ALPHONSE ESQUIROS
DEUX mim.
PREIUIEUE LETTttE.
Tu m'en veux , Alphonse , n'est-il pas vrai? lu m'en veux de mon long silence, et pourtant tu ne sais pas jusqu'à quel point je suis coupable envers loi. Tu m'as envoyé le bonheur , et je ne l'ai pas même remercié.
204 DEUX LLITKES.
Pardonne, ami; depuis six mois je n'ai pensé qu'à elle , je n'ai parle que d'elle , je n'ai écrit qu'à elle. Mais elle ! je te la dois , toute ma vie ne pourrait acquitter cette dette. Tu ne sais rien de ma position. Tu vas croire que je suis fou , et il y a des moments où je le crois aussi. Écoule-moi donc : je tâcherai de mettre un peu d'ordre dans mon récit. Toi, dont le cœur est si tendre, tu devineras ce que je ne dirai point ; tu comprendras que mon âme est trop pleine de joie pour l'exprimer tout entière.
Nous nous sommes séparés bien jeunes , à peine connaissions-nous le monde alors ; déjà tu te montrais ce que tu es devenu depuis, un homme noble et généreux . Déjà mon mal heureux caractère s'était dé veloppé. Tu m'as plaint bien souvent; félicite-moi, j'ai trouvé mon ange, il m'a conduitauciel!
J'ai encore à l'imagination le jour de ton
départ, tes dernières paroles sont gravées dans ma mémoire en traits ineffaçables.
— Ernest , me dis-tu , notre existence va commencer, nous quittons les écoles pour entrer dans la carrière ; si tu ne sais pas mettre un frein h tes impétueuses passions, si tu n'as pas le courage de souffrir pour monter à ta place, tu resteras dans les rangs secondaires et tu souffriras mille fois plus encore.
C'était une prédiction ! Nous avions vingt ans, nous en avons trente; depuis ce moment, je n'ai pas connu deux jours de calme. Tu sais que je suis riche , orphelin , libre de mon temps et de mes démarches. Je croyais le monde si beau que je le cherchais comme un refuge contre les chagrins. Ils m'y accablèrent tous. Je m'attachai passionnément à une jeune fille ; nous devions nous marier: un riche étranger me l'enleva. Quel-
que temps après, une veuve, plus belle peut-être, reçut mou houimage. Je m'imaginais qu'enfin rien ne s'opposerait à mon bonheur. Elle m'aimait, ou du moins elle le croyait, et moi aussi. Nous ne nous quittions pas. Un jour, nous galopions ensemble. Ivre d'amour, je ne m'occupais que d'elle. Mon cheval rencontra une pierre; je lus jeté à vingt pas de là , avec une cuisse cassée. Mon amazone partit le lendemain; elle ne voulait pas d'un mari estropié. Je faillis perdre la tète de désespoir. Dès lors je pris les femmes en haine , ou , pour parler plus juste, je les jugeai d'après mes deux infidèles ; je les adorais sans les estimer. C'étaient de charmants joyaux que je brisais quand j'en étais las. Je ne leur demandais qu'une seule chose, la beauté. Pourvuqu'une femme fût belle , je ne songeais ni à son esprit ni à son caractère ; pourvu que tout Pa-
ris connût mon triomphe, qu'il me fût envié par mes rivaux , je ne m'occupais pas de ce qui pouvait en résulter. Je n'avouais jamais rien, mais je voulais qu'on devinât. Tout cela n'était que jouissance d'amour-propre; aussi en fus-je bientôt fatigué. Je ne me donnais plus la peine de faire des frais ; j'étais à la mode , cela me suffisait ; et je crois que mon impertinence et ma fatuité me valurent plus de conquêtes que si j'avais possédé un mérite réel.
Au commencement de l'hiver dernier ma sœur se maria ; elle épousa le frère de ta cousine , cher Alphonse , et ce fut cette cousine qui m'apporta la seule lettre de loi que j'eusse reçue depuis bien longtemps. La manière dont nous fîmes connaissance est bizarre. C'était à un grand bal chez ma tante ; je m'y ennuyais à périr ; j'avais lait trois Ibis le tour des salons sans parvenir à
me distraire , et j'allais rentrer chez moi, lorsque matante me pria de faire danser une femme qu'elle me désigna et qui n'avait pas encore quitté sa chaise. Cette femme , c'était madame d'Orvins, c'était ta cousine: je me mis à la regarder. Cet examen ne lui fut pas favorable. Un visage horriblement marqué de petite-vérole , des yeux fort petits , mais lançant des flammes; une belle taille, delà distinction , un joli pied : puis une toilette simple, la poitrine et les épaules très couvertes; rien d'éclatant ; enfin , ce choix d'ajustement qui prouve qu'on sait ce qui convient. Cette femme est bien laide, me dis-je ; pourtant elle a de la physionomie , et je suis sûr qu'elle a de l'esprit. Elle est mise de manière à ce qu'on ne la remarque pas ; c'est ce qu'elle a de mieux à faire, .l'hésitais pourtant à l'engager ; il me semblaitquej'allaiscompromettremongoût;une
nouvelle demande de ma tante me décida. Madame d'Orvins meremerciaavec le plus agréable sourire , qui me laissa voir d'admirables dents : elle m'adressa la parole , et je restai sous le charme. Tu connais cet organe enchanteur. Elle me raconta tout ce dont tu Tavais chargée pour ton ami d'enfance , me donna mille détails sur ta fortune, ta position , ton aimable compagne , etjenesais comment cela se fit, quand la contredanse fut finie , je me plaçai auprès d'elle ; j'y restai tant que dura le bal , et je ne m'ennuyai plus. On me plaisanta sur ma longue conversation; il n'était pas dans mes habitudes de m'occuper ainsi d'une femme laide; aussi altribua-t-on à mon désœuvremen t la faveur que j'avais daigné accorder à madame d'Orvins. Personne n'imagina que je pusse songer à elle; moi-même je ne le croyais pas possible alors.
J'avais obtenu la permission d'aller le lendemain chercher ta lettre; je m'empressai d'en profiter. Ta cousine me reçut dans un charmant appartement ; noire conversation de la veille servit de thème à celle du ^our , nous parlâmes moins de toi et davantage de nous ; la noce de ma sœur nous fournit des occasions fréquentes de nous réunir. Presquechaque soir nous nous rencontrions; mais bientôt ces rencontres dans le monde me parurent insuffisantes : j'essayai une nouvelle visite; elle me reçut bien: je m'y oubliai trois heures. Cette femme est si aimable quand elle n'est plus intimidée par la conscience de sa laideur ! Après un mois de connaissance , nous étions presque des amis. J'avais raconté ma vie h celte chère Athénais; elle connaissait mes erreurs, mes déceptions; de son côté elle m'avait accordé quelques moments de confiance.
DFIX LETTRES. 271
Un soir, je ne l'onblierai jamais! nous avions été ensemble aux Bouffes, je la ramenai chez elle ; ma sœur et son mari nous quittèrent , nous restâmes seuls. On avait donné la Gazza. J'étais sous le charme de celte ravissante musique et de la voix de madame Malibran. Athénaïs me parlait, je répondais par monosyllabes. — Mon Dieu ! me dit-elle, vous aimez donc bien la musique? Voulez-vous que je vous en fasse? — J'acceptai. — Songez que vous allez être initié dans mon secret le plus intime, iMon mari, ma famille et deux ou trois amis l'ont seuls connu. Depuis mon arrivée dans ce Paris, où tout fait événement, j'ai prié mon frère de cacher avec soin mon cher trésor. Une fomme comme moi doit éviter, autant que possible, d'attirer l'attention. Obscurité, c'est ma devise. — Comment, m'écriaije, vous chantez? — Un peu, répondit-elle
en souriant avec malice ; voulez-vous m'écouter? Ouvrant son piano, elle préluda quelques minutes, puis elle commença la cavatine que nous avions entendue au théâtre, et jamais elle ne fut chantée avec cette perfection.
Je n'avais pas Tidée d'un talent semblable dans une femme du monde ; il y avait tant d'âme dans cette magnifique voix que je ne fus plus maître de moi. Je sentis que je l'adorais et je lui en fis l'aveu. Si tu avais vu avec quel étonnement elle reçut cette déclaration ! Elle me regarda longtemps sans me répondre. Elle pâlit et rougit alternativement, enfin laissa tomber sa main dans la mienne ; ce mouvement me révéla mon bonheur.
Depuis ce jour, ma vie devint un enchantement. Je découvrais en elle toutes les vertus, tous les charmes. Son cœur s'ouvrit
devant moi : elle me fit connaître cette existence si pure et si troublée. J'appris les circonstances de son fatal mariage, l'indigne conduite de M. d'Orvins, à laquelle elle trouva des excuses; sa séparation forcée d'avec lui; puis ses déchirements à elle, quand la funeste maladie dont elle portait des traces si cruelles se déclara. — J'étais belle avant, disait-elle avec une admirable candeur, et j'ai eu bien de la peine à me consoler de ne l'être plus. J'en serais devenue méchante si j'avais et- moins malheureuse !
Athénaïs dissimulait ses talents avec le même soin qu'une autre eût mis à les laisser deviner. Je sus peu à peu qu'elle était aussi grand peintre que musicienne, qu'elle faisait des vers et écrivait avec une admirable perfection. Comme la grenade cache ses beaux gra i us de pourpre sous une écorce commune,
elle cachait aussi les trésors de son âme et ceux de son esprit.
L'hiver revint, et avec lui les fêles et les réunions. Oh ! mon ami! que j'étais heureux lorsque j'arrivais au bal , lorsque mes regards parcouraient le cercle pour y chercher mon Athénaïs ! Je l'apercevais assise tristement à l'écart, attendant ma venue, et ne comptant que de ce moment le plaisir de la soirée. C'était une jouissance inconnue à mon cœur, c'était l'orgueilleuse fierté d'un être qui possède en secret un bijou unique, qui en jouit seul, et qui sait que lorsqu'il l'exposera à l'admiration il sera envié de tous. J'étais jaloux à un point extrême, je tremblais quand un homme se dirigeait vers elle, je craignais qu'il ne lui parlât : ce privilège n'appartenait qu'à moi, moj seul je devais la distraire et l'amuser : j'étais avare de ma maîtresse. Comprends-tu ce bonheur,
OTn
Alphonse? Tel il existe depuis un an. Personne ne soupçonne notre liaison. Qui ima ginerait que je m'occupe d'une femme laide, que j'ai une affection mystérieuse, moi? Oh î ma réputation est trop bien établie. A l'abri de mon papillonnage d'autrefois, je jouis de mon bonheur présent. Nous passons des journées délicieuses , toutes les portes fermées. Je crois que si on devinait Athénaïs, je me tuerais. L'idée qu'elle ne serait plus à moi seul fait bouillir mon sang. Je la re* garderais comme profanée si elle était connue de tous. Comme cette femme m'a changé! Adieu, mon ami ; elle est là, elle lit ma lettre par-dessus mon épaule; je te quitte; j'aime encore mieux parlera elle que parler d'elle. Excuse-moi, et reçois encore l'assurance de. ma vieille affection. Jamais je ne te rendrai tout ce que je te dois.
Ernest de Change.
Cher Alphonse, courez à Beauvoir, faites préparer tout pour mon arrivée ; je quitte Paris ; je serai près de vous avant trois jours. Oh ! mon ami , si vous saviez ce que je souffre, combien il me faut de raison pour m'arra-
278 DEUX LLTIRES.
cher à celte ville dangereuse, où j'ai connu le bonheur que je paie si cher aujourd'hui ! Vous avez reçu une lettre de lui; cette lettre,* je l'ai lue ; il l'a écrite près de moi ; elle était pleine de sa joie , de son amour. Eh bien ! joie, amour, tout a fui ; je suis seule, et je retourne cacher mes larmes dans ces lieux que je n'aurais jamais dû quitter.
Il vous a dit comment nous nous sommes connus ; il vous a dépeint mon étonnement, mon délire en découvrant qu'on pouvait m'aimer, moi, pauvre créature , déshéritée de ma beauté. Mais ce qu'il ne vous a pas raconté, parce qu'il n'y a que moi seule qui le sache, c'est ce délire même, quand je l'ai vu à mes pieds, lui que toutes les femmes adorent. Cet Ernest si beau, si séduisant, dont les goûts volages ont étonné tout Paris, Alphonse, il était près de moi comme un enfant soumis ; il épiait mes regards , il
attendait mon sourire pour sourire aussi ; et songez que je suis laide ! Mon cœur se remplit d'un inexprimable amour, d'un orgueil aussi grand peut-être : cet orgueil m'a perdue. Notre liaison , cachée à tout le monde , avait , par ce mystère même , un charme inconcevable pour M. de Change.
Insensée ! je ne voyais pas que cette nouveauté seule l'attachait h moi ! Je savais que jusqu'alors il avait placé son amour-propre dans sa maîtresse, et je rougissais de l'idée qu'il ne dissimulait ainsi que pour ne pas avoir honte de moi ! Où vous conduit une passion profonde! Vous m'avez connue longtemps ; aucun des détails de ma vie ne vous est caché.
Séparée de mon mari par l'ordre de mes parents , j'ai voulu que ma conduite fût irréprochable ; j'ai évité jusqu'à l'ombre delà calomnie; ch bien! pour lui plaire, je me
suis compromise malgré lui. Comprenezvous cet égarement , mon cousin? non , car vous ne savez pas combien je l'aime, vous ne savez pas que ma réputation flétrie est pour moi le moindre des regrets. C'est lui que je regrette , lui seul ! et si on me le rendait, jene croirais pas l'avoir payé trop cher. Un soir , il venait de me quitter , j'avais chanté , j'avais lu des vers , il semblait en extase. Les pieds sur mon garde-feu , je rêvais. Un mot d'Ernest s'était gravé dans mon imagination et l'avait bouleversée. Ah! si on vous connaissait ! m'avait-il dit. Si on me connaissait! il désirait donc qu'on me connût? Au fait, je ne pouvais me dissimuler que ma voix et mon talent étaient remarquables; si je chantais dans un salon , il en serait lier. Et pourquoi ne le ferais-jepas? — Je melevai,jecourusau piano, ma tête s'exalta; je crus être devant deux cents personnes,
devant lui; je commençai l'admirable scène diOteilo; mon organe était si sonore , mon expression si touchante , que je m'arrêtai surprise et enchantée. Je décidai que je vaincrais ma répugnance , que je chanterais en public.
Ce projet arrêté , il fallait le lui cacher ; je voulais jouir de sa surprise. J'invitai donc tout ce que je connaissais à un grand concert ; les artistes les plus célèbres devaient être entendus. Je fis d'avance, en secret, une répétition avec l'accompagnateur, et au moment où on s'y attendait le moins , je le priai de commencer. Je n'osais pas regarder Ernest ; il m'a dit depuis qu'il m'avait prise pour folle en me voyant approcher du musicien. Mon cœur battait si vite que je craignis de me trouver mal ; j'avais si peur de ne pas réussir ! Il s'agissait de la vie ou de la mort, il s'agissait de lui plaire. Je
réussis; j'obtins un succès fou , un succès d'enthousiasme, d'autant plus que personne ne soupçonnait mon talent.
Vous connaissez Paris, vous savez ce que c'est que l'engouement; onneparlaplusque de moi , on se disputa le plaisir de me recevoir , l'honneur d'être reçu chez moi. Je l'avoue, Alphonse, je fus enivrée. Quand tout le monde fut parti , après mon concert , Ernest me parut si glorieux , que je ne doutai pas qu'il ne me sût gré de mon courage. — Vous avez été sublime , lïie dit-il ; je n'ai jamais rien entendu d'aussi complètement parfait; je suis fier de vous. Oh! comme je me sentis payée de mon sacrifice! Comme j'étais au-dessus de toutes les créatures! Mon amour s'en augmenta. Nous autres femmes, nous mettons de Tamour partout.
C'est une pensée incessante , c'est le but do toutes nos actions , voilà pourquoi nous
sommes seules au monde quand nous n'aons plus d'amour.
On parla de moi dans tout Paris. Ernest, après quelques jours de triomphe, devint triste et rêveur. Je le questionnai sans pouvoir obtenir de réponse. — Il n'avait rien ! rien ! Ce mot est désespérant pour ceux qui aiment réellement. 11 dit : .l'ai un chagrin alFreux et vous ne l'apprendrez pas. C'est une masse de plomb qui tombe sur le cciîUr. Dans mon aveuglement, j'imaginai que je n'étais point encore assez célèbre. Je venais de iinir un tableau ; je l'envoyai au Salon , on voulut bien le recevoir. On voulut bien, dans le public, lui accorder quelque mérite; la foule s'y porta , il devint h la mode. Ernest m'en témoigna sa satisfaction , il parut au comble de la joie. 11 publia , pour ainsi dire, son afi'ection pour moi, je le secondai dans ses imprudences ; chacun sut qu'il
était mon amant. 11 en sembla flatté , son ancien caractère reparut. Et moi ! moi ! Oh! j'étais folle. Vous n'êtes pas femme , Alphonse, vous ne comprendrez pas cela. Lui qui ne prisait que la beauté , il m'avait proclamée comme l'objet de son choix à la face de tous, il ne rougissait plus de moi, il fallait donc qu'il m'aimât. J'ouvris ma maison, je reçus beaucoup, je m'attachai à montrer ce que vous appelez obligeamment mon excessive amabilité, je compris que je réussissais.
M. de Change ne se plaignit pas des importuns ; au contraire , il me remercia des frais que je faisais. Il m'écoutait avec une satisfaction marquée, et se retournait ensuite vers mes auditeurs pour jouir de leurs suffrages ; j'étais ivre , vous dis-je. Je travaillais depuis longtemps en secret à un roman de mœurs. J'écrivais avec mon cœur ; j'avais
donc toujours des idées : le cœur est inépuisable. Je peignais un sentiment passionné ; celui que j'éprouvais conduisait ma plume : je fus vraie. J'envoyai ce livre à l'impression, et mon nom demeura un secret entre mon éditeur et moi. J'étais en veine de bonheur ; l'ouvrage eut un succès de vogue ; la première édition s'enleva en quinze jours. J'avais peint quelques caractères ; on crut reconnaître les masques ; on voulut lire soimême.
Ernest s'engoua beaucoup de ce roman et de son auteur anonyme. Les conjectures les plus extravagantes furent formées ; j'eus le courage de me taire , même vis-à-vis de lui . Hélas ! pourquoi ne l'ai-je pas eu toujours ce funeste courage? il me tromperait encore , au moins. Je croyais m'apercevoir que M. de Change était devenu distrait près de moi , que ma conversation ne lui suffisait plus,
qu'il semblait moins tendre. Ce changement me fit froid au cœur ; il me découragea presque ; je résolus de tenter un dernier effort. La deuxième édition de mon livre allait paraître; j'y plaçai mon nom. Ce fut une rumeur dans Paris.
Ce jour-là , c'était avant-hier , Ernest ne vint pas, il m'écrivit deux mots d'excuses ; j'en fus blessée. Le soir, aux Bouffes, il me parla à peine : chacun me complimentait ; il demeura froid ; ce silence m'épouvanta, Il me reconduisit , et dès que nous fûmes seuls, je m'approchai de lui. Il me fixa très attentivement ; — Quelle toilette, madame ! me dit-il avec ironie; vous n'avez pas voulu qu'un seul de vos mérites fût caché. — Ernest, inlerrompis-je, d'où vient celte dureté? pourquoi ce langage? ne m'aimez- vous plus? Il sourit dédaigneusement. — Moi , madame ! je hais les femmes auteurs, je hais
les femmes artistes , je hais les femmes qui se donnent en spectacle ; comment voulezvous que je vous aime? Je me laissai tomber sur mon fauteuil.
— Oui, continua-t-il , vous avez brisé la chaîne la plus douce qui fut jamais; vous avez détruit mes illusions ; vous vous êtes donnée à tous, je ne veux plus de vous. Je vous ai adorée quand, modeste et craintive, vous vous cachiez aux yeux indifférents pour vous révéler à moi , quand vous étiez une nouveauté pour mon âme blasée. Vous avez voulu des hommages publics, comme vos belles rivales ; comme elles, vous m'avez lassé vite. Je rougis de vous l'avouer, car je suis sûr que vous en souffrirez beaucoup pendant.. . trois jours ; la gloire vous consolera de ma perte ; deux puissances ne peuvent régner ensemble. C'est assez d'une, je me retire. En vérité, Athénais, vous avez
tort de mettre du bleu, cela ne vous va pas du tout. Vrai, c'est un conseil d'ami. Je l'interrompis par un sanglot si déchirant, si profondément arraché du cœur, qu'il tressaillit. — Des larmes ! Est-ce que les Muses pleurent? Ces chastes Sœurs ne connaissent pas ces faiblesses. Allons , allons ! du courage. Eh, mon Dieu ! vous retrouverez vingt amants avec votre célébrité. Adieu , sans rancune, n'est-ce pas ? que voulez-vous? l'amour est aussi capricieux que la beauté !
Il sortit sans me jeter un regard.
Alphonse , je reconnus l'homme que vous m'aviez dépeint, avec sa légèreté cruelle. Je n'avais pas eu la force de dire un mot ; j'étais sans idées, sans courage. Je compris cependant bien vite que mon sot Orgueil l'avait rendu à sa nature , d'où il était sorti un instant pour moi. Je compris surtout que son amour-propre, au lieu d'être flatté , était
écrasé de ma supériorité , qu'il voulait que son hommage fût une célébrité pour sa maîtresse , sans que sa maîtresse eût droit à cette célébrité que par cette beauté qui passe si vite.
Comment n'avais-je pas deviné cela? Oh!
je l'aimais trop pour calculer. Je me suis perdue par ma faute, perdue de toute manière. Maintenant , désespérée , seule, sans consolation, jeretourne vers vous. Ayez pitié de moi; ne m'abandonnez pas. Oh! je vais reprendre ma vie cachée , je vais redevenir la simple Athénais. Pourquoi ai-je été la célèbre M'"e d'Orvins ! Lui ! il m'oubliera bien vite ! lui ! Mon cousin, je tâcherai de ne plus l'aimer; je ne le reverrai pas. Priez pour moi ; Dieu me punit déjà , puisque je ne le reverrai pas ! Savez- vous que c'est plus que la mort? A bientôt! je serai à Beauvoir presque aussitôt que ma lettre. Je ne vous
dis pas que je vous aime; je crois que je n'aime plus rien. Je pleure, je prie et je regrette.
Athénaïs d'Orvins.
Comtesse Dash.
On venait de meubler mon appartement; j'étais toute fière de mes jolies tentures, de mes fraîches draperies ; et pendant les huit premiers jours, pas une des personnes qui me rendirent visite n'échappa à mon en-
thousiasme de propriétaire. Il fallait admirer jusqu'au dernier fauteuil ; je voulais que chacun partageât ma joie de me trouver si commodément logée. Un de mes amis, Edmond de Beaulieu, venait de parcourir toutes les pièces , et il me répétait pour la trentième fois la phrase que j'avais tant de plaisir à entendre : C'est charmant, tout est du meilleur goût ; lorsqu'il s'arrêta subitement devant la fenêtre de mon boudoir, et V resta pensif, les yeux attachés sur le store. Eh bien ! lui dis-je, est-ce ^ue vous n'aimez pas ce palmier '^ Est-ce que ces oiseaux n'ont pas de belles couleurs ? — Pardonnezmoi, madame, rien ne saurait être mieux ; mais je ne vois jamais un store sans me rappeler une aventure de jeunesse , une aventure que bien des fois vous m'avez demandée et que j'ai promis de vous raconter : l'histoire de mon vieux ïrilby. —
Î,E SIOUE. . 295
Comment! votre chien, si laid, si pelé? 11 n'y a pas de plus vilaine bête au monde. — Oh ! madame , me répondit-il tristement, vous avez trop bon cœur pour ne pas concevoir combien il doit m'être précieux, quand vous saurez de qui je le tiens. Aussi bien il y a longtemps que j'ai le désir de vous confier mes souvenirs ; ils sont douloureux, mais ils me sont chers. Ils me reportent vers une époque de ma vie que je regrette sans cesse. Il se tut.
,l 'éprouvais une vive curiosité de connailre les premières années d'Edmond.
Depuis mon enfance j'en avais entendu parler. Nos familles étaient liées. Mon mari le dislingue aussi parmi les jeunes gens de son âge, et c'était de tous ses camarades d'étude celui qui lui était le plus attaché. Riche et élégant au dernier de gré, nous étions surpris de voir sans cesse autour de lui un
vieux chien galeux, qui avait le privilège de se coucher sur ses tapis, sur ses divans, et même celui de salir impunément nos robes blanches. Lorsque son maître venait à la campagne, Trilby le suivait ; il ne s'en séparait point. Plus d'une femme s'en plaignit ; moi qui ai un faible pour les animaux , je le supportais ; mais je désirais extrêmement percer le mystère de cette liaison canine, et souvent je tourmentais Edmond pour ce sujet. Gela était d'autant plus extraordinaire que nous avions tous remarqué un changement notable dans son caractère depuis le moment où il était entré en jouissance de cet éternel compagnon . Jugez donc combien je fus heureuse lorsqu'il m'offrit de lui-mêmedememettredanssa confidence. Je fermai ma porte avec importance et je me plaçai dans ma ganache, tout émotionnée d'avance de ce que j'allais entendre.
Edmond passa la main dans ses cheveux et se recueillit pendant quelques secondes ; puis il me regarda, et je vous assure que ce regard me fit mal. Il était empreint d'une mélancolie si profonde, il avait une expression si déchirante que je fus prête à pleurer avant de savoir pourquoi. — Vous vous rappelez mon oncle, n'est-ce pas? vous vous souvenez que lorsqu'il vivait, j'étais un pauvre étudiant, ayant à peine le nécessaire, et obligé de mettre la plus stricte économie dans mes dépenses pour atteindre le bout de l'année? — Oh ! oui, et je n'ai pas oublié aussi combien vous étiez raisonnable. Vous vous contentiez de votre modique pension, vous travailliez sans cesse, et bien des fois vous refusâtes des parties avec mon frère, qui ne travaillait pas, lui ! Et pourtant alors, Edmond, vous étiez gai, vous aviez de belles couleurs, vous étiez vraiment
fort joli garçon ; tandis que maintenant.... — Tandis que maintenant ma santé est perdue , mes joues sont creuses, mes lèvres ont oublié le sourire ; c'est que j'ai souffert et que je suis devenu riche , voilà tout le secret de ma position... Il y a douze ans donc ; douze ans ! il esteffra,yant de songer à cela. Je logeais dans la rue de l'Odéon ; j'avais au quatrième un appartement composé de deux pièces donnant sur la cour et faisant l'angle du bâtiment. C'était pendant les vacances ; je n'avais absolument rien à faire, et comme je ne savais où aller, je restais à Paris dans ma solitude, m'amusant d'un papillon ou de la moindre bagatelle. Une de mes grandes distractions était de m'occuper de mes voisins. De ma fenêtre je dominais les étages inférieurs , et je promenais ma lorgnette depuis le salon du premier où demeurait une vieille marquise, jusqu'à
la mansarde de la femme de chambre. A côté de moi, dans le retour de la maison, j'avais eu longtemps un employé du théâtre; il était parti, et je désirais qu'il fut remplacé. Celane tarda pas. Un jour que j'étais en manjière d'Asmodée à examiner le cocher de la marquise qui lavait sa voiture dansia cour, j'entendis une petite charrette de commissionnaire s'arrêter à la porte de mon escalier. Je me balançais doucement, ayant les pieds posés sur le balcon, ma chaise à moitié ren^versée, et sur mes genoux un gros Digeste, dont je n'avais pas encore lu une ligne, quoique j'eusse tourné plusieurs pages. Au bruit des roues sur le pavé, je jetai mon livre par terre ; je me plaçai sur l'appui de ma croisée ; je cherchai à deviner par la nature de leurs meubles le caractère et la profession des nouveaux arrivants. On déballa d'abord une armoire de noyer, une
table d'acajou et deux tabourets de crin assez usés ; puis un chevalet, une couchette de bois peint, un lit de sangle, de mauvais rideaux de toile imprimés en bleu et représentant, je crois , l'histoire de Joseph ; ensuite quelques petites caisses, une espèce de bergère, de grossiers ustensiles de cuisine : c'était là tout.
— Mon Dieu! pensai-je, voilà un ménage bien mal monté ! Je suis un seigneur en comparaison. Il paraît que c'est un amateur des arts, peut-être même un artiste. Oh! ohî qu'est-ce que j'aperçois? une femme qui préside au déchargement ! Impossible de voir sa figure ! Quel chapeau ! on en ferait deux. C'est égal , à sa tournure , elle doit être jeune. Un joli pied! La robe a l'air bien usée. Décidément , c'est un artiste qui meurt de faim.
Pendant que je devisais ainsi avec moi-
même , on montait les effets de ma voisine; elle donnait ses ordres à voix basse. Un jeune chien griffon , à poil blanc , courait devant elle et témoignait par ses aboiements combien il était content de jouir de sa liberté. J'entendis ouvrir les portes : on déposa les meubles , le chevalet. La jeune dame paya les commissionnaires , les renvoya et se mit à ranger dans son modeste royaume. Elle quitta alors son chapeau, et je vis une ravissante ligure de vingt ans. Le malheur avait placé sa marque ineffaçable sur ce front si pur et si uni. Ses yeux étaient presque éteint ; on ne regardait pas sans éprouver une sorte de regret ses traits, parfaitement réguliers , couverts d'une pâleur effrayante. Et pourtant elle était belle ! belle ! à n'en pouvoir donner une idée. Elle me vit , une légère nuance rose colora ses joues; elle ferma ses rideaux, qu'elle venait
de poser. Nous étions bien près l'un de l'autre ; je ne quittai point mon poste , et de temps en temps je voyais la tête ébouriffée du chien qui relevait la mousseline et fixait sur moi ses prunelles brillantes , en grognant tout bas. Je lui jetai un morceau de pain , il le dévora. Hélas ! me dis-je, sa maîtresse en a peut-être plus besoin que lui! Au bout d'une heure ou deux , on referma la porte , Trilby aboya et la jolie enfant traversa la cour. Je me remis à mon Digeste et , pour accompagner cette douce occupation , je sifflai à tue-tête tous les airs que je savais. L'heure de mon dîner arriva, je descendis gaiement mes cent trente marches , et j'allais mettre ma clef chez le portier, lorsqu'un fiacre se rangea devant moi. Le cocher ouvrit; la jeune fdlo , le chien s'élancèrent de la voiture, puis elle soutint un bommo qui paraissait avoir loules les
peines du monde à marcher. Cet homme était à peu près de mon âge ; mais quel squelette ! 11 avait dû avoir une belle taille, un noble visage , il n'était plus que l'ombre de lui-même! Si vous eussiez vu, madame, avec quel soin elle passa son bras dans le sien ; si vous eussiez vu le sourire dont il la remercia ! j'en fus pénétré. Ils montèrent , et moi j'allai dîner. Je rencontrai quelques amis , nous nous promenâmes ; j'oubliai mes voisins.
Le lendemain , il faisait un temps superbe , une de ces journées d'automne où l'on trouve l'air de Paris si lourd , où l'on soupire après les champs. Je me mis à penser où je pourrais aller respirer, et je partis pour le bois de Boulogne. Je m'y promenais depuis quelques instants lorsque les jappements d'un chien attirèrent mon attention, et bientôt Trilby passa près de moi comme
un trait. Cet incident me ramena à m'occuper de ses maîtres. Je les aperçus bientôt , la jeune femme toujours enveloppée d'un grand châle, cachée sous son immense chapeau ; son compagnon soutenu par elle, plus blême , plus cadavéreux encore que la veille; ils ne me virent pas. Quand ils se furent éloignés , je les suivis des yeux aussi longtemps que je pus. Ils m'intéressaient malgré moi. — Il est trop jeune pour que ce soit son mari, c'est peut-être son frère.... ou son amant. Cette pensée me fit mal. Je ne me rendis pas compte de cette impression.
Le matin suivant , ma portière , madame Canu , entra dans ma chambre et m'apporta mon déjeuner. Pendant [qu'elle plaçait mes œufs frais dans la cafetière, qu'elle mettait mon modeste couvert, je me surpris un grand désir de l'interroger; trois fois
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«lie question erra sur mes lèvres , trois fois une espèce de honte me ferma la bouche; enfin je n'y tins plus.
— Eh bien , madame Canu , vous voilà de l'ouvrage de plus; ces jeunes gens d'ici à côté n'ont pas de domestique , je crois? • — Hélas ! non , les pauvres enfants ! Cependant je ne fais rien pour eux : la demoiselle se charge du ménage, à ce qu'il paraît ; quant à son frère , il est si malade que je ne lui donne pas longtemps à vivre.
Ce mot de frère me fit un bien ! Et ensuite, sans attendre de nouvelles demandes , la bonne femme me raconta tout ce qu'elle savait et même ce qu'elle devinait. Ils étaient très pauvres, disait-elle, orphelins sans doute, et ils s'aimaient que cela faisait plaisir à voir. Mademoiselle Clotilde, ainsij'appris le nom de ma voisine, travaillait dès
qu'elle était seule , afin qu'on n*en sût rien ; '• 20
c'était un ange. J'avais l'air de ne pas écouter ces détails , je mettais ma cravate devant mon miroir. Aussitôt que je fus seul y. je repassai tout cela dans ma mémoire , et j'arrêtai que je ferais la connaissance de cet ange. Par quel moyen? je n'en savais rien ; mais doute-ton de quelque chose à vingt ans? La journée fut étouffante; le soir je m'établis à mon observatoire ; les fenêtres près des miennes étaient hermétiquement fermées ; lorsqu'arrivala nuit, elles s'ouvrilent. Clotilde s'y plaça ou plutôt y soutint son frère , en l'encourageant par de douces paroles ; je ne les entendais pas , tant elles étaient prononcées h voix basse , je les devinais. Nous étions si rapprochés que je craignis de les gêner ; je me plaçai de manière à ne pas être vu , et je voyais tout. Dans ce moment l'appartement du premier brillait de mille feux; d'élégants stores baissés lais-
saient pénétrer l'air et empêchaient les regards curieux ; il en était ainsi également dans la journée. La conversation des jeunes genss'animaiils causaient presque toulhaut, — Tu trouves cette lumièredouce, mon Léon , lu voudrais avoir un slore semblable. Il me semble que je puis t'en peindre un. C'est, je crois, sur de la mousseline? je m'en informerai. Ceux-ci me serviront de modèle; je veux qu'il soit plus joli qu'aucun d'eux , celui que je te destine. Il y avait un enjoué^ ment enfantin dans son organe, dans sa manière. Léon répondit après un instant:
— Oui , si tu crois pouvoir m'en faire un comme cela, j'en serai heureux. Pardon, pauvre amie, tu te donneras de la peine... c%st une fantaisie de malade , cela coûtera peut-être bien cher.
— Non, non , interrompit-elle vivement ;
ii*y songe point ; nous pouvons faire celte dépense.
lis se reprirent à causer bas ; puis la fraîcheur se faisant sentir, ils rentrèrent. Je vis Clotilde conduire Léon dans sa chambre, lui souhaiter le bonsoir ; ensuite elle ferma la porte, et alors tout ce que sa physionomie offrait de gaieté avait disparu. Elle revint prendre Tair et regarda autour d'elle comme pour chercher un coup d'œil indiscret. J'étais retranché derrière mon rideau ; elle ne m'aperçut point. Après un instant de réflexion , elle s'approcha de la commode , en tira un petit coffre , l'ouvrit et sortit l'un après l'autre plusieurs petits bijoux; elle les examinait , les pesait comme pour en connaître la valeur, en choisissait un , le remettait dans la boîte, et finit par les ôter tous. De grosses larmes tombaient sur ses mains. Le jeune chien assis devant ellesui-
vait tous ses mouvements , remuaitla queue et faisait entendre quelques gémissements plaintifs. Elle né s'apercevait de rien : on voyait que son imaginalionla reportait dans le passé , et qu'elle y puisait des regrets amers. Faisant un paquet de ses joyaux , elle les plaça sur la cheminée. Après tout cela , elle se jeta à genoux ; sa prière fut longue et fervente, quoiqu'elle l'interrompît souvent pour aller écouter à la chambre du malade; une vive anxiété se peignait sur son visage. Bientôt ses sanglots devinrent impossibles à étouffer ; elle se laissa tomber sur ses talons en s'écriant : Mon Dieu , ayez pitié jdjG moi ! Il y avait dans ces simples paroles une douleur si profonde que je ne doutai point qu'elle ne fût la plus malheureuse des créatures. Mon cœur se serra à l'aspect d'un désespoir semblable dans uk être si faible. Clotilde craignit sans doute d'avoir
parlé trop haut , car elle se releva vivement et essuya ses pleurs. Rien ne remua autour d'elle. Faisant alors un effort, elle chercha sa broderie et travailla sans lever la tête jus- >]u'à deux heures du matin.
A son réveil , Léon la trouva déjà occupée à dessiner le store. Je ne saurais vous dire combien ces jeunes gens m'intéressaient. Dans ma vie monotone, c'était un événement. Je suivais les progrès de son ouvrage; elle avançait avec rapidité, mais aussi la santé de Léon dépérissait à vue d'œil. Lorsqu'ils étaient h leur fenêtre, ce qui leur arrivait souvent le soir, j'essayais de les saluer , de leur adresser la parole. Quelques mots froidement polis m'étaient répondus , et ils se retiraient. Voyant qu'ils étaient décidés à ne pas profiter du voisinage, je ne fis plus de tentatives. Trilby seul m'honorait d'un accueil favorable.il