‹ Le frère et la surChapitre 8 sur 14 · JE FRÈRE · texte numérisé non relu

JE FRÈRE

gnation qui me rappell^it à moi-même et me montrent toutes les consolations qui me restent dans mon bien -aimé frère. •

A ces mots , Léonce pressa sur son cœur la main d'Aline, et tous deux se turent pendant quelques instants; mais ce silence n'avait plus rien de pénible , car les plus douces émotions remplissaient leurs âmes : c'était presque de la joie, c'était presque du bonheur au milieu de l'affliction ; et ce bonheur, oùl'avaient-ils pui^é? Ah ! dans les pensées sul)limes qui ressortent du christianisme, danslesdélices qu'il sait répandre sur toutes nos affections, quand elles l'ont pour base ; en un mot, dans le sentiment d'une bonne conscience , que le malheur ne saurait jamais nous arracher, et dans les vertus que lui-même fait surgir, quand c'est en Dieu qu'il cherche son appui.

Nos jeunes voyageurs continuèrent donc leur route avec plus décourage. Cependant Aline, qui avait été autrefois une excellente marcheuse

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mais qui avait perdu cette faculté depuis son séjour prolongé sur la bélandre , ne tarda pas à ressentir une grande fatigue , et , quel que fut son désir d'avancer, il fallut se résigner à prendre quelques instants de repos. Ils n'avaient pourtant parcouru que deux lieues depuis qu'ils s'étaient séparés de Jacques, et le soleil était encore assez élevé pour qu'ils pussent se promettre d'arriver avant la nuit au bourg qu'il leur avait indiqua : c'était peut-être d'ailleurs le seul endroit où ils pussent se loger, car, aussi loin qu'ils portassent leurs regards, ils n'apercevaient aucune habitation.

Pendant qu'ils s'occupaient de cette difficulté, que l'extrême lassitude présentait comme insurmontable à la jeune fille , une paysanne, conduisant une mauvaise charrette , vint à passer : elle suivait le chemin du bourg. « Cette bonne femme arrivera aA ant nous ! » se dit tristement Aline , en jetant sur le misérable équipage un regard de convoitise. Aussitôt Léonce, iater prêtant la pensée qu'elle n'avait osé dire

tout haut , courut vers la charrette , et eut la joie d'y trouver une place pour elle. Ils purent alors continuer paisiblement leur route , car la villageoise acheva de les tirer de touteinquiétude en leur offrant l'hospitalité pour la nuit suivante. Dans leur situation , c'était une véritable bonne fortune que cette offre : aussi s'empressèrent-ils de l'accepter.

La chaumière où ils furent conduits était loin de renfermer les commodités de la vie ; mais, nous l'avons déjà fait remarquer peutêtre , l'infortune est une école où l'on apprend à se passer des superfluités qui sont le bagage ordinaire de l'opulence; et lorsqu'on a mangé son pain à la sœur de son front , on oublie bientôt le confortable pour ne songer qu'au nécessaire. Les enfants du comte de Barencourt en étaient là : une année de séjour chez Marcel les avait affranchis de tous les besoins factices contractés au sein de Tabondance; aussi, en sortant de la table du bélandrier, ils se contentèrent facilement du repas frugal que leur

présenta la maîtresse de la eabane. Leurs charmantes figures, leur air modeste , avaient d'ailleurs si bien gagné la confiance et les sympathies de cette dernière , qu'elle les mit complètement à l'aise dans sa maison ; leur rencontre datait à peine de quelques heures, et déjà elle les traitait comme de vieilles connaissances ; c'est que les cœurs purs sont rarement défiants.

Ce fut donc avec une joie réelle que le frère et la sœur passèrent la nuit sous le misérable toit de chaume qui les abritait. Chacun d'eux n'eut pour lit que quelques bottes de foin , mais ils y dormirent d'un sommeil paisible; et quand ils se réunirent le lendemain matin , ils se sentireiit plus dispos pour supporter les nouvelles fatigues qui les attendaient.

Leur obligeante hôtesse avait eu soin de leur préparer du lait chaud et d'amples provisions pour la journée , car elle avait jugé, à la simplicité de leurs vêtements, que la richesse n'était pas leur partage. Aussi , lorsqu'ils voulurent

s'acquitter envers elle , elle repoussa leurs instances en disant :

«Ne me faites pas ce chagrin -là. Quand j*oifre un gîte, je ne veux pas qu'on me le paie , et moins vous que tout autre encore, parce que j'ai bien eu du plaisir à vous voir; je voudrais qu'il eût duré plus longtemps. Ainsi donc , quand vous repasserez par ici, entrez sans façon ; vous trouverez toujours chez nous , comme on dit , des tartines et des bonnes mines. »

Ceux à qui s'adressaient ces paroles naïves en furent si touchés , qu'ils n'osèrent insister davantage ; et après avoir exprimé leur reconnaissance à l'excellente femme , ils la quittèrent , emportant avec eux les douces impressions que fait toujours naître le contact des bons cœurs.

Lorsqu'ils se furent éloignes de la chaumière et des autres habitations qui rentooraieat , ils gravirent un petit mont d'où ils décodvfireut des points de vue délicieux. La matinée était

superbe : de légères vapeurs, qu'attirait lekver du soleil, sortaient du seiu de la terre en se balançant pour s'élever et se perdre dans l'espace. Tout se réveillait j tout se ranimait dans la nature. Des champs dorés, étalant leurs richesses, prêtaient un nouvel éclat aux magnifiques prairies d'alentour ; les fleurs rouvraient leurs corolles pour exhaler leurs doux parfums; les arbres montraient avec orgueil leur feuillage nuancé que la rosée venait d'embellir ; et les oiseaux , voltigeant de branche en branche , appelaient hors du nid la jeune famille qui , un moment auparavant , s'abritait sous leurs ailes. L'ensemble de ce riant tableau frappa tellement Aline et Léonce, qu'ils ne se lassaient pas de le contempler ; il semblait que ce fut la première fois qu'ils en vissent un semblable. C'est qu'en effet h^s merveilles de Dieu sont si multipliées, elles présentent une si immense variété d'aspects, qu'elles doivent toujours nous paraître nouvelles, quelque part qu'elles s'olTreut à nos regards, parce que

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toujours nous y découvrons des beautés et des magnificences qui jusque alors nous étaient restées inconnues. Ah! si pour l'athée cette admiration est stérile ; si , renonçant à sa raison , il se frappe lui-même de cécité pour méconnaître le Tout-Puissant dans ses œuvres, il ne saurait en être ainsi du chrétien. Pour celui-ci la nature est parlante ; à chaque pas qu'il fait , elle lui rappelle les grandeurs , les bienfaits de son souverain maîlre, et il s'incline devant sa puissance, devant sa bonté, pour leur rendre un continuel hommage.

C'est aussi ce que firent le frère et la sœur. Depuis longtemps, déjà, les pauvres enfants étaient privés des instructions religieuses qui alimentent la piété. On sait qu'à cette funeste époque les autels du Seigneur avaient été renversés, que ses ministres étaient en fuite, et que ce n'était plus que dans le cœur des fidèles que la foi catholique pouvait se manifester et se nourrir. Heureusement Aline, nous l'avons dit, se rappelait tous les saints pré-

ceptes qui lui avcuent été inculqués durant son séjour chez les bonnes Ursulincs , et depuis sa réunion avec son frère, depuis leurs malheurs surtout elle s'était appliquée avec tant de zèle a les transmettre à son cher émule , qu'elle était parvenue à lui inspirer une piété aussi solide que sincère.

Cet accord parlait de leurs sentiments religieux en apportait un non moins complet dans leurs impressions : ce que Tun aimait, l'autre l'aimait aussi; ils pensaient, ils priaient ensemble; leurs joies étaient communes comme leurs peines; ils vivaient pour ainsi dire de la même vie; ils n'avaient qu'une seule volonté, et cette volonté , c'était toujours en Dieu qu'ils cherchaient à l'appuyer. Oh ! quand c'est la vertu qui resserre les liens de famille, ces liens ont bien des charmes ! Léonce et Aline le sentaient mieux chaque jour. En vain l'adversité épuisait sur eux ses coups; tout en luttant contre elle , ils trouvaient quelquefois des plaisirs que la situation la plus prospère ne

saurait donner quand la religion en est exclue.

C'est ainsi qu'à la vue de cette belle matinée , à la Yue de ce délicieux paysage qui se déroulait devant eux , ils oubliaient leurs inquiétudes pour ne s'occuper que des bienfaits de la Providence, et ce sujet de méditation leur rendittant de courage , qu'ils marchèrent gaiement le reste du jour, éloignant de leur pensée tout ce qui pouvait les affliger.

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