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face, et que l'on ne retrouve plus guère en France. Les bois y sont rarement percés de routes; en certains endroits, la difficulté du transport protège même leur virginité con" Ire les offenses du bûcheron. Des collines couronnées négligemment d'arbres sauvages, des ocres rougeâlres au flanc des montagnes déchirées , des rivières paresseuses , perdues sous des chevelures de vieux saules ou de bouleaux inclinés , et dont l'onde ne se fatigue point à porter de lourds bateaux, tout imprime à cette campagne solitaire un air majestueusement calme qui porte au recueillement : l'absence de l'homme et de ses ouvrages fait rêver à Dieu.
Cette nature vierge se marie merveilleusement avec les ruines dont le pays est semé en plusieurs endroits ; il semble que la féodalité s'y soit écroulée d'hier; des restes de châieaux-forls , amas confus de pierres dé-
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tachées , au milieu desquels le sombre donjon dresse encore son front morne et découronné, se mêlent harmonieusement aux rochers abruptes et aux noires forêts impénétrables. Les guerres Je la Ironde ont imprimé la trace de leurs ongles de fer sur ces orgueilleuses demeures féodales que le génie de Richelieu acheva de détruire ou d'humilier. Quelques-unes pourtant sont restées solidement assises sur leur base inébi'anlable; enveloppées dans leur solitude et leurs murailles comme un guerrier vaincu dans son manteau, elles domineni les hauteurs pittoresques du Berry.
Les mœurs ont gardé quelque ehose du moyen âge, surtout dans certaines familles anciennes qui refusent obstinément tout contact avec le dehors; néanmoins il est vrai de dire qu'en général une nouvelle génération, peu en harmonie avec celle se-
vèro architecture, peuple aujourd'hui les châteauxduBerry, véritables nids de pierre dont les oiseaux de proie ont disparu. Le luxe , souvent même la coquetterie parisienne , essaient ces bastilles féodales d'ornements peu en harmonie avec la rudesse du cadre. Déjeunes femmes dressées aux manières de notre grande ville font les honneurs de leur salon avec une grâce et une aisance charmantes, dont les anciennes châtelaines raides et sévères s'indignent sourdement sur leurs vieux portraits religieusement accrochés aux murs.
Un fait remarquable , c'est que les destructions , si profondes et si acharnées qu'elles aient été, n'ont pu entièrement soulever de terre ces châteaux indéracinables. Les paysans sont venus après les démolisseurs pour arracher les ruines du sol, mais ils n'y sont point parvenus. Ces monuments
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de l'histoire féodale sont restés intacts dans leurs fondements pour attester à l'avenir le passage d'une race de géants presque inconnus. Des troupeaux de bœufs lourdement agenouillés , ou quelques chèvres légères pendues aux restes indestructibles de ces constructions vénérables, achèvent de former pour le voyageur des tableaux pleins d'enseignement et de poésie.
Lorsqu'on étudie les lieux , on ne tarde pas à remarquer que les châteaux épargnés par les ravages de la fronde et demeurés debout dans le pays sont presque tous des constructions sans importance militaire , dont toute la valeur s'appuyait sur la position et la défense de leurs voisins. Les premiers soutiens du régime féodal démolis , on a laissé subsister les autres châteaux , comme incapables de faire ombrage à la royauté. Presque toutes les constructions du
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moyen âge restées debout dans io Berry se servaient en effet des châteaux aujourd'hui abattus, comme d'auxiliaires puissants qui les mettaient à couvert contre une surprise et un coup de main. C'est ainsi que le château de Chazelel, demeura intact, trouvait alors dans ses alliés de î^uzeret et de Chassin-Grimont des frères d'armes qtii le fortifiaient, et que la démolition a atieints pour cette cause. Les demeures féodales maintenant renversées offrent en effet des restes de donjons, de poternes, de tours crénelées, et tout nn luxe de fortifications dont les autres châteaux conserves sont biori loin de présente»- l'asppct sauvage et menaçant. 11 en est de ces monuments-là commodes hommes, ce sont les plus forts qui succombent les premiers.
L'habitation du comte de B..., si sombre et si sévère qu'elle semble de nos jours avec
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sa masse imposante de tourelles, ses murs épais, ses poDls-levis,ses créneaux, ses por tes basses, ses cours intérieures entourées de fossés , son assiette ferme et menaçante sur le sommet d'une colline , n'était donc guère pour les rudes barons du moyen âge qu'une maison de plaisance.
Cette maison de plaisancen'en servait pas moins, nous l'avons dit, de repaire «.bscnr et impénétrable à l'un des secrets les mieux gardés qui fût jamais; et, comme il n'y a guère que la douleur qui cherche l'ombre et le mystère, on en conrlunit généralement que re secret devait oive d'iine grande inforhipp.
La curiosité des habitants se trouvait alors partagée entre ce château solitaire et l'habitation d'un jeune médecin allemand, qui était venu se fixer depuis quelques mois
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dans ce pays. La maison qu'il occupait, à une demi-lieue du châleau, était un ancien presbytère dont il avait fait relever les ruines. Abritée au nord par une foret noire et épaisse, elle recevait en plein les vents du sud-ouest; les toits délabrés et battus alors par des souffles orageux laissaient tomber» dans les temps de pluie, des débris de tuiles, moussues. Un enclos de broussailles et de haies vives enfermait un petit jardin où végétaient quelques légumes, des arbres à fruits et des berceaux de vigne. Les pigeons du rhatenn aimaient à venir sp reposer sur lo toi! dp la maison, ou buvaient familièïTn'ont dans une source d'eau vive qui jaillissait de terre au milieu du potager.
Le maître de cette maison abandonnée se nommait M. Geoiges Frilzs.
On s'étonnait beaucoup de sa manière de vivre. Les chasseurs qui allaient tirer