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pour lui en faire prendre de plus convenables à sa nouvelle situation , et l'excellent homme était si radieux de cette subite métamorphose , qu'il ne savait comment en exprimer sa reconnaissance.

« Ah ! M. Léonce , dit-il les larmes aux veux , c'est trop de bonté , vraiment. Voyez donc , vous m'avez habillé comme un seigneur, et voilà que l'on me traite ici comme si j'étais votre égal. Non, je n'ai pas mérité tout cela; c'est trop, beaucoup trop.

— Avais-je mérité, moi, interrompit vivement le comte , que tu me dévouasses ta vie tout entière? N'as-tu pas été l'un de mes libérateurs ? Ne m'as-tu pas suivi dans l'exil? Ne m'as tu pas consacré tes économies, tes soins généreux? n*ai-je pas mangé le pain que tu allais gagner à la sueur de ton front , tandis que de longues souffrances me retenaient sur un lit de misère ? 0 André ! l'homme qui ne verrait pas en toi son ami , après tant et de si nobles sacri-

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fices, ne serait pas digne que tu les lui eusses faits. Va, mon fils a raison; c'est le consolateur, c'est le soutien de son vieux père qu'il doit voir en toi désormais , et je bénis le Ciel de l'avoir mis en état d'acquitter la dette de mou cœur. »

Eu achevant ces mots , le comte ouvrit ses bras au fidèle serviteur ; celui-ci s'y précipita en pleurant , puis il s'écria :

« Eh bien! oui, j'accepte ces témoignages de votre bonté , car ils me remplissent de joie ; mais, mon cher maître , permettez que votre André continue à vous consacrer ses soins, ainsi qu'à vos enfants. Servir ceux qu'on aime n'est pas une servitude, c'est travailler à son propre bonheur ; et je vous supplie de me laisser sur ce point une entière liberté. >>

Un tel dévouement ne pouvait qu'ajouter encore à la joie de M. de Barencourt, et ses souffrances n'ayant pas tardé à céder à l'heureuse situation de son esprit , il ordonna bientôt

de mettre à la voile, afin d'être plus tôt réuni à son Aline, dont sans cesse il contemplait l'image dans le tableau que possédait Léonce. Pendant la traversée , ses regards s'arrêtèrent bien souvent aussi sur les traits de l'homme généreux auquel il devait la fin de tous ses maux , et en se faisant répéter les détails de l'événement qui avait donné lieu à la composition de cette peinture , il ne se lassait pas d'admirer les moyens dont la providence s'était servie pour protéger ses enfants et l'arracher lui-même à son exil.

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