‹ Le fruit défendu (volume 3)Chapitre 15 sur 21 · Z. MARGAS · texte numérisé non relu

Z. MARGAS

î,a jeunesse comprimée éclatera comme la chaudière d'une machine à vapeur.

z. MARCAS.

Je n'ai jamais vu personne , en comprenant même les hommes remarquables de ce temps, dont l'aspect fût plus saisissant que celui de cet homme. L'étude de sa physionomie inspirait d'abord un sen-

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limenl plein de mélancolie cl finissait par donner une sensation presque douloureuse. Il existait une certaine harmonie entre la personne et le nom. Ce Z qui précédait Marcas , qui se voyait sur l'adresse de ses lettres, et qu'il n'oubliait jamais dans sa signature, celte dernière lettre de l'alphabet offrait à l'esprit je ne sais quoi de fatal.

Marcas ! Répétez-vous à vous-même ce nom composé de deux syllabes, n'y trouvez-vous pas une sinistre signifiance ? Ne vous semble-t-il pas que l'homme qui le porte doive être martyrisé ? Quoique étrange et sauvage, ce nom a pourtant le droit d'aller h la postérité; il est bien composé , il se prononce facilement, il a cette brièveté voulue pour les noms célèbres. N'est-il pas aussi doux qu'il est bizarre ? mais aussi ne vous paraît-i! pas inachevé? Je ne voudrais pas prendre sur moi d'affirmer que les noms

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n'exercent aucune influence sur la destinée. Entre les faits de la vie et le nom des lïommes , il est de secrètes et d'inexplicables concordances ou des désaccords visibles qui surprennent; souvent des corrélalionslointaines, mais efficaces, se sont révélées. Notre globe est plein, tout s'y tient. Peut-être reviendra-l-on quelque jour aux seiences occultes.

Ne voyez-vous pas dans la construction du Z une allure contrariée? ne fîgure-t-elle pas le zigzag aléatoire et fantasque d'une vie tourmentée ? Quel vent a soufflé sur cette lettre qui , dans chaque langue oiî elle est admise , commande à peine à cinquante mois? Marcas s'appelait Zéphirin.

Saint Zéphirin est très vénéré en Bretagne. Marcas était Breton.

Examinez encore ce nom : Z. Marcas !

Toute la vie de l'homme est dans l'assem-

blage fantastique de ces sept lettres. Sept î le plus significatif des nombres cabalistiques. L'bomme est mort à trente-cinq ans, ainsi sa vie a été composée de sept lustres. Marcas ! N'avez-vous pas l'idée de quelque chose de précieux qui se brise par une chute avec ou sans bruit?

J'achevais mon droit en 1856 , à Paris. Je demeurais alors rue Corneille , dans un hôtel entièrement destiné à loger des étudiants, un de ces hôtels où l'escalier tourne au fond , éclairé d'abord par la rue , puis par des jours de souffrance , enfin par un châssis. Il y avait quarante chambres meublées comme se meublent les chambres destinées à des étudiants. Que faut-il à la jeunesse de plus que ce qui s'y trouvait ; un lit, quelques chaises , une commode , une glace et une table? Aussitôt que le ciel est bleu, l'étudiant ouvre sa fonetic : mais dans

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celle rue il n'y a point de voisine à courliser. En face , l'Odéon , fermé depuis longtemps , oppose au regard ses murs qui commencent à noircir, les petites fenêtres de ses loges et son vaste toit d'ardoises. Je n'étais pas assez riche pour avoir une belle chambre , je ne pouvais même pas avoir une chambre ; Juste et moi , nous en partagions une à deux lits , située au cinquième étage.

De ce côté de l'escalier , il n'y avait que notre chambre et une autre petite occupée par Z. Marcas, notre voisin. Juste et moi, nous restâmes environ six mois dans une ignorance complète de ce voisinage. Une vieille femme qui gérait l'hôtel nous avait bien dit que la petite chambre était occupée , mais elle avait ajouté que nous ne serions point troublés, la personne étant excessivement tranquille. En effet, pendant

six mois, nous ne rencontrâmes point notre voisin et nous n'entendîmes aucun bruit chez lui , malgré le peu d'épaisseur de la cloison qui nous séparait, et qui était une de ces cloisons faites en lattes et enduites en plâtre , si communes dans les maisons de Paris.

Notre chambre, haute de sept pieds, était tendue d'un méchant petit papier bleu semé de bouquets. Le carreau, mis en couleur , ignorait le lustre qu'y donnent les frotteurs. Nous n'avions devant nos lits qu'un maigre tapis en lisière. La cheminée débouchait trop proraptement sur le toit, et fumait tant que nous fûmes forcés de faire mettre une gueule de loup à nos frais. Nos lits étaient des couchettes en bois peint, semblables à celles des collèges. 11 n'y avait jamais sur la cheminée que deux chandeliers de cuivre , avec ou sans chandelles , nos deux

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pipes , du labac éparpillé ou en sac; puis, les petits tas de cendre que déposaient les visiteurs ou que nous amassions nousmêmes en fumant des cigares. Deux rideaux de calicot glissaient sur des tringles à la fenêtre, de chaque côté de laquelle deux petits corps de bibliothèque en bois de merisier que connaissent tous ceux qui ont flâné dans le quartier latin , et où nous mettions le peu de livres nécessaires h nos études. L'encre était toujours dans l'encrier comme de la lave fiçfée dans le cratère d'un volcan. Tout encrier peut , aujourd'hui , devenir un Vésuve. Les plumes tortillées servaient à nettoyer la cheminée de nos pipes. Contrairement aux lois du crédit , le papier était chez nous encore plus rare que l'argent.

Comment espère-t-on faire rester les jeunes gens dans de pareils hôtels garnis ? Aussi

les étudiants étudient-ils dans les cafés, au théâtre , dans les allées du Luxembourg , chez les grisettes, partout, même à l'Ecole de Droit, excepté dans leur horrible chambre, horribles'il s'agit d'étudier, charmante dès qu'on y babille et qu'on y fume. Mettez une nappe sur cette table , voyez-y le dîner improvisé qu'envoie le meilleur restaurateur du quartier , quatre couverts et deux filles; faites lithographier cette vue d'intérieur , une dévote ne peut s'empêcher de sourire.

Nous ne pensions qu'à nous amuser. La raison de nos désordres était une raison prise dans ce que la politique actuelle a de plus sérieux. Juste et moi , nous n'apercevions aucune place à prendre dans les deux professions que nos parents nous forçaient d'embrasser. II y a cent avocats, cent médecins pour un. La foule obstrue ces

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deux voies , qui semblent mener h la fortune et qui sont deux arènes : on s'y tue , on s*y combat, non pointa l'arme blanche ni à l'arme à feu, mais par l'intrigue et par la calomnie , par d'horribles travaux , par des campagnes dans le domaine de l'intelligence, aussi meurtrières que celles d'Italie l'ont été pour les soldats républicains. Aujourd'hui que tout est un combat d'intelligence, il faut savoir rester des quarantehuit heures de suite assis dans son fauteuil et devant une table, comme un général restait deux jours en selle sur son cheval. L'affluence des postulans a forcé la médecine à se diviser en catégories : il y a le médecin qui écrit, le médecin qui professe, le médecin politique et le médecin militant ; quatre manières différentes d'être médecin, quatre sections déjà pleines. Quant à la cinquième division , celle des docteurs qui

vendent des remèdes , il y a concurrence, et l'on s'y bat à coups d'affiches infâmes sur les murs de Paris. Dans tous les tribunaux, il y a presque autant d'avocats que de causes. L'avocat s'est rejeté sur le journalisme, sur la politique, sur la littérature. Enfin l'état , assailli pour les moindres places de la magistrature, a fini par demander une certaine fortune aux solliciteurs. La tète pyriforme du fils d'un épicier riche sera préférée à la tête carrée d'un jeune homme de talent sans le sou. En s'évertuant, en déployant toute son énergie, un jeune homme qui part de zéro peut se trouver , au bout de dix ans, au-dessous du point de départ. Aujourd'hui, le talent doit avoir le bonheur qui fait réussir l'incapacité; bien plus, s'il manque aux basses conditions qui donnent le succès à la ramj)ante médiocrité , il n'anivera jamais.

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Si nous connaissions parfaitement notre époque , nous nous connaissions aussi nous-mêmes, et nous préférions l'oisiveté des penseurs à une activité sans but ; la nonchalance et le plaisir à des travaux inutiles qui eussent lassé notre courage et usé le vif de notre intelligence. Nous avions analysé l'état social en riant , en fumant, en nous promenant. Pour se faire ainsi , nos réflexions , nos discours n'en étaient ni moins sages ni moins profonds. Tout en remarquant l'ilotisme auquel est condamné la jeunesse, nous étions étonnés de la brutale indifi'érence du pouvoir pour tout ce qui lient à l'intelligence, à la pensée, à la poésie. Quels regards , Juste et moi, nous échangions souvent en lisant les journaux, en apprenant les événements de la politique , en parcourant les débats des chambres , en discutant la conduite d'une

cour dont la volontaire ignorance ne peut se comparer qu'à la platitude des courtisans, à la médiocrité des hommes qui forment une haie autour du nouveau trône , tous sans esprit ni portée, sans gloire ni science , sans influence ni grandeur. Quel éloge de la cour de Charles X , que la cour actuelle , si tant est que ce soit une cour ! Quelle haine contre le pays , dans la naturalisation de deux vulgaires étrangers , sans talent , intronisés h la Chambre des Pairs ! Quel déni de justice , quelle insulte faite aux jeunes illustrations , aux ambitions nées sur le sol ! Nous regardions toutes ces choses comme un spectacle, et nous en gémissions sans prendre un parti sur nous-mêmes.

Juste, que personne n'est venu chercher, et qui n'eût été chercher personne, était, à vingt-cinq ans, un profond politique, un

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homme d'une aptitude merveilleuse à saisir les rapports lointains entre les faits présents et les faits à venir. Il m'a dit en 1831 ce qui devait arriver et ce qui est arrivé : les assassinats, les conspirations, le règne des juifs, la gêne des mouvements de la France, la disette d'intelligences dans la sphère supérieure, etTabondance de talents dans les bas-fonds, où les plus beaux courages s'éteignent sous les cendres du cigare. Que devenir? Sa famille le voulait médecin. Être médecin, n'était-ce pas attendre pendant vingt ans une clientèle?

Vous savez ce qu'il est devenu? Non. Eh bien, il est médecin ; mais il a quitté la France, il est en Asie. En ce moment, il succombe peut-être à la fatigue dans un désert; il meurt peut- être sous les coups d'une horde barbare, ou peut-être est-il premier ministre de quelque prince indien. Ma n. 17

vocation, à moi, est l'action. Sorti à vingt ans d'un collège, il m'était interdit de devenir militaire autrement qu'en me faisant simple soldat ; et fatigué de la triste perspective que présente l'état d'avocat, j'ai acquis les connaissances nécessaires à un marin. J'imite Juste, je déserte la France, où l'on dépense à se faire faire place le temps et l'énergie nécessaires aux plus hautes créalions. Imitez-moi, mes amis! je vais là où l'on dirige à son gré sa destinée.

Ces grandes résolutions ont été prises froidement dans cette petite chambre de l'hôtel de la rue Corneille, tout en allant au bal Musard, courtisant de joyeuses filles, menant une vie folle, insouciante en apparence. Nos résolutions, nos réflexions ont longtemps flotté. Marcas, notre voisin, fut en quelque sorte le guide qui nous mena sur le bord du précipice ou du torrent, et qui

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nous le fil mesurer, qui nous montra par avance quelle serait notre destinée si nous nous y laissions choir. Ce fut lui qui nous mit en garde contre les attermoiements que l'on contracte avec la misère et que sanctionne l'espérance, en acceptant des positions précaires d'où l'on lutte, en se laissant aller au mouvement de Paris, cette grande courtisane qui vous prend et vous laisse, vous sourit et vous tourne le dos avec une égale facilité, qui use les plus grandes volontés en des attentes captieuses, et où l'infortune est entretenue par le hasard.

Notre première rencontre avec IMarcas nous causa comme un éblouissement. En revenant de nos écoles, avant l'heure du dîner, nous montions toujours chez nous et nous y restions un moment, en nous attendant l'un l'autre, pour savoir si rien n'était changé à nos plans pour la soirée.

Un jour, à quatre heures, Juste vit Marcas dans l'escalier; moi, je le trouvai dans la rue. Nous étions alors au mois de novembre, et Marcas n'avait point de manteau ; il portait des souliers à grosses semelles, un pantalon à pieds en cuir de laine, une redingote bleue boutonnée jusqu'au cou, et à col carré, ce qui donnait d'autant plus un air militaire à son buste qu'il avait une cravate noire. Ce costume n'a rien d'extraordinaire, mais il concordait bien à l'allure de l'homme et à sa physionomie. Ma première impression, à son aspect, ne fut ni la surprise, ni Tétonnement, ni la tristesse, ni l'intérêt, ni la pitié, mais une curiosité qui tenait de tous ces sentiments. Il allait lentement, d'un pas qui peignait une profonde mélancolie, la tête inclinée en uvant et non baissée à la manière de ceux qui se savent coupables. Sa tèle, grosse et

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forle, qui paraissait contenir les trésors nécessaires à un ambitieux du premier ordre, était comme chargée de pensées ; elle succombait sous le poids d'une douleur morale, mais il n'y avait pas le moindre indice de remords dans ses traits. Quant à sa figure, elle sera comprise par un mot. Selon un système assez populaire, chaque face humaine a sa ressemblance avec un animal.

L'animal de Marcas était le lion. Ses cheveux ressemblaient à une crinière, son nez était court, écrasé, large et fendu au bout comme celui d'un lion; il avait le front partagé comme celuid'un lion par un sillon puissant, divisé en deux lobes vigoureux. Enfin, ses pommettes velues que la maigreur des joues rendait d'autant plus saillantes, sa bouche énorme et ses joues creuses étaient remuées par des plis d'un dessin fier, et étaient relevées par un coloris plein de tons

jaunâtres. Ce visage presqueterriblesemblaiî éclairé par deux lumières, deux yeux noirs, mais d'une douceur infinie, calmes, profonds, pleins de pensées. S'il est permis de s'exprimer ainsi, ces yeux étaient humiliés. Marcas avait peur de regarder, moins pour lui que pour ceux sur lesquels il allait arrêter son regard fascinateur; il possédait une puissance, et ne voulait pas l'exercer; il ménageait les passants, il tremblait d'être remarqué. Ce n'était pas modestie, mais résignation, non pas la résignation^chrélienne qui implique la charité, mais la résignation conseillée par la raison qui a démontré l'inutilité momentanée des talents, l'impossibilité de pénétrer et de vivre dans le milieu qui nous est propre. Ce regard, en certains moments, pouvait lancer la foudre. De cette bouche devait partir une voix tonnante, elle ressemblait beaucoup à celle de Mirabeau.

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— Je viens de voir dans la rue un fameux homme, dis-je ajuste en entrant.

— Ce doit-être notre voisin, me répondit Juste , qui dépeignit effectivement l'hommequej'avaisrencontré. — Unhomme qui vit comme un cloporte devait être ainsi, dit-il en terminant.

— Quel abaissement et quelle grandeur !

— L'un est en raison de l'autre.

— Combien d'espérances ruinées ! combien de projets avortés !

— Sept lieues de ruines ! des obélisques, des palais, des tours : les ruines de Palmyre au désert, me dit Juste en riant.

Nous appelâmes notre voisin les ruines de Palmyre. Quand nous sortîmes pour aller dîner dans le triste restaurant de la rue de la Harpe où nous étions abandonnés, nous demandâmes le nom du numéro 37;

nous apprîmes alors ce nom prestigieux de Z. Marcas. Comme des enfants que nous étions, nous répétâmes plus décent fois, et avec les inflexions les plus variées, bouffonnes ou mélancoliques, ce nom dont la prononciation se prêtait à notre jeu. Juste arriva par moments à jeter le Z comme une fusée à son départ, et après avoir déployé la première syllabe du nom brillamment, il peignait une chute par la brièveté sourde avec laquelle il prononçait la dernière.

— Ah cà, où , comment vit-il?

De cette question à l'innocent espionnage que conseille la curiosité, il n'y avait que l'intervalle voulu par l'exécution de notre projet. Au lieu de flâner, nous rentrâmes, munis chacun d'un roman. Et de lire en écoutant. Nous entendîmes , dans le silence absolu de nos mansardes , le bruit égal et

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doux produit parla respiration d'un homme endormi.

— Il dort,dis-je à Juste en remarquant ce fait le premier.

— A sept heures , me répondit le docteur.

Tel était le surnom que je donnais à Juste, qui m'appelait le garde des sceaux.

— Il faut être bien malheureux pour dormir autant que dort notre voisin , dis-je en sautant sur notre commode avec un énorme couteau dans le manche duquel il y avait un tire-bouchon. Je fis en haut de la cloison un trou rond, de la grandeur d'une pièce de cinq sous. Je n'avais pas songé qu'il n'y avait pas de lumière, et quand j'appliquai l'œil au trou, je ne vis que les ténèbres. Quand , vers une heure du matin , ayant achevé de lire nos romans, nous allions nous déshabiller, nous entendîmes du bruit chez notre voisin : il se leva, fit détonner une

allumette pliosphorique et alluma sa chandelle. Je remontai sur la commode. Je vis alors Marcas assis à sa table et copiant des pièces de procédure. Sa chambre était de moitié moins grande que la nôtre, le lit occupait un enfoncement à côté de la porte, car l'espace pris par le corridor, qui finissait à son bouge, se trouvait en plus chez lui ; mais le terrain sur lequel la maison était bâtie devait être tronqué, le mur mitoyen se terminait en trapèze à sa mansarde. Il n'avait pas de cheminée, mais un petit poêle en-faïence blanche ondée de taches vertes, et dont le tuyau sortait sur le toit. La fenêtre pratiquée dans le trapèze avait de méchants rideaux roux. Un fauteuil , une table et une misérable table de nuit composaient le mobilier. II mettait son linge dans un placard. Le papier tendu sur les murs était hideux, évidemment on n'avait jamais

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logé là qu'un domestique jusqu'à ce que Marcas y fût venu.

— Qu'as-tu? me demanda le docteur en me voyant descendre.

— Vois toi-même! lui répondis-je.

Le lendemain matin , h neuf heures , Marcas était couché. 11 avait déjeuné d'un cervelas : nous vîmes sur une assiette, parmi des miettes de pain , les restes de cet aliment qui nous était bien connu. Marcas dormait. Il ne s'éveilla que vers onze heures. II se remit à la copie faite pendant la nuit, et qui était sur la table. En descendant, nous demandâmes quel était le prix de celte chambre , nous apprîmes qu'elle coûtait quinze francs par mois. En quelques jours , nous connûmes parfaitement le genre d'existence de Z. Marcas. Il faisait des expéditions, à tant le rôle sans doute , pour le compte d'un entrepreneur d'écritures qui

demeurait dans la cour de la Sainte-Chapelle; il travaillait pendant la moitié de la nuit ; après avoir dormi de six h dix heures, il recommençait en se levant, écrivait jusqu'à trois heures; il sortait alors pour porter ses copies avant de dîner et allait manger rue Michel-le-Gomle, chez Miserai, à raison de neuf sous par repas , puis il revenait se coucher à six heures. Il nous fut prouvé que Marcas ne prononçait pas quinze phrases dans un mois, il ne parlait à personne, il ne se disait pas un mot h lui-même dans son horrible mansarde.

— Décidément, les ruines de Palmyre sont terriblement silencieuses, s'écria Juste.

Ce silence chez un homme dont les dehors étaient si imposants avait quelque chose de profondément significatif. Quelquefois, en nousrencontrant avec lui, nous échangions des regards pleins de |)ensée de

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