sentez-vous la force de supporter

la vue d'un tel spectacle sans vous trahir?

— Je Taurai, répond Léonce, marchons; chaque moment de retard est un supplice. »

Et il suit le bon serviteur jusqu'au haut de l'escalier. Là, tous deux s'arrêtent. Le malheureux jeune homme , respirant à peine, tombe à genoux devant la porte de son père ; et quand cette porte s'ouvre, quand il aperçoit l'objet de sa vive tendresse, étendu sur un lit de douleur, une horrible angoisse le saisit, et il pousse malgré lui des sanglots étouffés.

« Qui est là , demande le comte d'une voix faible, et cherchant à se soulever.

— C'est moi , Monsieur, se hâte de répoudre André , qui en même temps lui présente un cordial ; pardonnez-moi d'avoir tardé si longtemps.

— Bon André ! Ah î je n'accuse pas ton zèle. Mais tu as donc fait de nouveaux sacrifices pour me procurer ce bienfaisant secours ?

— Non , non , Monsieur, aucun sacrifice n'a

été nécessaire, reprend l'intelligent serviteur; tous nos maux sont finis. A" oyez plutôt cette bourse.

— Que dis-lu? d'où vient cet or?

— II vous est envoyé par une main amie qui se fera connaître... Ah! Monsieur, ne vous affligez plus; bientôt, oui, bientôt vous entendrez parler de notre belle France, de notre chère patrie î ■

Ici le comte se soulève tout à fait sur son grabat, il regarde André, dont la vive émotion se trahit.

« Tu sais quelque chose de mes enfants , dit-il. Au nom du ciel, ne me fais pas languir ; parle, je t'en conjure î

— Pressé de revenir vers vous, répond André, je n'ai pris le temps de demander sur eux aucun détail.

— Tu me trompes ; cela est impossible ; quelqu'un, d'ailleurs, est caché à cette porte...

— C'est vôtre fllsî c'est votre Léonce ! » s'écrie ce dernier dans un transport qu'il ne peut plus contenir. En même temps il se précipite dans les bras de son père , et pendant quelques instants , des sons confus traduisent seuls le bonheur dont ils sont enivrés tous deux.

« Mon fils! mon bien-aimé fils! dit enfin M. de Barencourt en versant de douces larmes. Ah! ce moment me paie de toutes mes souf*frances ; mais où est ta sœur? où est ma chère Aline ?

— Elle vous attend , mon père ; je ne me suis séparé d'elle que pour venir vous chercher. Bientôt vous la reverrez ; bientôt sa vive tendresse vous fera oublier tous vos maux. Vous pouvez revenir en France; j'ai votre radiation; tous nos malheurs sont finis.

— Cher Léonce ! tu seras donc toujours mon ange tutélaire ! Eh quoi ! mes enfants , mon pa} s , tout m'est rendu !

— Oui, tout! reprend l'heureux fils; car nous sommes riches encore , mon bon père : la Providence a fait pour nous des miracles; demain je \ous dirai tous ses bienfaits.

— Ah ! dis-les-moi maintenant , reprit vivement M. de Barencourt ; Tàme qui a beaucoup souffert est plus qu'une autre avide de bonheur ; ne crains pas de lasser mes forces ; le son de ta voix seul me les rendrait. »

Léonce alors raconta à son père tous les événements qui s'étaient passés depuis leur séparation , et l'on peut juger avec quel intérêt il fut écoulé.

c(0 mon Dieu ! dit ensuite le comte, j'ai épuisé toutes les douleurs, toutes les amertumes que l'homme peut éprouver ici-bas; mais aujourd'hui je vous en rends grâces; car le bonheur que vous daignez m'accorder en me rendant des enfants si dignes de ma tendresse , surpasse de beaucoup mes souffrances. Oui, continue-t-il en regardant son flls, si nous fussions demeurés

au sein de la prospérité , tant de vertus n'auraient pu se développer dans ton àme ni dans celle de ta sœur; c'est le malheur qui les y a fait surgir. C'est lui qui m'a rendu le plus heureux des pères , et je bénis les maux qui m'ont conduit à une telle félicité. »

Ivre de joie , le jeune homme se jette de nouveau dans les bras du comte ; puis , craignant que tant d'émotions successives ne lui deviennent nuisibles , il le supplie de se calmer, et bientôt après il le voit tomber dans un paisible sommeil.

Oh! qui dira toutes ses émotions pendant qu'il veille à côté de cet être si tendrement aimé , pendant qu'il contemple ses traits vénérables que l'adversité a flétris, mais où se montre encore une douce impression de bonheur î Souvent aussi ses regards s'arrêtent sur la figure altérée du bon serviteur qui a été le compagnon d'infortune de son père; il lui presse la main avec une affection presque filiale :

« Et toi aussi tu as bien souffert , mon ehcr Atidré , lui dit-il; tu as partagé toutes ses douleurs, toutes ses misères, et nous avons contracté envers toi des obliijations que rien ne pourra acquitter.

— Ne me parlez pas de ces obligations là , M. Léonce, répond l'excellent homme; je n'ai fait que mon devoir, et la satisfaction que j'ai trouvée à l'accomplir m'a toujours payé comptant des légers efforts qu'il me coûtait. »

Ce fut au milieu de ces épanchements intimes, de ces émotions à la fois si douces et si pénétrantes , que le tendre fils passa cette nuit qui devait laisser d'ineffaçables souvenirs dans sa mémoire. Le misérable grabat où reposait son père, cette chambre dont tout attestait la pauvreté excitaient , il est vrai , dans son àme une grande tristesse ; mais la pensée de ce qu'il pouvait offrir en échange de tant de misère venait en même temps y répandre une joie profonde.

Donner à ceux qu'on aime , devenir l'auteur de leur bien-être , est un plaisir si doux , que nul autre dans le monde ne peut lui être comparé; chaque instant le grandit, le rend plus délicieux ; et cette félicité si pure . Léonce la sentait d'autant mieux que l'objet de son dévouement était sou père.

Malheur au fils dénaturé qui ne comprendrait pas de telles jouissances ! qui ne courrait pas au-devant d'elles quand la Providence le met à même de les goûter ! Oui , malheur à celui qui oserait méconnaître où trahir ce pieux sentiment d'amour filial que notre àme a reçu comme un des premiers bienfaits de la Divinité, et qu'elle savoure avec tant d'ivresse quand elle est digne de le sentir !

Heureux donc de tout le bien qu'il pouvait faire, Léonce attendit le réveil de son père avec une vive impatience; et quand celui-ci ouvrit les veux, ce fut un nouveau bonheur, car le repos qu'il venait de prendre lui avait rendu assez de

force pour qu'il put être transporté le jour même sur le bâtiment de son fils.

Là, de nouvelles joies Fattendaient. Nous l'avons dit . Léonce , par la noblesse de son caractère, sa modestie , son urbanité, était devenu l'idole de tous les hommes de son équipage ; aussi ce fut avec un véritable élan de cœur qu'ils lui témoignèrent tout leur attachement dans l'accueil qu'ils firent à sou père. A voir leur empressement, leur zèle auprès de ce dernier, on eût dit que chacun d'eux retrouvait en lui un ami tendrement aimé , et le bon père jouit d'autant plus de ces démonstrations affectueuses que c'était aux qualités de son fils qu'il en était redevable.

André se ressentit aussi de cette bienveillante

disposition, car il ne fut pas traité à bord comme

un hommeà gages, mais bien comme le généreux

compagnon du noble proscrit. Déjà le jeune de

Barencourt lui avait fait quitter les misérahles

vêtements sous lesqueU il l'avait rencontré,

Page 1