‹ Le frondeur, comedie en un acte et en versChapitre 21 sur 26 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

. LISIMON.

Mieux vaudroit n’être pas vengé de cette injure. Mais fort heureusement les arts , l’agriculture ,

Le commerce, les lois, tout prospère et fleurit.

Je ne vois nulle part le mal qui vous aigrit.

Lisimon, c'est ainsi que juge le vulgaire.

Vous, qui n’en êtes point, croiriez-vous nécessaire A l'Etat , au monarque , à sa sécurité ,

Que le peuple éprouvât tant de félicité?

LISIMON.

Mais en ce genre donc l’excès est -il possible?

Il l’est très-fort, mon cher, et la chose est sensible. On ne songe à présent qu'à d’utiles travaux.

La paix à l’industrie ouvre tous les canaux;

Eh ! qui peut ignorer qu’une extrême opulence Doit engendrer bientôt l’esprit d’indépendance, Qu’une soif dévorante est le produit de l'or,

Que quand on en regorge, on en désire encor,

Que rien ne satisfait un peuple insatiable,

Que par son bonheur même il devient misérable ? LISIMON.

Tu veux plaisanter.

Non. La médiocrité,

Voilà ce qu’il lui faut. Tant de prospérité,

Tout ce luxe de biens, que la paix nous apprête,

Ne peut que l’éblouir, et lui tourner la tête.

LISIMON.

De ces maximes-là je reste confondu.

Rien n’cst plus vrai pourtant , et l’Etat est perdu Par ce câline subit dont la douceur traîtresse Eteindra le courage au sein de la mollesse.

Cette sérénité me cause un juste cfTroi.

Le peuple avoil besoin d’un homme tel que moi. LISIMON.

II n’en a nul besoin. Il lui falloit un père;

Le ciel nous a rendu cet appui tutélaire.

Si nous avions encor quelque chose à souffrir,

Des maux qu'il n’a point faits il sauroit nous guérir. Repose toi sur lui du destin de la France,

Et ne crains pas de voir périr notre vaillance;

Va, c'est le feu sacré qui dans les cœurs français,

Tant qu'ils palpiteront, ne s'éteindra jamais;

Des Bourbons c'est toujours le brillant apanage;

Elle anime chez eux et tout sexe et tout âge.

Tu n’as pu l'oublier. A l’Univers surpris .

Des exemples anciens et récens l’ont appris.

Va, la mollesse ici n’aurajamais d'esclaves;

Nous pouvons cesser d'être, et non pas d’être braves.

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