‹ Le frondeur, comedie en un acte et en versChapitre 6 sur 26 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Cette crainte commence à m'impatienter.

Enfin, résolument tu le veux.

Oui, te dis-je,

Lisimon , l’amitié t’en conjure et l'exige.

LISIMON.

Il faut céder. Eh bien, en tous lieux sont vantés ies solides talens, les grandes qualités Qui semblent t'appeler aux places éminentes;

Mais on ne peut souffrir les plaintes éclatantes Dont tu vas fatiguant la ville et les faubourgs Sur la légèreté, l’aveuglement des cours,

Sur ce qu’ici l’on manque à te rendre assez vite La justice qu’on doit à ton rare mérite.

Cet excès d’amour-propre en ternit bien l'éclat.

« Il se croit nécessaire au bonheur de l'Etat,

» Dit-on , ou bien plutôt au salut de la France.

» 11 croit connoîtrc tout : la guerre, la finance,

»> Le commerce, les arts, et la prose et les vers.

» Il décide sur tout , et souvent de travers.

» A trouver tout mauvais déterminé d’avance,

» Ce qu’il dit n'est souveut rien moins que ce qu'il pense. » Jaloux de toute gloire, il blâme tel écrit » Dont il vouloit bien cher payer le manuscrit.

» Les grâces , la beauté , les saphos de notre âge » Ne sont pas â l'abri de son humeur sauvage.

» Les égards qu’on leur doit lui semblent inconnus,

» Et comme Diomède, il eût blessé Vénus.

» Au théâtre il refuse , en ses jours de colère,

» A Talma l’énergie, à Mars le don de plaire (i).

» Scs burlesques arrêts n’excitent que les ris.

» Mais de douleur souvent il fait pousser des cris,

» Enfonce avec fureur les traits de la satire ,

» Et ne sauroit parler si ce n’est pour médire.

» Que s’il étoit en place, ah ! tout iroit au mieux.

»s Le masque du frondeur cache un ambitieux.

» Suivant les lieux, les temps, il sait changer de style, » Et flatter à la cour, comme il fronde à la ville.

» On dédaigne l'encens qu’il y va prodiguer,

» Et c’est toujours sans fruit qu’on le voit intriguer.

» De n’êtrc point aimé faut-il donc qu’il s’étonne?

» Personne ne lui plaît ; il ne plaît à personne. »

Voilà ce que l’on dit.

Voilà de sots propos.

USIMON.

Sans doute, et bien peu faits pour troubler ton repos. DORIVAL.

Tu pouvois te passer très-fort de les redire.

LISIMON.

Tu viens de l’exiger, et même avec empire;

Il falloit bien se rendre enfin à ton désir.

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Et mon frère l’a fait avec un grand plaisir.

C’est être officieux.

LISIMON.

Laissons là ces misères,

Dorival , et parlons un peu de nos affaires.

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(i) Voyci la noie à la fin. '

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