‹ Le gage de la victoire [microforme]Chapitre 3 sur 5 · QUI VEUT LA FIN, VEUT LES MOYENS · texte numérisé non relu

QUI VEUT LA FIN, VEUT LES MOYENS

J'ai parfaitement compris qu’un homme soul, si énergique qu'il puisse être, doit, tôt ou tard, succomber dans une lutte comme celle que je soutiens depuis quatre ans ; et j'ai aussi parfaitement com: pris, dès Je principe, que pour arriver à un résultat quelconque dans le sens des vraies reformes, il faut une congrégation religieuse avec un but précis, des moyens d'action, une règle et des principes. En dehors de là, on ne parviendra jamais à réformer l'éducation Car la foi, ct la foi seule, peut servir de trait d'union entre les hommes,

D'un autre côté, les difficultés de cctte tâche, en soi bien facile, me semblaient ici tellement grandes pour un étranger et un laïque dont l'autorité, en pareille matière, ne sera point acceptée, qu'ayant fait autrefois de dures expériences, j'hésitais, et non sans raisons, à me remettre sur le terrain religieux : et puis il fallait briser toutes mes relations, sacrifier ma réputation, me donner des démentis et paraitre quelque peu ridicule, et je vous avoue, en toute sincérité, que j'y avais des répugnances. D'ailleurs j'étais à bout de forces.

Cependant, cette œuvre étant incontestablement une œuvre utile, appelée, si elle réussit, à rendre d'immenses services À la societé, comme clle ne peut être bien faite que par celui qui en a compris la necessité, avant de lîcher prise, je me suis hasardé, un jour, à demander à Dieu une preuve

quelconque qui pût me servir de point d'appui dans mes opérations ultérieures. Donnez-moi, lui ai-je dit, donnez-moi une preuve pour moi bien claire que cette œuvre vous est agréable, et, qui qu'en grogne, comme dit Veuillot, je l'entreprends, sinon j'y renonce ct je pars. Or, jai cité un fait positif, et qu'on ne peut pas nicr, de la mission que Je prétends avoir, et ce fait ay: nt été pour moi la clef de bien des choses, je ne puis pas reculer et je ne reculerai pas.

Il ne s’agit pas de savoir si j'ai telle qualité ou tel défaut, si je suis bâti de telle ou teile façon ; il

s’agit de savoir si la volonté de Dicu sur moi ‘est aujourd’hui que je fasse ce que je fais. Eh bien, je l'établirai : ceci est de toute nécessité pour qu'il y ait des. vocations dans ce sens.

Il y a aux œuvres sérieuses toute une préparation antérieure que l’on ne connait pas, que l’on ne comprend pas où qu'on ne veut pas comprendre.

Quant aux obstacles que je rencontrerai sur ma route, je les ai envisagés de sanig-froid et je marcherai quand même en avant. Je n'ignore pas, en effet, ce qu'a dit, un jour, Notre-Scigneur à Sainte- Thérèse, lorsqu'elle fondait Ie monastère d'Avila et que la ville entière se soulevait pour l’en empôcher : CEntie comme tu pourras, lui dit-il, et je disposerai tout selon ce que je sais de ta bonne volonté; mais tu vois, ma fille, quelles ont été les souffrances et les peines de ceux qui ont établi les œuvres nouvelles. La contradiction est la marque des œuvres de Dicu.»

Au reste, en dehors de ceux qui doivent m'aider directement, et à qui Dieu, sans doute, a déj: dit d'une façon ou d’une autre: ceci est ta voie; il n'y

a qu’un homme à convainerc, qui connait bien les besoins du monde à notre époque, et cet homme, c'est le pape. J'irai à Rome, s’il le faut.

Le bonheur ct le salut des enfants ; le bonheur ct le salut des peuples se trouvent dans l'éducation que les moines donnaient antrefois. C’est elle, c'est cette éducation si chrétienne et si sage qu’il faut rétablir, et je travaille pour ça. Est-ce clair ?

Cet article ne suffisant pas, j'en publiai un autre plus categorique pour montrer que la volonté de Dieu était manifeste.

LËS ÉLÉMENTS DE L'ŒUVREe

J'ai tenu à montrer d'abord l'immense portée de la réforme que je demande dans ledueation : il me res e maintenant à prouver que cette reforme est possible, que même elle est facile ; mais le clergé de Québce ayant pour principe qu'aucun collège ne doit s'établir en dehors de l'Université-Laval, ct les religieux eux-mêmes étant systématiquement mis à l'écart, il en resuite pour moi une formidable opposition, non.pas parceque j'ai tort mais parccque j'ai raison ; et il n’est pas douteux, le père Arnauld avant été designé comme futur evêque de Chicoutimi, qu’on ne fasse des efforts inouis pour empêcher que la chose ait lieu.

J'ai compris ça tout de suite, et je me suis dit en moi-même sa“hunt ce qu'il en était: qu'il fallait dévoiler l'action providentielle, afin que, la volonté de Lieu étant manifeste, tout le monde fût éclairé à cet égard : ce n’est pas une question d'homme,

mais une œuvre religieuse appropriée aux besoins du Canada, et le père Arnauld étant celui qui doit la faire, c'est lui et non un autre que Diou a murqué pour occuper cetto placo.

Au reste, pour vous montrer quo je suis au courant de tout : voici l'historique de la chose. Ïl y a quelques années, il fut question de nommer un vicaire apostolique pour les missions sauvages de l'Amérique du Nord ; mais l’episcopat canadien ne trouvant pas qu’il y eût pour un prêtre possibilité de remplir cette charge onéreuse, la passa aux pères Oblats, Ceux-ci qui, en 1846, étaient déjà à Chicoutimi, semblaient. tout naturellement désignés pour cela ; mais il déclinèrent la propo: sition en disant qu’ils n'avaient pas d'homme, et que, d’ailleurs, il faudrait distraire le Saguenay pour en faire un diocèse convenable.

L'idée parnt bonne et M. Racine fut inmédiatement envoyé à Chicoutimi, avec mission de préparer les choses. A cela, je n’ai rien à dire, et, en toute autre circonstance, j'aurais êté le premier à me réjouir de sa nomination ; mais il ne s’agit pas dantipathe où do sympathie: il s'agit de I:

volonté de Dieu manife-tée par des miracles.

Jamais elle n’a été plus clairement exprimée.

Et en effet, en 1874, Reme ayant désigné les Oblats pour occuper ce poste d'honneur, leur choix tomba sur le Rév. Père Arnaulä qui a organisé les missions du Nord et qui, sans être encore vicaire apostolique, en a déji exercé les pouvoirs. Le Rév. Père Arnauld indiqua alors M. Racine comme: plus apte que lui pour remplir cette charge ; mais Rome insista et, malgré les résistances des Oblats, la ehose en était-là, en 1876, quand je rençontrai

le Rév. Pèro Arnauld au luc St. Jeun, où il ne s'était pas rendu depuis scizo uns. (C'était la réponse à mes quatre conts mosses; et commo Île miracle n'était pas doutoux pour moi, et quo, depuis, d'autres preuves sont ventos s'ajouter à la emière, au risque de déplairo au Pèro Arnauld lui-même, j'ai cru devoir exposer ce qu'il en était,

Car admettons pour un moment que la choso soit faite, ot elle n'ost pas difficile à faire ; supposons, par exemple, qu'en arrière do Charlesbourg, ou ailleurs, il y ait un coliege organisé sur le modèle de la trappe ; supposons que, duns ce collége, il y ait quelques hommes instruits, (deux ou trois suffisent,) et que les autres aient plus spécialement pour fonction de veiller à l'entretien matériel de la maison; du momentque, dans uno famille, le père et la mère ont, quelquefois, à soutenir jusqu'à dix personnes et plus, il sera possible à quinze ou vingt religieux d'élever gratuitement un nombre plus où moins grand d'enfants do cenx à qui, d'ordinaire, on ne donne pas l'instruction; ct, comme le principe de la direction, chose qui n’est pas toujours comprise, même des prêtres, doit être de laisser les vocations se déveloprer librement, il arrivera que les Jeunes gens se fixeront plus tôt, et on verra se produire régulièrement ce qui est arrivé dernièrement dans une expérience fuite à Aiguebelle où, sur douze élèves, leurs études finies, cinq sont restés à la trappe, cinq se sont faits religieux ou prêtres, et deux seulement sont rentrés dans le monde pour se marier.

Et je ne parle pas des autres avantages que cette œuvre produirait. Comme clle répond non pas à des besoins factices, màis à des besoins réels, elle

ouvrirait une carrière à une foulo de jeunes gens pour qui l'éducation à été, ce qu'elle est souvent, le contraire de ce qu'elle devrait être et qui sont uno cause de troubles pour la société parceque la société n’a pas de situation à leur donner.

Cette œuvre est donc une œuvre utile et j'ai montré que Dicu en a préparé les éléments. Elle est appelée, par son développement, à rendre d’immenses services à la population canadienne. ot, un jour, par la force des choses, elle mettra toute l'éducation entre les mains du pape.

Si vous ne voulez pas que je fasse la preuve des miracles dont je parle, ce n'est pas étonnant ; ct en cffet, ils renversent tous vos projets ct dès lors vous avez intérêt à les nicr ; c’est toujours cé qui arrive en pareille circonstance, ct Notre-Scigneur ne l'ignorait pas quarid il disait aux Pharisiens de son temps: Vous vous appuyez sur les prophètes, leur disait-il, mais vos pêres ont tué les prophètes ct n'ont pas voulu ajouter foi à leurs paroles.

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