‹ Le frère Louis [microforme]Chapitre 6 sur 15 · LL. AR. À · texte numérisé non relu

LL. AR. À

le quitteront seront obligés d'en conserver, par-dessous, une petite partie pour

.se rappeler leur ancien état ; 80 que nous

nous réservons d'interdire l’habit monastique (ce qu'à Dieu ne plaise) à ceux d’entre eux qui le déshonoreraient par

. leur conduite. ”

Tous se conformerent à cette ordonnance en bons religieux, et vécurent, autant qu'ils le purent, en véritables enfants de saint François : mais trois seulement gardèrent l’habit de leur ordre.

Ce frrent le Frère Paul, qui se retira à Montréal ; le Frère Mare, qui s'établit à Saint-Thomas de Montmagny ;et le Frère Louis, qui alla demeurer avec son neveu, Louis Bonami, à Saint-Roch, dans la rue Saint-Vallier, où pendant cinquante-deux ans il mena la vie la plus édifiante et la plus exemplaire.

l’ersuadé de la vérité de ce que dit l’auteur de VZmitation de Jésus-Christ :

# Il est plus aisé de demeurer caché dans une retraite que de se bien garder lorsie on 8e a au douar ? il. mena

ainsi pendant plus d’un demi-siècle, la vie humble d’un ermite, sous le regard de Dieu, auquelil avait voué son existence et de qui seul il attendait la récompense des vertus qu’il pratiquait dans le secret.

Il ne sortait de sa demeure que pour accomplir ses devoirs de religion, pour faire des actions inspirées par la charité ou des visites commandées par la réconnaissance ou les bicnséances de dl vie chrétienne.

Pendant les cinquante-deux années de sa vie, écoulées depuis l’incendie du monastère, jusqu’à sa mort, le Frère Louis demeura presque toujours seul dans une partie de la maison qu’il avait acquise et dont lautre partie était occupée par son neveu. Il prenait lui-même soin de son ménage, faisait son lit, balayait ses planchers, chauffait son poêle en hiver et tenait tout dans une propreté et un ordre parfait, Quant à ses repas ils lui étaient apportés tout préparés par son neveu et

son épouse, dont les appartements communiquaient à l'intérieur avec le ‘siens, :

Ms

A ut ed um LE FRÈRE LOUIS 27

Lorsqu'il sortait de s4« maison il portait toujours l’habit de Récollet, ct il ne le quittait duns sa demeure que lorsqu'il était seal et occupé à quelque ouvrage manuel à l’intérieur ou dans son jardin.

Ce costume consistait en une soutane de drap noir, faite à peu près comme les soutanes des Jésuites, mais ayant de plus le capuchon légendaire y attenant.

La couleur des soutanes des religieux de

Tordre de r“int François est celle que l'on appelle couleur de café, mais il est probable que les draps de cette couleur étant alors fort rares, le bon frère Louis

fut obligé de porter une soutane de drap noir, Dans tous les cas il la tenait tou-

jours dans une grande propreté. Un

cordon bleu, auquel était suspendu un grand chapelet à gros grains, lui servait de ceinture. Lorsqu'il sortait dans les rues, il portait de plus un manteau de

drap noir dont le -collet passait sous le __ capuchon de sa soutane. Il ne portait rie point de chapeau en été, mais il avait la

ouverte d’une calotte sement

28 LE FL:RE LOUIS op En ti Daus l’hiver, il portait un casque plus remarquable par son ampleur que par l» | richesse de la fourrure. ne On dit en proverbe que ce n’est pas | l’habit qui fait le moine, c’est vrai ; mais il faut bien avouer cependant que toujours l’habit ecclésiastique ou religieux commande le respect pour celui qui le " ; porte, parcequ’il est le signe extérieur de ‘ Fhomme de Dieu qui doit être parfait et 4 Fa disposé à toutes sortes de bonnes œuvres,” ah: dit saint Paul. (1) Les grandes vertus, :

en cffet, et les grands sacrifices ne sontils pas le partage surtout de ceux qui portent cet habit ou ont droit de le porter ? Qu'on en Juge par les personnes des deux sexes qui, sous lhabit religieux,

‘ consacrent leur vie toute entière au service de Dieu et à ‘ toutes sortes de bonnes œuvres.

D’après cette manière de voir et de juger, on comprend pourquoi le Frère .

Louis était si respectable et si respecté :

avec sou Ab. de ses ul étaï pres:

de la vertu et était propre À faire renaître

que octogénaire lorsque je l'ai connu, c’est-à-dire de 1835 à sa mort, et bien des

‘ois je l’ai vu passer dans les rues, ou dans les corridors du séminaire, marchant courbé et appuyé sur une grande canne à pommeau d'argent qu’il tenait par les deux tiers de sa hauteur. (C’était dans le temps un vieillard vénérable et vénéré de tous, non seulement À cause de l’habit qu’il portait et qui rappelait les premiers missionnaires du pays, mais à cause de ses vertus et de la belle couronne de cheveux llancs qui excédait la calotte dont sa tête était couverte. Chacun saluait avec respect ce bon Frère Louis, au teint jaune «t basané, aux yeux noirs et vifs, au regard spirituel et intelligent, qui, toujours appuyé dé la “main droite sur son bâton de vieillesse, rendait de la main gauche un salut gracieux accompagné d’ün aimable sourire. On était content de le rencontrer. La vue de ce religieux, à la fois si austère, si bon et, en apparence, si heureux, portait à l'amour

ent

__ou à entretenir dans le cœur les Re T de l’éternité.

Presque toutes les semaines, en été surtout, on le voyait s’acheminer vers la porte de la chambre de M. Antoine Parent, du séminaire, son confesseur et son ami particulier. M. Parent aimait à se tenir souvent sous clef dans sa chambre, de même qu’il aimait à surprendre les écoliers en faute, contre le règlement, à les dotcher, comme on disaït familièrement alors; maïs il était convenu entre les deux membres de cette petite société secrète, de frapper à la porte d’une manière particulière et,.à ce signal, elle s’ouvrait.

Souvent on le ovale le jeudi matin

assister à la messe de communauté des

écoliers et y communier sur les marches

de l'autel. Il y à plus de quarante ans

qu’il est mort, et cependant le souvenir de la manière picuse et recueillie avec

laquelle il se tenait dans le chœur, et avec laquelle aussi on le voyait S'ApPETOcher de l'autel et en revenir, est resté :

rpg manenanrminenmndn miennes me

profondément gravé dans ma mémoire.

Ce jour-là il dînait À la table du séminaire où on lui donnait place à côté de l’évêque ou à côté du supérieur ; mais

re lorsqu'il y avait ce qu’on appelait. alors

Jonction, c’est-à-dire, lorsqu'on joignait la table des ecclésiastiques À celle des prètres pour n’en faire qu’une, dans certaines grandes fêtes, comme celle de l'évêque ou du supérietr, le Frère Louis alors, comme étant laïque, prenait place à l’extrémité de la table des ecclésiastiques.

Le Frère Louis assistait régulièrement, le dimanche et les Jours de fêtes, aux offices du matin et du soir dans l'église de Saint-Roch, sa paroisse, et c'était dans cette église qu’il communiait ce jour-là.

Il se plaçait au price-dieu qu’on avait mis au bas-chœur pour son usage. Il ne portait jamais le surplis.

C'était un religieux bien populaire à Québec, comme au reste l’étaient aussi autrefois tous les Frères Récollets, lors-

qu'ils vivaient en communauté, Leur … #aieté habituelle, leyr cordiale hospitalité,

82 1e FRÈRE LOUIS

les services qu’ils aimaient à rendre. ..., tout enfin dans leur conduite leur avait mérité l’amitié qu'ôn avait pour -eux, et cette grande popularité qu’on proclamait en chantant :

J'ai cent sujets d'aimer les Récollets :

C'est un troupeau de bons garçons Qui vivent sans facons. .....(1)

(1) Celui:qui pourrait trouver et reproduire pour le public cette ancienne chanson populaire sur les Récollets, mériterait une belle image. Elle a dû êtrecomposée lorsqu'ils étaient encore à leur première résidence de Notre-Dame des Anges de l’Hôpital-Général, c’est-à-dire avant 1698, à en juger par.cette partie d’un couplet que j'ai entendu fre donner autrefois par une vieille fille à mon service :

‘ Ntre petite rivière, Avec sa mine un peu fière, Sait plaire à plusieurs. ’’

IL y avait ainsi autrefois plusieurs chansons et complaintes populaires, plus ou moins historiques, et quiseraitent : en proprés à faire connaître l’esprit du temps où «!:es furent composées, mais qu'on # oubliées et qu’on ne retrouve -plus aujourd’hui. Telles Ja chanson, cn. vogue ‘en 1837, dont chaque couplet se terminait par le refrain : ‘‘ C'est la faute à Papineau,” la complainte sur la mort de M.

Hubert, curé de Québec, noyé le 21 mmai 179% en face:de Québec ; la chanson du père de M. Louis de Gonzague Baillargé contre le gouverneur Craig,

vendue sur le marché èn 1810, et qui, plus que tout

er ss, ‘contribue à le dét-rminer à bons ns

LR

6 J'ai toujours aimé les Récollets,” dit M. de Gaspé dans ses Mémoires, et il n’était pas le seu! qui nourrissait ce sentiment à leur égard: car, lorsque j'étais encore enfant, j'ai souvent entendu mes vieux parents. et autres de Charlesbourg, parler avec plaisir des bons Frères Récollets. J’aimais moimême à écouter le récit des petites histoires amusantes qu’ils leur avaient racontées lorsqu'ils passaient dans la paroïsse pour faire leurs quêtes ordinaires. J’aimais surtout à entendre chanter certains couplets de leurs petites chansons, souvent poivrées de quelques petites malices sur le capuchon.

Partout à la campagne on était heureux de les recevoir, afin d’apprendre d'eux les nouvelles du jour les plus fraîches et ce qu’on disait dans la ville ; car, dans ce bon vieux temps, il n’y avait pas d’autres gazettes, pour les habitants

son coup d'état contre le Canadien, se: rédacteurs

- +-et son propriétaire. Elles ne soraient peut-être pas

déplacées dans une nouvelle édition du recueil de

. Gagnon.

ii do

de la campagne, que les récits de ces bons Frères Récoilets, des marchands ambulants, portant cassette, et des fondeurs de cuillères. Trois sortes d'états bien différents, il est vrai, mais également utiles pour répandre les nouvelles et également aussi disparus aujourd’hai,

Dans les paroisses avoisinaut la ville surtout, on aimait toujours à les voir arriver et on les conduisait volontiers en carriole (car c'était presque toujours en hiver qu’ils passaient), de maison en mat son pour leurs quêtes. Ces anuêtes étaient abondantes, non sculerrent parce qu'on aimait à remplir envers eux le précepte de la charité, ordinairement si bien observé par le peuple canadien, mais aussi parce qu’on avait un peu d'intérêt à le faire. C’est qu’en effet lorsque les habitants voisins de la viile allaient au marché, ïls ne faisaient pas difficulté d’aller quelquefois prendre un ‘repas au monastère, ou plutôt au couvent des Ré.

collets, comme on disait presque toujours, M où Phcspitalité la plus généreuse, assai- + DR

te RC ne x

placer, ou plutôt dételer, les chevaux

quelquefois il était invité à prendre le répas dans les meilleures familles de la ville, où, tout en égayant les convives

sonnée de la plus franche gaiété, leur était donnée. Fouvenf même dans les gros mauvais temps de l’hiver, on allait

dans leur petite écurie, où ces bons scrviteurs de l’homme recevalent, eux aussi, Phcspitalité qui répondait À leurs besoins.

Le Frère Louis avait transporté avec lui, dans sa demeure de la rue Saint- Vallier, une grande partie des goûts, des usages et des manières qu’il avait contracés dans la vie de communauté du monastère; mais il fut cbligé de les modifier unique peu pour répondre aux exigences de sa nouvelle position et de ses rapports avec la société au milieu de laquelle il lui fallut vivre. Toutefois, sa régularité dans les exercices religieux, son caractère rempli d’amabilité, ses manières toujours dignes et les saillies de son esprit un peu caustique restèrent les mêmes. On recherchait sa compagnie et

par le chant de quelques couplets de: petites chansons comiques, il édifiait tou- Jours par sa conversation digne de l’habit de saint François qu’il portais et qu’il 8 savait faire respecter. Avant ces repas, on lui faisait dire l’Angelus, selon l'usage général alors, et, après les repas, il remerciaif Dieu avec les convives, qui admiraient la piété avec laquelle il 8 acquittait de ces prières.

Pendant longtemps, il alla presque chaque semaine dîner chez un vieil ami, M.

François Langlois, à la basse-ville. Pendant longtemps aussi il garda l’usage de donner lui-même un repas tous les ans, en hiver, aux membres du cl-"gé de Québec, qui était peu nombreux alors, et on se rendait avec plaisir à son invitation.

Il donnait aussi un repas à plusieurs laïques distingués de la ville. On trouverait un peu étrange aujourd’hui cct usage d’un religieux ; mais autres temps, a autres mœurs et dits coutumes.

Il faut dire d’abord que Québec est

; peut-être la ville de la province où on a.

| LE MKÈRE LOUIS 37 ee ne toujours su le mieux s’amuser—et de la

manière la plus convenable. (C’est À Québec aussi qn’ont été je mieux conservés les usages de bor.ae société que Charlevoix y avait trouvés, et dont il fait un si bel éloge. Au temps dont il parle, c’està-dire avant la révolution de 1857 (qui à été suivie de bien d’autres révolutions d’un autre genre), ces usages, quoique déjà un peu changés,étaient cependant encore bien différents de ceux que la mode exige aujourd’hui. L'élite de la société canadienne à Québec était composée de membres qui se regardaient, presque tous. comme les enfants d’une même famille dont faisaient partie les prêtres de la ville et le Frère Louis. Les divisions politiques n'existaient presque pas alors, ou du moins n'étaient pas aussi accentuées qu’au- Jjourd’hui ; on n’était pas, par conséquent, exposé à ces fâcheux résultats qu’elles produisent entre les amis et quelquefois même au foyer domestique. On était À peu près tous patriotes, c’est-à-dire unis et d'accord, prêtres et laïques, pour blä-

mer et combattre l’oligarchie étrangère qui circonvenait l’autorité et pesait sur le peuple canadien. Les bureaucrales, c’est-à-dire ceux qui soutenaient l’oligarchie, étaient l'exception.

T1 y avait entre le clergé et les principaux citoyens de la ville une sympathie franche 4111 se manifestait par des réunions intimes où on se rendait sans trop se préoccuper de l’étiquelte de certaines

cérémonies préliminaires, auxquelles on.

attache aujourd’hui beaucoup d’importance. Les grands repas et les grandes soirées officielles, où on mange, presque sans desserrer les dents, le menu de la table dont les journaux recueillent les r'iettes pour les faire goûter à leurs lecteurs, et où il n’est permis de parler et de rire qu'avec poids et mesure, étaient rares et peu recherchés. On aimait, au contraire, ces réunions intimes où chacun pouvait donner libre expansion à la joie -etlibre cours aux bons mots et au franc

parler, si naturels aux Oanadions, Après les mariages, les heureux couples ne par-

D rar

taient pas, ou n’étaient pas supposés partir pour de longs voyages, comme aujourd’hui, maïs ou allait tout simplement faire une petite premenade en calèche ou en carriole, suivant la saison, et prendre uu réveillon à la Maison Bleue (1) après avoir dansé quelques cotillons et rigodons ; puis on revenait content.

Les repas de famille ou d’amis d’autre-

(1) Cette Maison Bleue, si longtemps célèbre comme rendez-vous des bons vivants et des bons buveurs, exists ouecrs aujourd’hui devant l'Hôpital du Sacré Cœur auquel elle appartient. Ce n'était pas seulemen; la classe ouvrière qui s’y donnait des rendezvous pour y fricoter, £e'on l'expression reçue, mais un bon nombre de bourgeois même, surtout en hiver, y faisaient de joyeuses réunions à la bonne franquette, comme on disait alors, dans lesquelles la gaiété débordait partout sans entraves. On revenait content de ces yrands voyages à la campagne, p'us ccnten peut-être et plus satisfait qu’on ne l’est aujourl’hui au retour de ces voyages de long cours, annoncés dans les journaux, et qui sont quelquefvis prudemmen: et secrètement réduits à des voyages de petits cours.

La Muison Bleue est bièn déchue de son:ancienne splendeur et elle. reste là encore debout aujour-

comparaison entre le passé et le présent, et aussi

. comme un témoin et une preuve des progrès opérés

depuis qu'elle a été construite,

d’hui malgré sa désrépitude, comme un terme de

à son manoir de la rue du Palais, à Québec.

fois n’étaient pas le privilège des laïques seuls. On a vu que le Père Berey donnait des dîners ou des soupers dans sa maison de la rue Saint-Louis ; après lui M. André Doucet, qui remplaça en 1807 Mgr Plessis comme euré de Québec, invitait À sa table les premiers citoyens de Québec et quelquefois même des officiers anslais de l’armée régulière en garnison dans la ville. Le grand vicaire Deschenaux, curé de L’Ancienne-Lorette, donnait souvent, le jeudi, des dîers à ses amis de la ville, en la maïson qu’il possédait dans la rue du Palais. (1) Il n’était

(1) On pourrait dire qu’il y avait deux personnes en M. Deschenaux, le curé et le seigneur. Comme curé il était d’une générosité et d’une charité vraiment exemplaires. On dis qu’il distribuait en bonnes œuvres tous ses revenus ecclésiastiques, dime et casuel, et qu’il donnait surtout aux pauvres qui trouvaient table mise pour eux tous les jours à 114 heures. Un petite cloche placée sur la cuisine de son presbytère les appelait régulièrement à cette beure.

Comme seigneur, et il l’était triplement, ayant recu de son père trois seigneuries en héritage, il

ge croyait tenu, suivant l'esprit et les coutumes du régime féodal qui n’était pas encore entièrement dis-

parus du pays, de recevoir ses amis’et de les traiter

donc pas surprenant de vrir le Frère Louis donner aussi ses repas pendgnt les-

quels il savait égayer ses convives par sa

conversation spirituelle et sa fine riposte.

Après ces repas donnés chaque hiver aux prêtres et aux laïques, il invitait ses parents à leur tour. C'était, leur disait-il, avec cet air narquoiïs dont ses petits yeux trahissaient volontairement la fine malice, pour leur faire manger les restes.

Au jour de l’an, il receveit les visites des prêtres et des principaux citoyeus de la ville, qui aimaient à donner cette marque d’égards au dernier représentant des KRécollets à Québec.

La première occupation, bien digne d’ur Frère Récollet, à laquelle le Frère Louis se livra tout d’abord après l’incendie du monastère, fut de faire l’école dans la maison de la rue Saint-Vallier où

il s'était retiré. “lsc livra ainsi à l’en-

seiguement pendant environ treute ans, avec une patience, re bonté et un dévouement dont ses élèves conservèrent

toujours le meilleur souveni» Il était

42 LE FRÈRE LOUIS | fier lui-même dé ses élèves lorsqu'il les voyaïltréussir dans le monde et parvenir à de bonnes situations. Un de ses anciens élèves, M. Félix Bigaouctte, mort il y.a quelques années à un âge très avancé, m’aditau’il leur en parlait souvent dans son école. Il aimait à dire surtout qu’il avait fait la classe à des #vèques (Probablement les évêques Turgcon, Bourget et Cooke).

Ce n’était pas un professeur gradué et muni des diplômes qu’on exige aujourd’hui, encore moins un docteur ès lettres:

on ne visait pas si haut alors. D'ailleurs,

il n’était pas nécéssaire de donner l’éducation qu’on donne aujourd’hui dans les académies, les écoles modèles et même dans les écoles élémentaires. La nécessité de former des jeunes gens pour les bureaux du gouvernement, pour les bureaux de chemin de fer......, n’existait pas Lu ou ge faisait À peine sentir avant 1825, époque vers laquelle le Frère Louis cessa de faire l’école. Le commerce en gros + n’était fait que par un bien petit nombre

HENGRE x

Québoc,

me

de marchands, et cette carrière du commerce en gros n’était pas même encore ouverte À nos compatriotes canadiens. (1)

Le Frère Louis se contentait donc d’enseigner à lire, À tous ses élèves ; À écrire sur des exrmples imprimés, À plusieurs ; à calculer selon les quatre premières règles de l’arithmétique, à un moindre nombre ; et enfin aux plus fortes têtes de la classe, les éléments de la grammaire française sur lesquels il faisait des raisonnements de la force de celui-ci: “Le substantif doit s’accorder avec l’adjectif en genre et en nombre. (Ca doit être de même parce que c’est comme ça, et que ça ne peut pas être autrement.”

Et persuadé qu’il n’y avait pas d’autres «isonnements à fuire ni d’autres preuves à donner à son auditoire peu attentif et ctourdi, il riuit sous cape, ou plutôt sous

ns le ne ne ae de donne nanes rome mme

(1) Les promiers marchands importateurs de Qué- Joe furent, je cr is, MAT. Louis Massue et Boisgeau, dent le ma ;astn était à :’oxtrémité de la rue de la Fabrique. Deux russ do Saint-Sauveur portent les noms de ces deux premiers marchands en gros de

LE FRÈKE LOUIS Re rare on Gt à capuchon, de sa démonstration savante.

Le Frère Louis ne dépassait point le cadre qui renfermaitles sciences dont je viens de parler. C’était le soul d’ailleurs convenable et utile à la presque totalité de ses élèves, et il laissait volontiers au séminaire de Québec le soin de la haute éducation d’un cours classique,

Mais ce qu’il aimait le plus à faire, ce qui au reste est le plus utile et le plus nécessaire pour tous, c'était d'enseigner les prières et la lettre du petit catéchisme.

Sous ce rapport il a rendu de grands services.

Le Frère Louis était bon ouvrier ct excellent jardinier, et les profits qu’il retirait de son travail et de son industrie suflirent toujours pour le faire vivre à l'aise dans son hermitage de la rue Saint- Vallier. Son habileté paraissait surtout dans la confection des petites couronnes ou diadèmes u’on plaçait autrefois sur les ostensoirs, lorsqu'on exposait le Saint Sacrement à la vénération publique, aux __ saluts et dans d’autres circonstances, Il

faisait ou réparait aussi plusieurs petits objets d’orfévrerie.

Les fleurs de son beau jardin étaient en grande renommée ct bien recherchées; aussi les vendait-il avec bon profit. Il y soignait non seulement les fleurs, mais aussi les légumes ct les arbres fruitiers. (1)

Une autre occupation à laquelle il se livra, dès les premières années de sa solitude, fut de faire des hosties et des cieres ; mais il laissa bientôt à son neveu Bonami cette dernière industrie et conserva pour lui seul l’occupation de faire des hosties. Ce travail lui plaisait. Le moule dont il se servait lui avait été donné par le grand-vicaire Deschenaux.

Plusieurs curés autrefois avaient de ces moules à hosties avec lesquels ils faisaient eux-mêmes les hosties pour leurs fabriques et pour celles de leurs voisins. C’é-

(1) D'un heureux coin ds terre il soigna la parure, Et tout près do ses voux il rangea sous se: iois, Des arbres favoris et des fieurs de son choix.

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