‹ Le fruit défenduChapitre 4 sur 11 · U1V MARIAGE · texte numérisé non relu

U1V MARIAGE

Un jour de l'hiver dernier, j'étais sorti de chez moi par une belle gelée, je marchais pour marcher, et préoc-. cupé de pensées tristes, je portais mes pas au hasard. J'arrivai près de l'église de Saint-Louis d'Antin. Il faisait frais ; des pauvres étaient groupés sur les marches et causaient entre eux d'une cérémonie qu'ils attendaient avec impatience.

— Ce sera une belle noce, disaient-ils ; la mariée est riche, et le futur est un officier de haut grade. »

Conduit par la curiosité j'entrai, non dans le but de me distraire, un mariage m'a toujours inspiré de la mélancolie, mais pour voir des gens entourés des illusions de la vie, et deviner sur leurs visages quel serait leur avenir. L'église était déserte ; quelques enfants aidaient le suisse à parer l'autel, leurs voix retentissaient sous la voûte. Je les regardai un instant, puis je cherchai une place commode pour ne rien perdre de ce qui allait se passer.

J'approchai de la chapelle de la Vierge ; une femme y était à genoux dans une immobilité parfaite. Ses vêtements annonçaient l'opulence et le goût de la bonne compagnie. Un voile de blonde noire me cachait ses traits, qui me parurent d'une pâleur effrayante. Ses regards

étincelaient d'un feu sombre; elle tressaillait au moindre bruit, ensuite elle ne remuait pas plus que la statue de pierre qu'elle semblait invoquer.

Je m'assis auprès d'elle ; sans m'en rendre compte je m'y intéressai. On voyait qu'il y avait dans cette âme un profond désespoir. Elle ne m'aperçut pas. Après avoir terminé les préparatifs, le bedeau se retira; nous restâmes seuls, et le plus grand silence régna dans le temple. Ma jeune compagne se laissa tomber sur ses talons, croisa ses mains sur sa poitrine, comme si elle eût voulu en comprimer les cris. Peu à peu sa respiration devint plus gênée ; elle sanglota sans qu'une larme sortît de ses paupières, un nom voltigea sur ses lèvres : je m'approchai pour la soutenir, elle allait se trouver mal. Dès que je l'eus touchée, elle tourna brusquement la tête vers moi. Probablement ma physionomie exprimait de la compassion ; au lieu de me repousser, elle s'approcha en s'écriant :

— Cachez-moi. »

De plus en plus intéressé, j'essayai de lui parier; je lui offris des soins, je lui adressai des questions, elle était calme en apparence, et ne me répondit pas. Une demiheure se passa de la sorte. Enfin, onze heures sonnèrent, les portes s'ouvrirent, la foule se précipita dans la nef. Les voitures se pressèrent devant le perron, la halleharde du suisse annonça le curé, en même temps le cortège nuptial se plaça dans le chœur.

La jeune fille était jolie et modeste. Quelque chose de naïf et de joyeux l'embellissait encore. Son mari, au contraire, malgré tous ses efforts,, paraissait visiblement inquiet. Ses regards cherchaient à pénétrer derrière les piliers, il examinait chacun des assistants. Cette préoccupation me frappa : la malheureuse, qui était près de

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