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II. LA PRISE DE POSSESSION DES SYNDICATS

La situation des syndicats était assez confuse en 1933. L’accroissement continu du nombre des chômeurs avait évidemment rendu difficile leur situation financière. De plus ils avaient rencontré, depuis le 16 août 1930, d’ardents adversaires

dans les cellules d’entreprises nationales-socialistes dirigées de Munich. Ces cellules avaient eu à l’origine un recrutement assez lent ; à la fin de l’année 1930, le nombre de leurs adhérents n’atteignait pas 2.000 membres ; elles n’offraient aucun avantage à leurs membres, c’étaient des organismes de combat qui en 1933 ne groupaient que 233.000 membres.

En face de ces cellules les syndicats ouvriers socialistes, chrétiens et démocrates dont les effectifs diminuaient sensiblement depuis 1921 (7 millions de membres) rassemblaient, en 1930, 5.643.841 membres et en 1931 5.145.168 membres. Mais en 1932 le nombre des syndiqués ne dépassait que de peu quatre millions. Il faut ajouter qu'il existait un mouvement formé par les communistes interdit par l’État dès 1932 et qui ne dépassait pas 160.000 membres { Rote Gewerkschaftsopposition).

Officiellement la prise de possession des syndicats en 1933 est justifiée par leur situation financière critique qui ne leur avait plus permis de verser à leurs membres les prestations auxquelles ils avaient droit et le souci de protéger les travailleurs syndiqués dans leur propre intérêt. Ce point est difficilement contrôlable et ne permet pas, au surplus, de comprendre les difficultés juridiques auxquelles a donné lieu la dévolution du patrimoine des syndicats (1) s’il était inexistant. On reprochaït en outre aux syndicats leur luxe bureaucratique, leur esprit égoïste, leur désir de chicane, la corruption de leurs chefs.

(1) Voir infra, Deuxiéme partie, chapitre v-11

Ils seraient en fait devenus étrangers à leurs buts primitifs.

La soumission du Secrétaire général des syndicats socialistes Leipert effectuée le 21 mars 1933 (« les grandes associations professionnelles, disait ce dernier, sont conscientes de leur devoir, en ce jour qui pour le pays et le peuple revêt une importance historique ») ne sauva pas les syndicats.

Leur prise de possession fut décidée à la fin du mois d’avril 1933 par le Chancelier. Elle fut réalisée le 2 mai 1933 à dix heures du matin, le lendemain de la première fête du Travail national, qui avait réuni plus d’un million de personnes à l’aérodrome de Tempelhof. Les cellules d’entreprises et les milices nationales-socialistes occupèrent les bâtiments des syndicats et arrêtèrent leurs principaux dirigeants. Quelques jours plus tard disparurent aussi les syndicats chrétiens et les autres syndicats.

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