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Mademoiselle de B... gagnait beaucoup, même pour ce qui est du physique, au traitement de Georges : le cou, jusque-là ne'gligent et paresseux, commençait à porter
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la tête; la taille se redressait; les yeux, autrefois sans regard, jetaient maintenant un feu qui allait h l'âme. Pulchérie était décidément et tout à fait belle. Sa figure, autrefois morne et toujours la même, se mullipliait maintenant de mille façons diverses et charmantes , comme par miracle. La pensée était venue poétiser et compléter la forme en l'animant. Ce n'étaient plus ces lignes froides et immobiles dont rien ne dérangeait la monotone régularité ; ce n'était plus cet air distrait et étonné qui fatiguait à voir. Le visage de Pulchérie parcourait maintenant toutes les notes de cette gamme infinie qu'on nomme le sentiment.
Pulchérie était pure etbelle comme la première femme au sortir des mains de la nature; n'ayant encore touché à aucun fruit défendu, elle ignorait même le mal : quel-
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que chosedesuave et d'ineffable, qu'on imagine à peine aux anges, distinguait cette créature pleine de grâce, qui n'était pour ainsi dire pas venue à la vie par les voies ordinaires.
Dès que la parole put se débarrasser sur ses lèvres éveillées des derniers liens qui la retenaient captive , Pulchérie demanda Georges.
De retour au château, le jeune docteur commença l'éducation de son élève. Cette éducation fut prompte et facile ; Pulchérie devinait en quelque sorte la science de Fritzs; celui-ci était son livre, elle l'étudiait par cœur.
Georges apprit à Pulchérie le nom des fleurs, des oiseaux et des étoiles ; il lui raconta ainsi toute la création, à peu près sans doute comme Adam fit à Eve, quand
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celle-ci sortit ignorante et curieuse des ombres du sommeil.
Le maître et l'élève se plaisaient à ces aventureuses promenades à travers les champs; ils restaient souvent abîmés tous les deux dans de vastes spectacles ; la grande mélancolie du silence et de la solitude emplissaient leur âme d'une tristesse religieuse. Prenant aux bois leur rêverie, aux fontaines leur plainte éternelle , aux horizons leur immensité, à la nature son aspiration infinie vers le ciel, ils vivaient ensemble dans tout l'univers.
La nature du Berry, inculte et à demi sauvage, offrait quelque ressemblance avec celle du monde primitif, que nous avons le tort de nous représenter comme un paradis terrestre et un jardin délicieux , tandis que c'était sans doute une nature brute, encore
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enveloppée dans les ombres et les aspérités de l'enfance. Une relation singulière existait entre Pulchérie et le pays qu'elle habitait; tous deux offraient le spectacle d'une création vierge sortant peu à peu du repos et de l'état sauvage. Autour de la jeune châtelaine, la terre du Berry développait les signes d'une culture naissante : l'industrie agitait dans ce chaos les élémen ts d'une prospérité rurale qui tend chaque jour h s'accroître ; de petites rivières ouvrières et laborieuses commençaient à prêter leur onde, jusque-là indolente, aux moulins , aux forges et aux usines. Ce martel, lement régulier des machines emplissait l'air d'un bruit monotone qui imitait les pas lents et lourds de la civilisation. Unie en quelque sorte à cette nature en voie de progrès et de travail, Pulchérie se développait avec elle.
Les sensations toutes nouvelles de Pulchérie étaient pleines d'admiration et de surprise; elle s'étonnait du jour et de la nuit, des étoiles et du soleil, de la plante muette et de l'oiseau babillard; toute la création la plongeait dans des recueillements infinis. La voix de Georges lui expliquait les causes des phénomènes naturels, et ouvrait de plus en plus l'intelligence de Pulchérié aux choses de Dieu .
Il joignit au grand livre de la nature d'autres ouvrages de poètes allemands ou français qu'elle ne larda point à lire et à comprendre. Fritzs lui interprétait les pasgages obscurs , non sans rougir quand par hasard il y était parlé d'amour.
Gomme Georges était musicien, il donna à la voix de Pulchérié , pauvre fauvette captive dans son gosier obscur , la clef des champs ; la belle prisonnière se prit alors
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h chanter avec justesse et avec une grâce parfaites.
L'éducation de mademoiselle de B... ressemblait fort à une révélation ; elle devinait dans Georges la raison des choses; elle n'apprenait que de sa bouciie. Aussi fit-elle de rapides progrès par les leçons de ce maître qui se communiquait tout entier à elle.
Cette perpétuelle relation de l'esprit forma entre Georges et Pulcliérie une sympathie sans bornes. Le mot d'amour, si énergique qu'il soit , demeure impuissant à exprimer
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cette union mystérieuse dont la nature ne
nous offre pas d'exemple.
Les jours oùl'un était triste, Vautré Tétait également. Quand souffrait Georges , Pulchérie souffrait. S'il arrivait à Fritzs de rougir, un léger nuage rose se formait en même temps sur les joues de son amie. Dans les moments de gaieté, un même sourire glissait sur leurs lèvres.
Au piano , le soir , l'élève ne pouvait chanter qu'avec son maître; ils exécutaient ensemble des duos ratissants ; leurs voix se cherchaient avec un accord parfait et suivaient les mêmes mouvements, comme deux colombes au vol dans un ciel complètement calme.
La vue de la nature les affectait l'un et l'autre d'émotions semblables ; ils avaient tous les deux un pareil regard pour les choses de la terre et pour celles du ciel ;
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quand l'un se sentait attendri religieusement, l'autre priait. C'était le même être pensant et aimant deux fois dans une seule pensée et dans un seul ainour. L'affection qui les unissait l'un à l'autre était presque
de l'égoisme.
Georges et Pulchérienavaientmêmepoint
besoin de la parole pour se communiquer leurs pensées; une sorte de silence éloquent et énergique présidait à leurs entretiens. Ce que l'un disait , l'autre l'avait deviné déjà. Ils passaient des heures entières à ces mystiques colloques, durant lesquels leurs cœurs unis l'un à l'autre entraient en société avec la grande famille de la création. Les mêmes instincts les attiraient vers les hommes ou les choses et les en éloignaient ; les personnes qui déplaisaient à Fritzs étaient bien sûres d'être désagréables
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à Pulchérie, et réciproquement. Us n'avaient
qu'un cœur et une âme à deux.
Pulchérie trouvait dans Georges une sorte d'idéal d'elle-même; elle se souvenait pour ainsi dire en lui de tout ce qu'elle devait savoir.
Ils avaient en art comme en tout le reste des goûts analogues ; l'un et l'autre étaient attirés à la fois vers des lectures semblables, et il leur arrivait souvent , sans se les être communiquées d'avance, d'exprimer en vers les mêmes idées, presque dans les mêmes mots.
Georges voulant exprimer cette parfaite conformité nommait Pulchérie sa sœur, et celle-ci l'appelait son frère.
Le magnétisme venait encore resserrer de jour en jour les liens de cette union.
Fritzs exerçait sur Pulchérie cette puissance incroyable du magnétiseur , qui con-
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siste à changer pour son sujet tous les rapports naturels. Le goût des fruits et Todeur des fleurs sont soumis à sa volonté : il n'y a pas jusqu'à la pesanteur des corps dont il ne dérange à son gré les lois souveraines. Il peut donner aux roses l'haleine des violettes et aux pêches la saveur des noix, comme il peut communiquer à un léger gant de fil d'écosse le poids d'un gantelet de fer.
Tout cela retenait cette jeune fille dans un monde fantastique et arbitraire où rien n'existait pour elle que l'empire de Fritzs. Gomme on raconte dans la Bible que Moïse était le dieu de Pharaon par l'influence qu'il avait acquise sur ce roi en changeant l'eau des citernes en sang et en l'environnant de prodiges , Georges Fritz devint , pour ainsi dire , le dieu de Palchérie.
Fritzs ne se servait au reste de la divinité que pour le bonheur de sa créature , car
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Pulchérie était l'œuvre de Georges ; c'est lui qui avait été la chercher aux confins du néant où elle se tenait immobile, pour l'entraîner de force vers la vie.
Tous les secrets que le magnétisme met à la disposition de ses initiés , tous les talismans par lesquels il établit un commerce intime et indissoluble entre deux cœurs furent exploités par Georges et par Pulchérie au profit de leur amour.
Absent , Georges se servait de la nature comme d'une entremetteuse pour faire parvenir à mademoiselle de B... ses pensées les plus secrètes. Il attachait une vertu de révélation aux bancs sur lesquels Pulchérie avait habitude de s'asseoir , aux buissons qui bordaient le sentier où elle aimait à se promener, auxsycomores qui jetaient autour de la fenêtre de sa chambre leur branchage
épais et résineux.
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Tout ce qui existait autour de Pulchérie lui parlait continuellement de Georges ; la création n'était plus qu'un voile sous lequel se couvrait la présence invisible et mystérieuse de son amant : les arbres, agitant sur sa tête leurs feuilles comme autant de petites langues mobiles et vertes, étaient des confidents qui lui racontaient les sentiments ineffables de ce cœur épris d'elle; les choses trop tendres que Fritzs avait pudeur à dire, il les communiquait de la sorte aux arbres , aux ondes du bassin , aux fleurs , à toute la nature, ce langage affaibli et voilé alarmait moins que la parole une conscience ombrageuse de jeune fille.
Le magnétisme a, comme la magie ancienne, des signes et des moyens occultes qui aident les communications à distance; Georges et Pulchérie en faisaient usage pour se tenir toujours en présence l'un de l'autre :
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c'était entre eux un échange continuel de cordons sympathiques, de sachets, de tresses de cheveux, de médailles, tous objets que Georges avaient en quelque sorte consacrés ; ces talismans exerçaient sur ces deux cœurs si bien unis la douce féerie de l'amour.
Un soir que Pulchérie se promenait seule au jardin , elle avisa une rose qui l'attirait mystérieusement ; elle avança sa main vers cette fleur , et l'approcha ensuite de son visage; mais au même instant, dans l'haleine embaumée de la rose, elle but un doux sommeil où elle prononça plusieurs fois le nom de Georges. C'était lui qui s'était communiqué à la rose , afin que Pulchérie le cueillît en quelque sorte et le respirât dans cette fleur.
Cette union de Georges et de Pulchérie était si intime, si parfaite, si élevée, que les deux amants ne pensaient pas à lui en substituer une autre. Le mariage leurappa-
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raissait comme un lien grossier qui n'ajouterait guère rien à leur bonheur.
Cependant, on semblait s'en occuper au château.
Les deux amants ne s'en parlaient point encore : Pulchérie était ignorante des mystères du mariage et ne comprenait rien au prix que les hommes y attachaient.
Un soir qu'ils se promenaient ensemble , le bras de Pulchérie sur celui de Georges , dans l'une des allées les plus couvertes du parc, ils eurent une extase qui les épuisa de bonheur : c'était le moment où la mélancolie , cette chauve-souris d'Albert Durer , ouvre dans le cœur humain, à la clarté douteuse du jour , ses ailes longues et traînantes. Mademoiselle de B... était plus belle que jamais; ses grands yeux noirs brillaient comme deux soleils de nuit; ses joues, d'une blancheur tiède et transparente , se colo-
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raient aux pommettes d'un léger nuage rose ; sa main parlait à celle de Fritzs , qu'elle tenait étroitement serrée. Les deux amants marchaient ivres de joie , de vefdure et de bleu dans le sentier étroit ; leur poitrine se gonflait superbement, et il leur semblait , à chaque bouffée d'air , respirer le cieL Georges Fritzs s'arrêta sous l'arbre enchanté, et passa au doigt de Pulchérie un anneau d'or.
— C'est notre anneau de fiançailles , lui dit-il ; j'y ai attaché mon âme, et tant que vous le porterez au doigt, vous m'aimerez.
Cet anneau avait bien d'autres vertus.
Quand Pulchérie voulait voir ce que faisait Georges absent, elle le passait h son doigt; un sommeil clairvoyant mouillait aussitôt ses paupières, et la jeune fiancée suivait des yeux de l'âme les pas lointains de son amant. 11 n'y a pas de retraite si profonde et si bien
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cachée où Pulchérie ne se fût glissée avec cet anneau pour y surveiller la conduite de Georges. Mais tant que dura le temps de leurs fiançailles , pendant lequel M. deB... prépara tout au château pour leur mariage, elle ne surprit jamais Fritzs que se promenant seul sous les arbres ou au bord de Teau , avec sa pensée dans le cœur.
Le château figurait assezbien, par son état inculte et sauvage, l'état moral de mademoiselle de B. . . avant que Georges y eût ouvert des avenues pour y faire pénétrer le jour : il
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était noir, obstrué , froid. En peu de temps unjardin, une maison prennentle caractère de leur maître. Le parc surtout était depuis huit ans tombé en une vieille enfance; les arbres s'abandonnaient et penchaient de côté, comme la taille de Pulchérie avant d'avoir été relevée par Georges ; les feuillages s'emmêlaient les uns dans les autres; des herbes envenimées , drues , peuplées de couleuvres, étouffaient les jeunes arbrisseaux, semblables aux réseaux nerveux qui empêchaient dans la tête de mademoiselle de B... la pensée de croître. On nettoya les avenues, on tailla les arbres , on redressa les troncs déviés : ce fut , pour le parc et pour toute la maison, comme pour la jeuue châtelaine, une nouvelle vie.
La joie , le mouvement , le bruit , les fêtes , la parties de chasse étaient depuis quelque temps de retour. On entendait le
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piétinement des chevaux ; les chiens secouaient dans les cours, avec de joyeux aboiements, leur tête naguère ennuyée et morne. Les domestiques eux-mêmes changèrent la livrée de leur figure.
Un travail pareil se fit dans la cour d'entrée , que les poules , les pigeons et une rouille de mousse avaient envahie en l'absence des maîtres. Le jardin , qui avait dévoré le sable de ses allées sous une crue de mauvaises herbes, et dont les arbres oubliaient depuis longtemps de donner des fruits , reprît son élégance et sa fécondité. Jusque-là l'hiver et l'été se ressemblaient presque au château , tant ils y étaient tous les deux froids , uniformes et tristes ; mais cette année , il semblait que le printemps revînt après un hiver qui aurait duré huit ans ; on s'apercevait pour la première fois des hirondelles, des fleurs, des
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fruits, des feuilles, du jour, de la nature. C*est que pour toute la maison Tastre conducteur de cet été n'était pas seulement le soleil !
Le même mouvement se communiqua à l'hôtel de B... dans le faubourg Saint- Germain. Un bruit de tenailles et de marteaux annonça aux voisins des travaux intérieurs qui avaient pour but le retour des maîtres à Paris; on renouvela les tentures; on brossa dans la cour les roues des voitures couvertes de poussière ; on fit gratter les murs extérieurs de l'hôtel. Le vieil intendant , Caleb de la maison , semblait avoir rajeuni au milieu de ces préparatifs , qui annonçaient à tout le monde que les beaux temps de la famille de B. . . allaient renaître.
On resta néanmoins tout l'automne à la campagne.
Pendant quelques semaines , rien ne
troubla au château le bonheur calme et intérieur de cette renaissance. Le père de Pulchérie traitait Georges avec honneur il le présentait à ses amis des environs, qu revenaient depuis quelque temps au châ teau, comme un homme extraordinaire don on avait le droit d'attendre des mira clés. A table, il lui donnait la droite à côté de sa fille ; si le vin eût manqué , il eût proposé volontiers à Georges d'en faire avec de l'eau : mais la cave de M. de B... était trop bien fournie pour cela, et les convives de Cana eux-mêmes n'auraient pas réussi à la tarir.
Le lien magnétique qui unissait Georges à Pulchérie était toujours le même. En se rencontrant, les deux amants s'étaient en quelque sorte complétés l'un par l'autre : mademoiselle de B... avait trouvé un espri^ dans Fritzs , et Fritzs, pour ainsi dire , un
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corps dans Pulchérie. Cette beauté positive et réelle avait tiré le jeune rêveur de ses mélancoliques aspirations dans le vide, pour le ramener à la vie du dehors et au mouvement de ce monde.
Ils s'étaient donc rendus, dans ce rapprochement l'un de l'autre , des services mutuels qui les rendaient heureux. Georges s'admirait dans Pulchérie, il éprouvait h sa vue ce sentiment d'orgueil et de satisfaction qu'éprouva Dieu même, lorsqu'au septième jour il vit que tout était bien et se reposa.
Le jour du repos semblait, en effet, être venu pour les amants ; ils trouvaient dans la joie de leur cœur une fête perpétuelle. Un soir cependant que la famille était au salon,
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occupée à jouer aux cartes , Pulcliérie descendit légèrement les marches du perron.
La lune détachait à vif son croissant audessus des masses sombres du parc ; le perron donnait sur une plate-forme où il y avait des parterres de fleurs et quelques bancs; Pulchérie, du milieu du salon, avait pressenti Georges. Le jeune docteur était assis en l'attendant ; dès qu'il la vit venir :
— Je vous ai appelée intérieurement, lui dit-il, parce que j'ai besoin de vous voir , et de vous voir seule.
— Pourquoi pleurez-vous? dit Pulchérie en devinant une larme aux yeux de Georges .
— Parce que je vous aime , répondit-il.
— Eh bien , le beau sujet d'être triste ! fit-elle avec un sourire charmant.
— Je n'aurais pas sujet d'être triste,
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reprit Georges , si nous n'étions que nous au monde , mais...
— Chassez donc ces mauvaises pensées, interrompit mademoiselle de B... ; tu sais bien que je t'aime , et que tout ici se fait à ma volonté. Je t'aime, Georges; quand nous nous regardons ainsi , j'ai tes yeux dans mes yeux , et tu as mon âme ; ce que lu veux, je le veux ; ce que tu dis , je le pensais.— Je te trouve beau ! mais est-ce pour cela que je t'aime ? je ne crois pas. Pourquoi donc? je ne sais. T'aimer est pour moi aussi naturel et aussi nécessaire que de vivre. Je ne me comprends pas sans toi. Si je suis , c'est que tu es. Avant toi je n'existais pas, je t'attendais; j'ai besoin de te dire tout cela. Oh! vraiment, nous nous aimons bien ! encore ce mot-là va à tout le monde ! il faudrait en faire un pour nous seuls, car