‹ Le fruit défendu (volume 3)Chapitre 5 sur 21 · UN CHAPITRE DE LHISTOIRE · texte numérisé non relu

UN CHAPITRE DE LHISTOIRE

barras, et je suis sûr que j'incommode particulièrement madame la baronne.

— Allons donc, mon cher, ma femme est froide, un peu cérémonieuse , mais au fond elle vous porte grand intérêt et vous voit avec infiniment de plaisir.

— Et puis , dit Nazarille , des affaires assez pressantes me forcent de me remettre en chemin.

Le baron insista , mais inutilement ; il descendit et rencontrant la baronne , il lui dit qu'elle s'acquittait assez mal de son hospitalité entreprise avec tant de zèle; qu'elle n'y mettait aucune grâce , et qu'elle devait aller faire politesse au blessé qui , par discrétion sans doute, voulait déjà les quitter. La baronne ne put esquiver cette démarche qu'elle avait reculée jusque-là. Elle monta en tremblant.

— Ah ! madame , dit Nazarille dès qu'il

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la vit , ne suis-je plus digne seulement de votre compassion ? J'ai cru que je partirais sans vous voir. 11 valait mieux mourir. Ne me donnerez-vous pas votre main à baiser? Deux grosses larmes roulaient dans ses yeux. 11 se cacha le visage.

— Vous voulez partir? murmura la baronne tremblante.

— Je pense, dit Nazarille en sanglotlant, que c'est la seule chose que je puisse faire pour vous que de vous délivrer de ma vue.

La baronne ne put répondre,

— Seulement , reprit-il avec chaleur , permettez-moi de lever une dernière fois les yeux sur vous , et puis oubliez un malheureux qui emportera votre image dans son cœur.

— La seule chose que vous puissiez faire, dit la baronne , c'est donc d'achever de me déchirer le cœur !

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Nazarille la regardait avec des yeux pleins d'ivresse.

— Restez , dit-elle... je vous en prie. Elle lui abandonna sa main.

— Ce n*est pas tout, reprit-il en souriant, et je ne peux tout dire , mon accident se rapporte à des aventures bizarres ; des affaires d'intérêt me rappellent... comment vous dire ?... je suis ici sans linge , sans habits même , et je dépends pour mes revenus de je ne sais quels parents et gens d'afl'aires qui ne sont plus d'humeur , pour bonnes raisons, à tenir compte d'une lettre. Quelle figure ferais-je ? 11 faut que je parte; peut-être , en d'autres temps, serai-je plus heureux...

— Belles raisons ! dit la baronne en souriant elle-même.

Le reste de la conversation se passa sur le ton le plus tendre.

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