‹ Le fusainChapitre 6 sur 17 · DIVERS PLANS, TERRAINS, ROCHERS, ETC · texte numérisé non relu

DIVERS PLANS, TERRAINS, ROCHERS, ETC

Nous sommes convenu qu^en approchant des premiers plans, il fallait accentuer ses travaux et définir ses moyens d^expression ; la mie de pain revient ici à propos : elle aide toujours au modelé, elle arrête les contours d'une masse d^arbre éclairée, elle peut servir d'estompe au besoin, quand on la promène légèrement sur le travail, de manière à lui faire enlever seulement une partie de la

couche du fusain sans arriver au papier ; les demi-teintes obtenues ainsi sont précieuses pour modeler un plan éloigné et lui donner Fillusion de la distance. La mie de pain, produisant l'effet dhine touche claire posée dans la peinture à Fhuile sur un ton foncé, permet de réaliser dans le fusain tous les jeux de la lumière ; rien n^est plus commode pour enlever vivement une masse éclairée ou un tronc d^arbre lumineux sur un feuillage sombre, un angle de rocher ou de muraille, ces fumées blanchâtres qui s^élèvent dans les espaces, de ces lumières vives, enfin, qui font saillie dans la nature, et auxquelles on ne donnerait qu^une molle apparence en cherchant à les réserver à Favance. On peut donc affirmer que la mie de pain est dhine ressource indispensable dans un dessin au fusain.

La peau de gant, Famadou donnent d’excellents résultats pour enlever des demiteintes.

L’emploi des estompes est aussi bien précieux. L’estompe la plus naturelle est le doigt; il donne des demi-teintes superbes, il sert à varier l’aspect des travaux : ainsi.

pour faire ressortir la vibration de la lumière dans un plan d^arbres^ on peut éteindre au doigt le plan de terrain sur lequel ils reposent. Il assourdit^ . il simplifie les tons^ enveloppe les travaux trop apparents qui^ par une parité d’effet et d’expression^ lutteraient avec d’autres. C’est un excellent moyen pour rendre la transparence et le calme des ombres. L’estompe de papier, employée dans les mêmes cas, donne des résultats analogues, avec cette légère différence qu’elle écrase un peu les travaux; elle est d'un usage facile et s’applique avec avantage aux parties trèsrestreintes auxquelles les proportions du doigt ne peuvent pas se prêter. En la promenant plus ou moins fortement sur le travail, elle donne des effets variés. L’estompe de peau enlève le travail sans l’écraser et l’étendre comme Testompe de papier; aussi l’utilise-t-on pour obtenir des demi-teintes et même des clairs.

Les tortillons, légers à la main, sont d’une souplesse extrême et d’un usage plus commode que les estompes quand on n’a pas à traiter de trop grandes surfaces.

Ce sont là les principales ficelles que l’on

puisse appliquer au fusain ; ce sont les plus sincères. L'important est d'arriver à l'expression de sa pensée le plus simplement possible^ sans trop d'efforts de métier^ de même qu'il ne faut pas envelopper une idée dans des phrases trop pompeuses ou inutiles, qui risquent de la dénaturer ou de l'obscurcir.

Le fusain, fantaisiste et libre dans les formes insaisissables des lointains, est oblig-é, dans les premiers plans, de s'assujettir à des lois plus rigides. Ici il faut formuler sa pensée, ici pas d'escamotage ni de laisser-aller possible. On a reproché à tort au fusain de ne pouvoir se prêter à l'expression du fini, et, complaisant compère, de tourner les difficultés; certes, dans une improvisation ou dans un dessin exécuté sous l'inspirationimmédiate de la nature, on peut se laisser entraîner par la rapidité séduisante des procédés, mais on peut aussi circonscrire son enthousiasme dans les limites d'une exécution serrée et dirigée par la réflexion. Le

fusain^ s^il pouvait faire ses confidences, soufflerait dans plus d^une oreille que la main qui le dirige pourrait bien ne pas être étrangère à raccusation qui pèse sur lui. Il permet, au contraire, comme les autres genres de dessin, une recherche absolument exacte dans le travail. 11 ne peut sans doute pas s^accommoder des dimensions infimes d\m dessin à la plume ou dhine eau-forte ; mais dans Fespace plus développé quhl réclame et où il se trouve à Faise, il n’en appelle pour triompher... qu’au fusiniste luimême.

Le fini dans les arts n’est pas une chose purement mécanique; une œuvre sera finie qui contiendra le modelé des plans, leurs rapports combinés sur la lumière et les -distances, l’expression juste de la forme, le rendu poussé aussi loin que possible dans l’affirmation d’un morceau. Le fini est donc avant tout une afiaire de science, et, quelle que soit la langue que Fon veuille parler, on trouve toujours des mots pour expliquer clairement ce que l’esprit conçoit. Boileau l’a dit avant qu’il ne fut question de fusain. Ici, ce langage s’apprend vite, et, comme il est

rare de produire de longue haleine des œuvres sans ratures, on trouve dans le fusain toutes les complaisances de retouche, de suppression ou d^addition.

Les terrains, les plans rocailleux, les rochers, peuvent être exprimés par un mélange des divers moyens signalés plus haut : ébauche et recherche à la mie de pain, emploi du doigt, de Lestompe ; vigueurs superposées avec le fusain. Un pan de muraille, un rocher éclairé par le soleil, permettent de procéder par une teinte très-légère avec le plein du fusain : la mie de pain y donnera de vives lumières, le doigt atténuera les parties trop brillantes; on accentuera au fusain les taches, les hssures, les trouées, etc.

Les plans dans Lombre seront traduits par une demi-teinte étalée au doigt ou à Lestompe, demi-teinte que Ton pourra modeler et accentuer au fusain pour avoir les détails.

Quant aux plans de terrains couverts d^herbes, pour les parties plantureuses et

humides, on aura par Testompage du doigt des effets sourds et pleins, des valeurs sur lesquelles il sera facile d^exprimer, soit en lumière, soit en teintes plus foncées, les divers aspects de ces plans.

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