‹ Le fruit défendu (volume 4)Chapitre 24 sur 33 · UNE VOIX · texte numérisé non relu

UNE VOIX

V'Ià la soupe aux mariés ! la soupe au poivre! Les paresseux! faut la gober... de force, le marié, s'il ne veut pas de bonne volonté... de force, le scélérat!

d'eUSTACME I'LUMET. ^121

Ah ! mon Dieu , c'est bien déplacé ce que vous faites là ; faut guère avoir de complaisance. Virginie est là qu'elle n'eu peut plus... ni moi non plus.

MAD, CHEVAL

Dieu du sort , qu'est-ce qu'y a donc? Ah ! ma pauvre lillel Allez-vous-en donc, vous autres , débarrassez-nous , qu'y a pas de bon sens... Ah! Dieu de Dieu !

UNE VOIX, en s'en allant.

Tiens!... bah, ça ne sera rien... c'est la mariée... bah ! ( Virginie demeure sans souffle et sans connaissance. )

MAD. CHEVAL

Ma Virginie, ma biche, qu'est-ce que t'as? reconnais donc ta petite mère ; c^est moi ! qu'estce qu'on t'a fait?... {Avec un regard de travers.) C'est VOUS;, Plumet?

PLUMET

Mais non, maman, ce n'est pas moi... je VOUS jure.

MAD. CHEVAL

C'est lui , n'est-ce pas, c'est ce vilain-là ? Dis à ta petite mère , il t'a maltraitée , il t'a bougonnée... qu'est-ce qu'il t'a donc fait?... Ah I c'est que... mais réponds-moi donc , ma biche; c'est lui, pas vrai?

VIRGINIE, rouvrant l'ceil.

C'est lemelon.

PLUMET

Vous voyez bien , m'man , que ce n'est pas moi.

MAD. CHEVAL

Vous n'avez fait que votre devoir , entendez* vous. .? Je te dis toujours , ma biche , de t'en mé fier... que tu en manges, que ça te reproche après... Allez donc faire du thé, Plumet, du tilleul, quelque chose... Ça ne sera rien, ma biche... Ah ! Dieu, qu'elle a du souffrir!

PLUMET

Moi aussi , allez.

MAD; CHEVAL

Vlà qu'elle retourne de l'œil ; ça y reprend.;. Remuez -vous donc, Plumet... vous restez là comme un saint de bois... vous n'avez pas besoin ici , c'est pas ça que vous avez à voir.

PLUMET

Oh I ça m'est égal maintenant , maman.

MAD. CHEVAL

Bois un peu de ça, ma biche; force-toi.

PLUMET

Ahl quelle chose! faut-il que ça arrive un jour... comme aujourd'hui ! Je n'ai pas le cœur de voir ça, moi... Virginie, ma bonne Virginie, regardez-nous donc, v' là votre maman.

MAD. CHEVAL

Elle revient... le plus fort est passé... Ma

d'eustache plumet. 125

poule , écoute donc ton petit mari qui est dans la peine.

PLUMET

Virginie, vous ne voulez pas me faire de chagrin... vous m'en faites... nesoyezplus malade... je vous en prie. (// lui prend la main.)

VIRGINIE, ïanguissamtnent.

Vous revenez donc sur votre conduite?

MAD. CHEVAL

l Quoi donc! il y a donc eu quelque chose?

PLUMET

Non, maman, tout m'est égal à présent... plutôt que de la voir comme ça... Je ne sais pas ceque... Virginie... j'avais tort... ne parlons plus de rien. . . de ces vilaines choses. . .

VIRGINIE

Vous ne serez plus méchant?

PLUMET

Non , Virginie..» je voulais... Eh ben! j'ai eu tort , voilà ; c'est bien fini. . . mais aussi il est inutile d'en parler à votre père.

MAD. CHEVAL

Oh ! Dieu , vous ferez bien , si c'est quelque chose... Sa fille! Dieu vous en préserve... vous seriez un homme...

Faut pas, n'est-ce pas, Virginie?

VIRGINIE

C'est bon , monsieur , on ne le dira pas.

i 2i LES NOCES

PLUMET

C'est comme ce jeune homme... fautlui faire eutendre raison... vous concevez... ce n'est pas moi qui lui en veux.

MAD. CHEVAL-

Qu'est-ce que vous dites donc là? je m'en cliarge , voyez-vous, ça me regarde... Allons, s'il y a eu de la brouille , raccommodez-vous , mes enfants. Allons donc.

PLUMET

Oh! j' veux bien. {Il embrasse Virginie qui tend sa joue en roulant les yeux.)

MAD. CHEVAL

Là... y a-t-il rien de plus gentil que ça... un ménage bien uni... que ça donne envie de le voir... Tâche donc de t'habiller , Virginie, que lu descendrais à déjeuner... pas pour manger , s'entend. . . tu prendras du thé. ( Rentrent des gens de la noce. )

LECAMUS

Comment se porte la mariée? comment a-t-on passé la nuit? {Tout le monde rit.)

MAD. CHEVAL

Pas mal ; un peu indisposée ce matin...

Ah dame ! heureusement que ça ne sera rien. {On rit.)

LESCALOPIER

En effet, dites donc... Mazette ! . . . il m' pa-

d'eustache plumet. 425

rait...siça ne marche plus que comme ça...

{Nouveaux rires.)

MAD. CHEVAL

Allons, allons, c'est bon.

LESCALOPIER

Et le marié!... excusez... T' faut-il des toniques, mon garçon?... Houh! legueurdin, va !

PLUMET

Toujours farceur.

LESCALOPIER, plus bas.

Ah çà, parlons peu et parlons bien, te v'Ià , comme on dit, dans les contrôles... es-tu content?

PLUMET, bas.

Mais , oui... qui s'entend , content. .. oui , je suis content. Je vous dirai ça plus tard.

LESCALOPIER, bas.

Tu es content , c'est le principal.

Pour lors , tout s'est donc bien passé?

MAD. CHEVAL

Mais , mon Dieu, oui. Sont -ils sciants t Allons , ma Virginie , prends le bras de ta mère ; pauvre biche 1... Mes enfants, nous allons descendre déjeuner.

BOUVIER

A la bonne heure , il n'y a pas de bonne fête sans lendemain.

MAD. CHEVAL

Avez- VOUS dit, Lecamus...? Vous savez, les

amis , aujourd'hui c'est chacun son écot.

LESCALOPIER

Bien entendu , c'est trop juste.

BOUVIER

Je suis bien fâché , mesdames , je serai privé de ce plaisir ; je suis obligé de me rendre à mon bureau , ainsi que notre chef.

LECAMUS

Ah ça, tout va bien ; chacun est content. Y a plaisir de faire des mariages comme ça ; j'ai la main heureuse, pas vrai?... Que ça continue toujours comme ça a commencé , c'est ma récompense....

ÉfOUAKO OURLUC.

lA TOlSOJi D'OR.

Tlburoe élait réellement un jeune, homme fort singulier; sa bizarrerie avait surtout l'avantage de n'être pas affectée, il ne la quittait pas comme son chapeau et ses gants en rentrant chez lui : il était original entre quatre II. 9

-150 LA TOISOiN d'or.

murs, sans spectateurs, pour lui tout seul.

N'allez pas croire , je vous prie, que Tiburce fût ridicule , et qu'il eût une de ces manies agressives, insupportables à tout le monde; il ne mangeait pas d'araignées, ne jouait d'aucun instrument et ne lisait de vers à personne ; c'était un garçon posé , tranquille, parlant peu , écoutant moins, et dont l'œil à demi ouvert semblait regarder en dedans. =•

Il vivait accroupi sur le coin d'un divan, étayé de chaque côté par une p\Ie de coussins, s'inquiétant aussi peu des affaires du temps que de ce qui se passe dans la lune. — Il y avait très peu de substantifs qui fissent de l'effet sur lui , et jamais personne ne fut moins sensible aux grands mots. 11 ne tenait en aucune façon à ses droits politiques et pensait que le peuple est toujours libre au cabaret.

LA TOISON d'or. ^5^

Ses idées sur toutes choses étaient fort simples : il aimait mieux ne rien faire que travailler; il préférait le bon vin à la piquette, et une belle femme à une laide ; en histoire naturelle, il avait une classification on ne peut plus succincte ; ce qui se mange et ce qui ne se mange pas. — Il était d'ailleurs parfaitement détaché de toute chose humaine, et tellement raisonnable qu'il paraissait fou.

Il n'avait pas le moindre amour-propre; il ne se croyait pas le pivot de la création, et comprenait fort bien que la terre pouvait tourner sans qu'il s'en mêlât; il ne s'estimait pas beaucoup plus que l'acarus du fromage ou les anguilles du vinaigre; on face de l'éternité et de l'infini , il ne se sentait pas le courage d'être vaniteux; ayant quelquefois regardé par le microscope et le télescope, il ne s'exagérait pas l'importance

432 LA TOISON d'or.

humaine; sa taille était de cinq pieds quatre pouces; mais il se disait que les habitants du soleil pouvaient bien avoit huit cents lieues de haut.

Tel était notre ami Tiburce.

On aurait tort de croire, d'après ceci, que Tiburce fût dénué de passions. Sous les cendres de cette tranquillité, couvait plus d'un tison ardent. Pourtant on ne lui connaissait pas de maîtresse en titre, et il se montrait peu galant envers les femmes. Tiburce, comme presque tous les jeunes gens d'aujourd'hui , sans être précisément un poëte ou un peintre , avait lu beaucoup de romans et vu beaucoup de tableaux ; en sa qualité de paresseux, il préférait vivre sur la foi d'autrui ; il aimait avec l'amour du poëte, il regardait avec les yeux du peintre, et connaissait plus de portraits que de visages ; la réalité lui répugnait, et à force de

LA TOISON d'or. 155

vivre dans les livres et les peintures , il en était arrivé à ne plus trouver la nature vraie.

Les madones de Raphaël, les courtisanes du Titien lui rendaient laides les beautés les plus notoires : la Laure de Pétrarque , la Bëatrix de Dante, THaïdée de Byron, la Camille d'André Chénier lui faisaient paraître vulgaires les femmes en chapeau, en robe et en mantelet dont il aurait pu devenir l'amant : il n'exigeait cependant pas un idéal avec des ailes à plumes blanches et une auréole autour de la tête; mais ses études sur la statuaire antique , les écoles d'Italie , la familiarité des chefs-d'œuvre de Fart , la lecture des poètes l'avaient rendu d'une exquise délicatesse en matière de forme, et il lui eût été impossible d'aimer la plus belle âme du monde, à moins qu'elle n'eût les épaules de la Vénus de Milo. —

^^^ LA TOISON d'or.

Aussi Tlburce n'était-il amoureux de personne.

Cette préoccupation de la beauté se trahissait par la quantité de statuettes, de plâtres moulés, de dessins et de gravures qui encombraient et tapissaient sa chambre , qu'un bourgeois eût trouvée une habitation peu vraisemblable ; car il n'avait d'autres meubles que le divan cité plus haut et quelques carreaux de diverses couleurs épars sur le tapis ; n'ayant pas de secrets , il se passait facilement de secrétaire , et l'incommodité des commodes était un fait démontré pour lui.

Tiburce allait rarement dans le monde, non par sauvagerie, mais par nonchalance; il accueillait très bien ses amis et ne leur rendait jamais de visite. — Tiburce était-il heureux? non; mais il n'était pas malheureux ; seulement, il aurait bien voulu pou-

LA TOISON d'oFv. -455

voir s'habiller de rouge. Les gens superficiels l'accusaient d'insensibilité et les femmes entretenues ne lui trouvaient pas d'âme, mais au fond c'était un cœur d'or, et sa recherche de la beauté physique trahissait aux yeux attentifs d'à mères déceptions dans le monde de la beauté morale. — A défaut de la suavité du parfum , il cherchait l'élégance du vase ; il ne se plaignait pas , il ne faisait pas d'élégies, il ne portait pas ses manchettes en pleureuse , mais l'on voyait bien qu'il avait souffert autrefois , qu'il avait été trompé et qu'il ne voulait plus aimer qu'à bon escient. Comme la dissimulation du corps est bien plus difficile que celle de l'âme, il s'en tenait à la perfection matérielle ; mais , hélas! un beau corps est aussi rare qu'une belle âme. D'ailleurs Tiburce , dépravé par les rêveries des romanciers, vivant dans la société idéale et charmante

J.")(i l.A lOISON 1)V)IV.

créée par les poêles , l'œil plein des chetstl'œuvre de la statuaire et delà peinture, avait le goût dédaigneux et superbe , et ce qu'il prenait pour de l'amour n'était que de l'admiration d'artiste. — Il trouvait des faute's de dessin dans sa maîtresse; — sans qu'il s'en doutât, la femme n'était pour lui qu'un modèle.

Un jour, ayant fumé son hooka, regardé la triple Léda du Corrége dans son cadre à filets, retourné en tous sens la dernière figurine de Pradier, pris son pied gauche dans sa main droite et son pied droit dans sa main gauche, posé ses talons sur le bord de la cheminée , Tiburce , au bout de ses moyens de distraction, fut obligé de convenir vis-àvis de lui-même qu'il ne savait que devenir, et que les grises araignées de l'ennui descendaient le long des murailles de sa chambre toute poudreuse de somnolence.

LA lOiSO.N DOK. 157

Il demanda l'heure ; — on lui répondît qu'il était une heure inoins un quart, ce qui lui parut décisif et sans réplique. Il se fil habiller et se mit à courir les rues; en marchant, il réfléchit qu'il avait le cœur vide et sentit le besoin de faire une passion, comme on dit en argot parisien.

Cette louable résolution prise, il se posa les questions suivantes: — Ainierai-je une Espagnole au teint d'ambre , aux sourcils violents, aux cheveux de jais? une Italienne aux linéaments antiques , aux paupières orangées cernant un regard de flamme? une Française fluette avec un nez à la Roxelane et un pied de poupée? une juive rouge avec une peau bleu de ciel et des yeux verts ; une négresse noire comme la nuit et luisante comme un bronze neuf? Aurai-je une passion brune ou une passion blonde? Perplexité grande!

158 LA TOISON DOK.

Comme il allait tête baissée , songeant à tout cela , il se cogna contre quelque chose de dur qui fit un saut en arrière en proférant un horrible jurement. Ce quelque chose était un peintre de ses amis: ils entrèrent tous deux au Musée. — Le peintre, grand enthousiaste de Rubens, s'arrêtait de préférence devant les toiles du Michel - Ange néerlandais qu'il louait avec une furie d'admiration tout - h - fait communicative. Tiburce , rassasié de la ligne grecque , du contour romain , du ton fauve des maîtres d'Italie, prenait plaisir à ces formes rebondies, à ces chairs satinées, à ces carnations épanouies comme des bouquets de fleurs, à toute cette santé luxurieuse que le peintre d'Anvers fait circuler sous la peau de ses figures en réseaux d'azur et de vermillon. 5on œil caressait avec une sensualité complaisante ces belles épaules nacrées et ces

LA TOISON D'or. ^59

croupes de sirènes inondées de cheveux d'or et de perles marines ; Tiburce , qui avait une trèsgrande facultéd'assimilation et qui comprenait également bien les types les plus opposés , était en ce moment-là aussi flamand que s'il fût né dans les Polders et n'eût jamais perdu de vue le fortde Lillo et le clocher d'Anlwerpen.

— Voilà qui est convenu, se dit-il en sortant de la galerie, j'aimerai une Flamande.

Comme Tiburce était l'homme le plus logique du monde, il se posa ce raisonnement tout à fait victorieux, à savoir, que les Flamandes devaient être beaucoup plus communes en Flandre qu'ailleurs , et qu'il était urgent pour lui d'aller en Belgique — au pourchas du blond. — Ce Jason d'une nouvelle espèce, en quête d'une autre toison d'or, prit le soir même la diligence de Bruxelles avec la précipitation d'un banque-

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l'oulier las du commerce des hommes et sentant le besoin de quitter la France, cette terre classique des beaux-arls , des belles manières et des gardes du commerce.

Au bout de quelques heures, Tiburce vit paraître, non sans joie , sur les enseignes des cabarets, le lion belge sous la figure d'un caniche en culotte de nankin , accompagné de l'inévitable Verkoopt men draiiken. Le lendemain soir, il se promenait à Bruxelles, sur la Magdalena-Stras , gravissait la montagne aux herbes potagères , admirait les vitraux de Sainte-Gudule et le beffroi de rHôtel-de-Ville, et regardait, non sans inquiétude, toutes les femmes qui passaient.

11 rencontra un nombre incalculable de négresses, de mulâtresses, de quarteronnes, de métisses, de griffes , de femmes jaunes, de femmes cuivrées , de femmes vertes , de

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femmes couleur de revers de botte, mais pas une seule blonde ; s'il avait fait un peu plus chaud, il aurait pu se croire à Séville ; rien n'y manquait , pas même la mantille noire.

Pourtant en rentrant dans son hôtel, rue d'Or, il aperçut une jeune fille qui n'était que châtain foncé, mais elle était laide ; le lendemain, il vit aussi près de la résidence de Laëken une Anglaise avec des cheveux rouge carotte et des brodequins vert tendre ; mais elle avait la maigreur d'une grenouille enfermée depuis six mois dans un bocal pour servir de baromètre, ce qui la rendait peu propre à réaliser un idéal dans le goûtdeRubens.

Voyant que Bruxelles n'était peuplé que d'Andalouses au sein bruni, ce qui s'explique du reste aisément par la domination espagnole qui pesa longtemps sur les Pays-Bas, Tiburce résolut d'aller à Anvers, pensant

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avec quelque apparence de raison que les types familiers à Paibens, et si constamment reproduits sur ses toiles , devaient se trouver fréquemment dans sa ville natale et bien aimée.

En conséquence , il se rendit à la station du chemin de fer qui va de Bruxelles à Anvers. — Le cheval de vapeur avait déjà mangé son avoine de charbon , il renâclait d'impatience et soufflait par ses naseaux enflammés , avec un râle strident , d'épaisses bouffées de fumée blanche , entremêlées d'aigrettes d'étincelles; Tiburce s'assit dans sa stalle en compagnie de cinq Wallons immobiles à leurs places commodes chanoines au chapitre, et le convoi partit. — La marche fut d'abord modérée ; on n'allait guère plus vite que dans une chaise de poste à dix francs de guide; bientôt le cheval de mêlai s'anima et fut pris d'une incroyable

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furie de vitesse. Les peupliers du chemin fuyaient à droite et à gauche comme une armée en déroute , le paysage devenait confus et s'estompait dans une grise vapeur, le colza et l'œillette tigraient vaguement de leurs étoiles d'or et d'azur les bandes noires du terrain ; de loin en loin une grêle silhouette de clocher se montrait dans le roulis des nuages et disparaissait sur-le-champ comme un mât de vaisseau sur une mer agitée ; de petits cabarets rose tendre ou vert pomme s'ébauchaient rapidement au fond de leurs courtils sous leurs guirlandes de vigne vierge ou de houblon ; çà et là des flaques d'eau encadrées de vase brune papillotaient aux yeux comme les miroirs des pièges d'alouettes. Cependant le monstre de fonte éructait avec un bruit toujours croissant son haleine d'eau bouillante ; il sifflait comme un cachalot asthmatique, une sueur

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