UN COUP DE PROVIDENCE
Depuis quelques années des modifications profondes ont été apportées dans le gouvernement du pays. Au lieu, qu'autrefois, le Canada était divisé en deux parties dont l’une, le Bas-Canada, par sa situation, avait ou du moins devait avoir tôt ou tard la prééminence, eu égard à l’accroissement progressif de la population ; aujourd’hui l’organisation actuelle en sept provinces, dont une seule est catholique, la province de Québec, a donné l'avantage aux protestants.
Faut-il en accuser ceux qui ont fait la confédération ? Non! Car Dieu s’est servi d'eux pour vous mettre dans une situation telle que vous sentiez le besoin d’avoir confiance en lui. Désunis, vous serez nécessairement opprimés, que les rouges ou les bleus soient au pouvoir, tandis qu’au contraire, marchant de concert, vous deviendrez, par la force des choses, le point central autour duquel ‘toutes les autres provinces graviteront ; et tout ce travail intérieur, qui se traduit au dehors par do violentes polémiques, ne peut avoir que de funcstes conséquences. TL’union seule est à désirer et tout le monde le sent plus ou moins.
N'est-il pas vrai en effet qu'on épronve généralement, à part de rares exceptions, n'est-il pas vrai qu'on éprouve comme un besoin de paix ot qu’un certain rapprochement se manifeste de toutes parts entre ceux qui avaient, jusqu'ici, été les moins d'accord ? C’est un signe évident que Dieu aime et
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protége les Canadiens. Car, en vérité, où seraientils allés avec ce parti-pris de ne pas s'entendre et ces polémiques passionnées qui, au nom d’une religion d'amour, enfantaient, chaque jour, des haines implacables.
ome, autrefois, cette puissante république dont le nom même est le symbole de la force et qui était dans l’antiquité, comme elle l’est encore aujourd’hui, le pivot autour duquel tourne tout l’univers; Rome, tant que ses citoyens ne furent pas unis, put à eine tenir tête à deux ou trois petits peuples du atium : elle ne commença ses grandes conquêtes, que lorsque Camille, qui mérita d’être appelé le second fondateur de la ville aux sept collines, après avoir chassé les Gaulois envahisseurs, eut élevé un temple à la concorde ct cimenté l’union des deux ordres par un sacritice solennel. C’est, en se faisant de mutuelles concessions que les Romains, ce peuple du bon sens, parvinrent à établir le plus grand des empires qui aient jamais existé.
Il est vrai qu’il surent mettre à profit ces luttes intostines, comme aussi leurs guerres extérieures, pour s'organiser au-dedans et au dehors, ne manquant jamais de prendre aux nations vaincues ce qu’elles avaient de bon et, quand cela n'était pas nécessaire, évitant avec soin de mêler la religion à des conflits purement politiques. Aussi tenait-on à grand honneur d’être citoyen romain et d’appartenir À ce peuple valeureux qui s’intitulait avec un noble orgueil le peuple-roi. Ce n’est que pour la vraie religion qu'ils se départirent de cette sagesse, encore même un de leurs princes les plus corrompus avait-il admis Jésus-Christ parmi les dieux de l'empire ; etce ne fut qu’à l’instigation des Juifs déïicides qu'ils persécutèrent ensuite les
Chrétiens. Qu'on ne s’y trompe point, ce sont eux qui sont toujours au fond de toutes les machinations ténébreuses qui se trament, en secret, contre la religion catholique ; et Monseigneur de Ségur, dans un livre intitulé, la franc-maçonnerie, a très-bien montré qu'ils tiennent encore les ficelles, tout comme au temps de Notre-Seigneur.
Mais Dieu ost le maitre, et il le prouve à l’oucasion par un de ces coups de Providence très-propres à confondre les plans les mieux conçus ; et telle est la signification de ma présence ici. Je comprends, que vous ayez peine à croire qu'il puisse en être ainsi, Car pour qui n’a pas pénétré le mystère de la vie, l’action de la Providence dans le monde est une énigme indéchiffrable. Si j'étais un saint, et que je vinsse à vous me disant chargé d’une mission impor'ante, vous refuscriez probablement d'ajouter foi à mes paroles : comment voulez-vous donc, les choses étant ce qu’elles sont, comment voulez-vous que vous ne soyez pas incrédules ; et cependant, vous avez tort de fermer volontairement les yeux à la lumière. Car j'ai cité un fait positif etqu'on ne peut pas nier de la mission que je prétends avoir.
Ne savez-vous pas que, pour forcer les hommes à s’humilier devant lui, pour les obliger à reconnaître leur ignorance et leur néant, Dieu, jaloux de ses droits méconnus, leur propose sans cesse de ces problèmes effräyants de la solution desquels dépend l'avenir du monde? Ne savez-vous pas qu'autrefois, il a, par un prodige, que nous ne saurions comprendre, il a choisi, pour se faire obéir, condition sans laquelle il n’y a pas de salut pour l'homme, il a choisi les moyens les plus invraisemblables, Qu'en est-il résulté ? il n’a pus été reconnu de ceux qu'il avait fait les chefs de son
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peuple : in propria venit et sui eum non receperunt : ot, depuis cette époque, c’est par la folie de la croix, qu’il veut sauver le monde. (Juiconque ne fs coiprend pas, fût-il ou roi ou évêque, ne saurait aspirer au bonheur éternel. Ce qui nous paraît de l’incotséquence, est, pour Dieu, de la logique, mais, par exemple, c'est la logique de l’amour.
RÉPONSE AUX OBJEOTIONS.
L'objection que ces messieurs du séminaire ont élevé contre la réforme, que je demande dans l’éducation, n’est nullement sérieuse et très-bien être retournée contre eux. Ils ont dit : mais si les études ne durent que trois ou cinq ans, nous n'strons plus de prêtres. S’'imaginent-ils donc qu'on peut faire un prêtre à volonté et qu'il suffise pour cela de passor dix ans dans un collége. S'il en était ainsi, il en résulterait que ce n’est pas la grâce do Dieu qui fait les vocations, mais bien l’étude de tel ou tel auteur et pendant tant de temps.
En vérité, je le répète, ce n’est pas sérieux et je dis, qu’au contraire, l’organisation actuelle de l’enseignement est un obstacle aux vocations religieuses, de quelque nature qu'elle soient. Car il doit y avoir, surtout dans un pays comme le Canada, où la foi est puissante, beaucoup d'enfants que la longueur des études rebute ou qui, faute de ressources suffisantes, ne peuvent répondre à l’appol de Dieu.