UN CHAPITRE DE LUISTOIRE
grand besoin... Pelloqiiin, dit-il à celui-ci avec un coup d'œil qu'il comprit, vous resterez près de moi.
Le médecin se remit en besogne, et celte fois réellement Nazarille s'endormit d'un profond sommeil.
Pelloquin demeura là jusqu'à l'heure de regagner sa chambre et descendit seulement h souper, d'où il rapporta encore quelques bribes. Il continua de nourrir ainsi Nazarille du mieux qu'il put.
La baronne n'avait reparu qu'une fois dans la chambre du malade et devant toute la compagnie, mais elle n'en était pas moins occupée de tout ce qui le concernait. C'était elle qui dirigeait les soins, qui instruisait les domestiques, qui pourvoyait à tout. Sa bonté attentive se déguisait en mille façons; Nazarille seul ne s'y trompait pas.
Le baron avait déjà fait porter ses échecs
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dans la chambre du malade. Nazarille eut peu à faire pour entrer dans sa familiarité et se rattacher tout à fait. Le médecin qu'on interrogeait sans cesse, et que la baronne surtout questionnait adroitement h la dérobée, donnait des nouvelles excellentes. Il exagérait les effets d'une guérison dont il devait recueillir toute la gloire; peut-être au fond ne savait-il qu'en penser, mais sa vanité et son intérêt y trouvant leur compte, il penchait à croire et à dire ce qui le servait si bien, et se trompait aisément luimême. Cependant, comme il insistait pour s'assurer de l'état de la plaie, Nazarille n'osa point l'amuser davantage.
— Docteur, lui dit-il enfin, je sens le prurit d'une cicatrice qui se forme. Je gagerais que ma plaie est entièrement fermée. En tout cas de blessures sans circonstances aggravantes de venin, de lésion dangereuse
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OU de corps étrangers restés dans la plaie, je pencherais volontiers pour un seul pansement jusqu'à l'entière cicatrisation. La nature agit toute seule ; il n'y a qu'à la laisser faire. Voyez les incisions végétales, les animaux, et ces expériences de chairs rapportées qu'ont tentées de grands chirurgiens.
— Cela dépend des cas, comme vous dites; il est certain que le pansement ravive la plaie.
— Eh bien! si vous le voulez, docteur, examinons; je serais bien trompé si nous trouvons grand'chose.
Nazarille délia lui-même ses bandes, dont les linges étaient tout souillés de sang.
— Je ne vois rien, dit le médecin, plus rien qu'une estafilade.
— Que vous disais-je? reprit Nazarille.
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Figurez-vous , docteur , que cela faisait frémir.
— Peste ! je le vois bien , dit le docteur en tâtantles chairs du bout du doigt; c'était une horrible plaie.
— Croyez-vous qu'il q'y ait plus de danger véritablement? reprit Nazarille avec une gravité inquiète.
— Vous êtes sauvé , j'en réponds ; c'est fini.
— Mais ne mettrez-vous rien là-dessus ?
— Soyez tranquille, je ne vous lâche pas encore; je veux achever mon ouvrage.
11 envoya cherchei* sa trousse et se mit à écrire une prescription pour quelque tisane. Il composa un emplâtre et l'appliqua sur la plaie.
— Ah ! je me sens singulièrement soulagé , dit Nazarille en se recouchant.
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— C'est tout simple; à présent du repos, du régime , et nous vous mènerons tout doucement hors d'affaire.
— Ah ! monsieur , dit Nazarille , comment pourrai-je vous exprimer ma reconnaissance?
— Monsieur , dit le médecin , vous ne me devez rien après la joie que ceci me donne; j'y g^S'^^ pour ainsi dire autant que vous. Je ne céderais pas pour trois mille écus l'expérience que nous avons faite.
11 descendit au salon et s'écria : — 11 est sauvé ! ce n'est plus qu'une ëgratignure qui est en pleine cicatrisation; plus d'irritation, plus de fièvre; c'est presque un miracle.
11 ne tarit pas sur la guérison du malade, et il alla jusqu'à dire qu'il se faisait fort de le faire descendre à table avant qu'il fût trois jours, On demeura surpris. — Mais il était si mal ! dit timidement la baronne. —
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Il était dans la tombe , et je l'en ai tiré, dit le médecin. — La baronne demeura pensive, cherchant h se rendre compte de tout ce qui arrivait. Le médecin , lui , sans rien s'expliquer , donnait tête baissée dans une aventure qui servait si bien ses intérêts.
Nazarille jugea, sur ces entrefaites, qu'il fallait frapper les grands coups. Le baron monta pour lui présenter ses félicitations , et comme h propos de leur jeu d'échecs il lui disait qu'il s'engageait à le rendre grand joueur en peu de leçons, Nazarille répondit qu'il n'en aurait pas le temps et qu'il allait se disposer à partir.
— Eh quoi, dit le baron , ne voulez-vous point rester avec nous jusqu'à votre pleine convalescence?
— Je vous rends mille grâces de votre courtoisie, mais je vous cause un grand em-