‹ Le frère et la surChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Cependant la manière de voyager de nos jeunes fugitifs était aussi peu expédilive que commode. Marcel et Jacques, en traçant l'itinéraire qu'ils devaient suivre, leur avaient tellement recommandé d'éviter les villes un peu considérables , qu'ils furent obligés de faire plusieurs détours qui multiplièrent leurs fatigues; et quand le soir arriva, ils n'osèrent s'arrêter que dans un tillagc, où ils furent

loin (le trouver les prévenances et les soins dont ils avaient été comblés le jour précédent.

Enfin ils étaient parvenus dans le voisinage de Dunkerque. Ou leur avait assuré qu'eu côtoyant la mer jusqu'à Ostende , ils auraient beaucoup moins de risques à courir que sur toute autre route, et ils se conformèrent à cet avis , avec d'autant plus d'empressement qu'ils aimaient à contempler cette mer immense que pourtant ils avaient déjà vue bien des fois.

Ce fut donc d'abord avec un vif sentiment de plaisir qu'ils se trouvèrent en présence de ce grand et magnifique tableau , où la main puissante du Dieu qui l'a créé se montre d'une manière si sublime. Aline surtout en fut profondément frappée; mais tout à coup une terreur indéfinissable vint succéder à son admiration. La côte était entièrement déserte, de sombres nuages s'amoncelaient à l'horizon , et

ET LA SŒL'R. 1S5

le morne silence de cette solitude n'était interrompu que parle bruit des flots agités.

« J'ai peur! murmura la jeuue fille en se serrant contre son frère ; ces montagnes de sable , où l'on ne \oit nulle trace de végétation , cette plage isolée , ces eaux menaçantes , tout ici porte dans mon àme un effroi que je ne puis vaincre.

— Retournons sur nos pas , répondit Léonce ; nous prendrons une autre route.

— Non , ce serait une imprudence ; cette crainte va passer ; après tout, elle n'a aucun fondement raisonnable, et je dois m'efforcer de la vaincre. »

Peu à peu, en effet, la pauvre enfant se rassura. Ses joues , d'abord tiès-pàles , reprirent leur doux incarnat ; elle fut la première à plaisanter de ses frayeurs, et chercha même à égayer son frère, qui s'ailligeait de toutes les peines qu'il lui voyait supporter.

Ils n'avançaient toutefois que très-lentement, parce que la lassitude força la jeune fille à faire des haltes fréquentes; aussi l'obscurité commença à s'étendre autour d'eux, sans qu'ils vissent le terme de leur route.

Pour comble de maux , de yiolentes rafales s'étaient élevées tout à coup ; elles leur chassaient au visage une pluie glacée qui les enveloppait comme d'un épais brouillard , et le sable sur lequel ils marchaient devint si mouvant , que leurs pieds s'y enfonçaient à chaque pas.

Excédée de fatigue, se soutenant à peine, Aline, depuis quelques heures, sentait se ranimer toutes les craintes qui l'avaient saisie le matin. « Secourez-nous, mon Dieu! » disaitelle tout bas en s'efforçant de suivre sou frère.

Ce dernier cherchait à l'encourager; mais bientôt, mesurant des >eux, avec un indicible effroi , le peu d'espace qui reste entre les

ET LA SCEUR. 187

flots et les infranchissables dunes , il s'écrie :

« La marée monte î Aline ! la marée monte ! Il faut nous hâter ou nous résoudre à périr ! « Saisissant alors sa sœur dans ses bras , malgré sa résistance, malgré les difficultés du terrain, il l'emporte, et fait près d'un quart de lieue, chargé de ce précieux fardeau.

Cependant à chaque minute les flots s'avancent plus furieux, plus menaçants : quand la vague se dresse et se précipite , on dircù^u'elle va engloutir les deux infortunés.

« Sauve-toi, Léonce! sauve-toi 1 crie Aline éperdue, laisse-moi ici, je t'en conjure, tu consoleras notre père. . ,

— Moi, te laisser, ma sœur! non, non, nous nous sauverons ou nous périrons ensemble , » répond le courageux jeune homme , et il lutte avec une nouvelle énergie contre l'épuisement de ses forces.

Enfin le Ciel prend pitié d'une si épouvau-

table situation. Une calèche vient à passer: celui qui la conduit reste sourd aux cris de détresse que poussent les pauvres enfants ; mais une femme les a entendus; elle ordonne à cet homme inhumain d'arrêter.

" Je n'arrêterai pas, dit- il ; ici, c'est chacun pour soi ; il faut que dans un quart d'heure nous soyons hors de danger , ou c'en est fait de nous.

— N'importe, arrêtez ; je le veux. •

En même temps cette femme généreuse se jette sur les guides, et donne ainsi le temps à Léonce de faire monter sa sœur dans la voiture. Le cocher , furieux , descend alors de son siège , se met auprès des chevaux , qui enfoncent dans le sable jusqu'à mi-jambes, et il les tire en poussant d'horribles jurements.

Léonce aussi s'est mis à la tète des pauvres animaux; il les soutient, il les entraîne, il leur communique l'élan qui l'anime; mais

p déjà les vagues atteignent les roues de la calèche.

« Nous sommes perdus ! dit le cocher.

— Nous sommes sauvés ! s'écrie Léouce ; voici le phare de Furnes; encore quelques pas , et nous y arriverons. «

En effet, peu de minutes après, la voiture roula sur un terrain solide; Léonce se plaça à côté de sa sœur , et ils s'emhrassèrent étroitement, sans articuler un seul mot; car les émotions qu'ils venaient d'éprouver les avaient tellement épuisés l'un et l'autre, qu'ils ne pouvaient plus exprimer la joie dont leurs cœurs étaient alors remplis.

Celle qui avait si puissamment contrihué à les sauver était elle même comme anéantie. Cependant , lorsqu'ils furent tous descendus dans une auberge de Furnes, elle retrouva dans la bonté naturelle à son cœur assez de force pour prodiguer à ses compagnons d'in-

fortune tous les soias que réclamait leur siteation.

La comlesse de Juvigny , c'est ainsi que se nommait cette dame, avait trop d'habitude du monde pour ne pas discerner, dès le premier moment , ce qu'étaient le frère et la soeur sous le rapport de l'éducation. De bonnes manières et un esprit distingué percent à l'insu même de ceux qui les possèdent ; on les reconnaît toujours , quelle que soit l'enveloppe sous laquelle ils se cachent; et ces avantages étaient trop saillants chez nos jeunes proscrits, pour que leur libératrice pût s'y méprendre. Aussi les remarques qu'elle fit sur eux augmentèrent encore le vif intérêt qu'elle se sentait disposée à leur accorder. Après avoir établi Aline dans sa propre chambre, elle la veilla une partie de la nuit avec une sollicitude toute maternelle , et eut enfin la joie, le lendemain matin , de lui voir surmonter l'état de faiblesse dans lequel elle avait été plongée. Un doux échange de reconnaissance et d'affection s'établit alors

eutre elles. Madame de Juvigny , âgée d'environ soixante ans, avait dans toute sa personne une dignité grave qui commandait le respect , sans exclure la confiance, parce qu'on lisait dans ses traits expressifs toute la sensibilité qui animait son cœur. Auprès d'elle, la fille du comte de Barencourt se sentit donc parfaitement à l'aise , et ce fut avec autant de grâce que d'abandon qu'elle lui exprima les sentiments de gratitude dont elle se sentait pénétrée.

« Ne me remerciez pas, lui dit la comtesse , vous savez bien qu'un service rendu porte toujours avec soi sa récompense ; d'ailleurs ce que j'ai fait pour vous , tout autre l'eût fait à ma place, et le prix que vous y attachez me fait plutôt votre obligée que vous n'êtes la mienne. Quoi qu'il en soit , vous m*intéressez trop vivement pour que je n'essaie pas de vous rendre en réalité quelques bons offices. Serai-je indiscrète en vous demandant sur quel point de ce pays vous dirigez vos pas?

192 LE FRÈRK

— Mon frère et moi , Madame , nous nous rendons à Ostende , où nous comptons demeurer quelque temps, si la Providence daigne nous y faire trouver de l'occupation. «

Ici. madame de Juvigny regarda Aline avec une bienveillance toujours croissante. Elle devinait que le frère et la sœur étaient de nouvelles victimes du bouleversement révolutionnaire qu'elle-même avait dû fuir, et cette pensée redoublait la sympathie qu'elle éprouvait déjà pour sa jeune compatriote.

« Je ne vous demande pas vos secrets , lui dit-elle : l'épreuve et la réflexion doivent précéder la conliance ; mais hier, en face du péril qui nous menaçait, nous avons invoqué ensemble la miséricorde céleste; nos cœurs se sont rapprochés dans Tunion de la prière , et , tout en nous connaissant à peine , nous ne sommes déjà plus étrangères l'une à l'an Ire. Veuillez donc accepter les légers services que je puis vous rendre en cette occasion. Quoique

Française , j'ai été forcée , par des malheurs que beaucoup de mes compatriotes partagent, de me fixer à Osteude, oùj'ai ouvert un pensionnat qui est en pleine voie de prospérité. Il m'est donc facile non-seulement de vous conduire dans cette ville , mais encore de vous v offrir un asile où votre jeunesse sera à labri de tout danger. Quant à monsieur votre frère , nous le logerons assez près de nous pour que vous sentiez peu son absence, et j'espère lui être aussi de quelque utilité. »

On peut se figurer avec quelle joie Aline accueillit cette proposition, qui était pour elle en ce moment un véritable bienfait du Ciel. Son frère, qui survint, l'aida à en témoigner sa reconnaissance à leur généreuse protectrice , et quelques moments après ils montèrent en voiture avec cette dame, qui ne cessa pas, le reste de la route, d'avoir pour eux les attentions les plus délicates.

Un chagrin les attendait, cependant, en

arrivant à leur destination. Ainsi que lavait annoncé madame de Juvigny, ils ne purent être logés sous le même toit , et ee fut pour l'un comme pour l'autre une peine très sensible, qu'ils s'efforcèrent néanmoins de renfermer au fond de leur cœur. Du reste, à part cette vive contrariété, ils n'eurent qu'à se féliciter des soins de leur nouvelle amie, qui veillait à tous leurs besoins comme une tendre mère; aussi bientôt ils n'hésitèrent plus à lui accorder une entière conGance qui parut encore redoubler son zèle.

Cependant Léonce n'avait pas encore remis la lettre de recommandation de M. de G***. Elle était adressée à un armateur puissamment riche, nommé Vanderstad, qui jouissait dans le pays d'une grande réputation d'intégrité, et madame de Juvigny engagea fortement le jeune de Baren court à faire usage de cette lettre ; mais il fallait auparavant qu'il quittât , ainsi que sa sœur, les vêtements adoptés chez Marcel, et ee ne fut qu'au bout de trois jours qu'il put

ET LA SflEUR. l95

se présenter chez celui dont on lui avait promis la protection.

I Ainsi que nous l'avons dit , le fils du comte avait eu autrefois un grand fonds de vanité qui lui donnait plus d'assurance que ne semblait devoir en comporter sou âge ; mais depuis sa faute, depuis les malheurs qui s'étaient appesantis sur lui et sur sa famille, il avait enfin I compris que la naissance n'est un titre à la considération des hommes qu'autant qu'elle se trouve accompagnée des vertus qui peuvent lui donner un véritable éclat; et dès lors cette asf surance orgueilleuse , qu'on lui avait souvent reprochée, s'était convertie en une telle défiance de lui même , qu'au premier abord elle lui faisait perdre une grande partie de ses mo}'ens intellectuels.

Ce fut donc avec une extrême timidité qu'il se présenta chez M. Vanderstad. Celui-ci était Belge dans toute l'acception du mot ; c'est-àdire qu'il possédait, comme la plupart de ses

compatriotes , toutes les qualités qui constituent l'homme éminemment loyal, humain et hospitalier; mais, en revanche, on ne trouvait en lui aucune des formes extérieures qui font ressortir ces qualités précieuses. Agé d'environ cinquante ans , et d'une obésité extraordinaire, il avait les mouvements lents et mesurés comme ses paroles , et si le calme habituel de ses traits annonçait une âme honnête , il était impossible d'y démêler ni ses sentiments ni ses impressions : c'était , en un mot, un de ces caractères auprès desquels on se sent en sûreté sans être à Taise, et dont le secret ne se dévoile qu'à l'aide du temps ou des circonstances propres à le mettre en relief.

Cette impassibilité décourageante glaça tellement le jeune proscrit, que ce fut en balbutiant des mots presque inintelligibles qu'il remit sa lettre. Assis dans un immense fauteuil , l'armateur fumait en ce moment une pipe de macouba , dont il paraissait faire ses délices. Il prit le paquet sans rien dire , sans même regarder

ET LA SOLUR. 197

celui qui le lui présentait, et il fallut que ce dernier répétât deux fois le nom de M. de G*** pour qu'enfin M. Vanderstad se décidât à l'ouvrir. Un léger sourire de bienveillance vint cependant éclairer ses traits pendant la lecture attentive qu'il fit de la missive ; puis , quand il l'eut achevée, il donna un siège à Léonce, en face du sien , et lui dit :

" Sojez le bienvenu, Monsieur. Je suis content que M. de G*** ait pensé à moi dans cette occasion. Il me demande pour vous mon amitié, cela ne se donne pas si vite. Nous autres Belges , il nous faut du temps pour nous attacher. Quant à nos services, c'est toujours de bon cœur et sans retard que nous les offrons. Les miens donc vous appartiennent, et vous m'obligerez en me regardant dès ce jour comme votre banquier.

— Je suis pénétré, Monsieur, d'une offre si

généreuse , répondit Léonce eo rougissaot ,

mais je ne puis l'accepter ; seulement , si voff

relations vous permettaient de me procurer un emploi, une occupation quelconque, qui me mît à même de gagner honnêtement ma vie , je m'estimerais bien heureux. >

Ici l'armateur regarda le jeune Français , réfléchit un moment , puis il reprit :

« Avez-vous du goût pour le commerce ?

— Quand la nécessité fait loi , Monsieur, on doit se prêter volontiers à tout ce qui peut , sans blesser l'honneur, nous sauver du besoin.

— C'est bien , cela. Quel âge avez-vous ?

— Bientôt dix-sept ans , Monsieur.

— Vous êtes très-grand pour votre âge , et surtout fort raisonnable. Écoutez, si une place dans mes bureaux peut vous convenir, je vous l'offre. Elle vous vaudra dix-huit cents livres de France , payables de mois en mois.

— C'est trop , beaucoup trop , Monsieur. Permettez que je n'accepte de tels appointe-

nients que quand je serai en e'tat de les gagner.

— Mais si je veux vous les donner, moi î

— Oh ! Monsieur, ce n'est pas une raison. Sans doute , vos généreux procédés remplissent mon cœur d'une reconnaissance profonde ; dès cet instant , tout mon dévouement vous sera acquis dans l'emploi que vous voudrez bien me confier ; mais , encore une fois , je ne dois pas consentir à recevoir au delà de ce que mes faibles talents pourront valoir. Si , par la suite, je réussis à vous être de quelque utilité dans la carrière que vous daignez m'ouvrir, alors , Monsieur, je n'hésiterai certainement pas à accepter le salaire de mes travaux. »

Le jeune homme avait prononcé ces paroles avec un mélange de dignité et de modestie qui, apparemment, acheva de lui gagner la faveur de l'honnête négociant ; car ce dernier, ayant tiré un cordon de sonnette , dit à un domestique qui se présenta :

200 LE FI'.ÈnE

« Joseph , donnez - nous une bouteille de Yolnej, deux verres et des biscottes de Bruxelles. »

L'ordre fut promptement exécuté. Alors M. Vanderstad remplit les deux coupes, en présenta une à son protégé , et lui dit :

« A TOUS , jeune homme , et à monsieur votre père : il a un fils qui lui fait honneur. »

Ce mot , que le Belge avait prononcé avec calme, mais non sans une expression de bouté, toucha vivement Léonce, qui dès ce moment sentit qu'il s'attacherait sans peine à ce nouveau protecteur.

- A demain donc, lui dit celui-ci en le quittant. Venez à neuf heures précises du matin ; j'aime l'exactitude en tout; elle est compagne de l'ordre , et nul homme ne peut réussir s'il ne s'appuie sur ces deux bases. Quant à vos appointements, puisque vous voulez les réduire , on ne vous comptera que cent livres

de France par mois jusqu'à nouvel ordre. Demain , vous me direz aussi à quoi se destine mademoiselle votre sœur, que mon ami me recommande également. Je vous promets pour elle tous les services de madame Vanderstad , qui s'occupera volontiers de la placer, si tel est son dessein et le vôtre. »

Léonce ne put répondre à celte dernière proposition ; mais on concevra avec quelle tranquillité d'esprit il rejoignit sa sœur,

« 0 mon Aline, lui dit- il en l'abordant, j'espère que le malheur va enfin se lasser de nous poursuivre: tout nous réussit à souhait, et si j'en crois cet heureux présage , nous n'aurons plus à craindre l'indigence pour notre père chéri, quand il nous sera rendu. »

Alors il lui raconta en détail ce qui s'était passé entre lui cl l'armateur. Madame de Juvigny , qui se trouvait présente , augmenta encore la joie qu'il ressentait, en l'assurant qu'il

202 LE FJ;ÈRE

pouvait tout attendre désormais delà protection de M. Vanderstad.

« Il a trinqué avec vous, lui dit-elle; chez tous les Belges , c'est un signe certain de bienveillance : chez celui-ci , c'est mieux encore ; c'est une marque d'estime affectueuse qu'il ne prodigue guère , et je ne puis que vous féliciter de l'avoir déjà obtenue. Quant à vous , ma jeune amie, ajouta madame de Juvigny en se tournant vers Aline, l'appui qui vous est offert est sans doute très-honorable; j'espère toutefois qu'il ne l'emportera pas sur le vif désir que j'éprouve de vous fixer auprès de moi. >ous sommes compatriotes , et , sur la terre étrangère , c'est un lien que les cœurs français n'ont jamais repoussé. Il existe entre nous , d'ailleurs, d'autres motifs encore de sympathie : vous pleurez l'absence d'un père ; moi , celle d'un époux; par rapport au rang et à la fortune, nos regrets sont les mêmes; enfin , et par-dessus tout, c'est la Providence qui nous a réunies au milieu du danger. Nous ne devons pas cou-

trarier ses desseins , restons ensemble pour nous entr'aider à porter le fardeau de nos peines. Vous avez de l'instruction , des talents distingués qu'ici vous pouvez faire valoir, et c'est de mon côté que sera toute l'obligation. Consentezvous à accepter cette offre ? «

Pour toute réponse , Aline se jeta dans les bras de madame de Juvigny, et dès ce moment il s'établit entre elles , malgré la différence de leur âge , un tel accord de sentiments et d'actions, qu'on eût pu croire qu'elles ne s'étaient jamais quittées.

Page 1