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PRÉSENTE LE POÈTE MARINETTI

Mes chers Camarades^

« L’orateur qui a bien voulu ce soir nous faire l’honneur d’accepter notre invitation, arrive avec le prestige de l’énergie intelli-

genle. Il a connu les victoires tumultueuses de la scène; il a connu les acclamations de nos camarades d’Italie ; il vient de connaître aussi — et cela n’est pas pour nous le rendre moins sympathique — la condamnation d’un tribunal italien.

« Il y a un mois, M. Marinetti était frappé de deux mois de prison pour son roman Mafarka le futuriste. C’est un titre de gloire en France; c’en est un surtout parmi les étudiants; et la condamnation des Fleurs du Mal, et le procès de Madame Bovary furent pour Baudelaire et pour Flaubert leurs plus retentissantes victoires.

« Celui qui va vous parler ce soir n’est pas seulement le merveilleux poète de la Conquête des Étoiles et de la Ville Charnelle ; n’est pas seulement le dramaturge des Poupées électriques et de ce formidable Roi Bombance., où le génie épique d’un Rabelais s’unit au don d’évocation d’un Maeterlinck, dans le style incomparable d’un Flaubert, ce chef-d’œuvre où la puissante fantasmagorie d’un pays de songes sanglants exprime le

profond symbole de la lutte des appétits, qui fît les révolutions et fait l’histoire. Celui que vous allez applaudir n’est pas seulement le spirituel critique qui nous apprit pourquoi d’Annunzio reste quand les dieux s’en vont ; ce n’est pas seulement le romancier qui a écrit Mafarka...

« Vous entendrez ce soir le chef du mouvement de révolte par lequel la jeunesse italienne tente de secouer le joug écrasant du passé, l’apôtre des idées futuristes en littérature, en art et en politique.

« En vous rappelant que selon notre usage une discussion suivra la conférence, je donne la parole à M. Marinetti. »

Le public énorme, composé presque entièrement d’étudiants, interrompit continuellement l’orateur par des applaudissements frénétiques. Les timides hostilités d’un petit groupe grandirent un peu durant la contradictoire qui suivit la conférence. Le poète Marinetti termina la soirée en disant son ode

futuriste A V Aulomobile de course^ qui fut saluée par des applaudissements unanimes

Les étudiants, électrisés par les innombrables problèmes artistiques et littéraires agités dans la soirée, offrirent une enthousiaste coupe de champagne au poète Marinetti, et la discussion fiévreuse et courtoise sur le futurisme se prolongea jusqu’à une heure du matin dans leur grand bar souterrain, parmi le grisant et spirituel brouillard des cigarettes.

M. Raphaël Barquissau termina la soirée par les paroles suivantes :

« Maintenant que la liste des contradicteurs est épuisée, je tiens à remercier en votre nom M. Marinetti des nobles idées et des fortes paroles qu’il a émises dans sa conférence et dans ses réponses.

« Nous pouvons différer d’avis avec lui sur certains points de sa doctrine ; je dois même lui faire observer que l’Association Générale des Étudiants de Paris, qui est, aux termes de ses statuts, en dehors de tout caractère politique, ne saurait s’associer aux paroles

ultra-patriotiques qu’il a prononcées et aux attaques qu’il a lancées contre la Triple- Alliance et le Pangermanisme.

« Mais nous devons le féliciter de l’énergie avec laquelle ce jeune patriote italien, notre frère de par-delà les Alpes, défend ses convictions nationalistes, autant que nous devons admirer en lui le littérateur qui mène le bon combat pour le triomphe de son idéal artistique. »

Après M. Barquissau, M. Serban toasta éloquemment au futurisme et à Marinetti, parmi la foule des étudiants assemblés dans le bar souterrain.

Le lendemain, parut dans le Matin un très long compte rendu anonyme, intégralement faux d’un bout à l’autre, écrit évidemment dans le but de dénaturer complètement les théories futuristes, en attribuant au poète Marinetti des déclarations les plus grotesques auxquelles le public français, avec sa haute intelligence coutumière, se garda bien de prêter foi.

Les Étudiants de Paris, indignés par Far- • ticle du Matiriy s’empressèrent d’envoyer à ce journal et à tous les autres, par l’entremise de M. Raphaël Barquissau, la lettre suivante :

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