‹ Le gateau des reines comedie en cinq actes, en proseChapitre 9 sur 109 · STANISLAS, MARIE · texte numérisé non relu

STANISLAS, MARIE

STANISLAS, regardant s’éloigner Le Tcllier.

Brave garçon !

MARIE, qui est allée rivement & la fenêtre, à droite.

11 monte achevai!... il part!... il est parti!

STANISLAS

Avant minuit, il sera à Wissembourg.

MARIE, quittant la fenêtre.

Croyez-vous? Les chemins sont si aflreux !

STANISLAS

Bah ! le comte a un bon cheval.

MARIE

Mais, la nuit, cette forêt à traverser...

STANISLAS

Il est armé... et puis, il est courageux!

MARIE

Sans doute; mais je crains...

STANISLAS

Voyons, tu voulais tout à l’heure qu’il fût bien loin, et maintenant tu voudrais peut-être qu’il fut déjà de retour!... (ou entend somur -une heure».) — Onze heures!... et Sturmer ne revient pas!... Après cela, le gouverneur de la province, chez qui il est allé toucher ma pension, n’est pas toujours chez lui... S’il a été obligé de l’attendre !... Pourvu qu’il nous rapporte cet argent!

MARIE

Le dernier quartier ne nous a pas été payé.

Ni l’avant-dernier non plus... Si nous soupions?... Soupons, mon enfant.

(Il va ouvrir l’armoire du fond, dans laquelle on ne voit que quelques rares

assiettes vides.)

MARIE, qui l’a suivi «ans bruil, le retenant par le liras, quand il a ouvert

I armoire.

Vous qui avez fait la guerre, vous qui en connaissez les plus dures privations, mon bon père, comment fait-on quand le pain vient à manquer?

lü

ST AN1SLAS, étonné de U question.

Comment on fait y ... On a attendu deux jours... on attend un troisième...

MARIE

Et puis?...

ST A > 1 SL A S, ému.

Et puis... et puis... Parlons encore de ton mariage, (n v» .'asseoir dans le fauteuil à gauche; Marie s’assied auprès de lui.) Si j étais... CC

que je ne suis plus... j’aurais rnis mou orgueil de père, je l'avoue, à t’unir a quelque prince, mon voisin ou mon allié. Je n’ai plus de couronne, je ne suis plus qu'un exilé, je n’ai donc plus d’autre ambition que ton honneur. Marie, réponds-moi avec franchise : Ne regretteras-tu jamais, si tu épouses monsieur Le Tellicr, de t’être mésalliée?... d etre descendue jusqu’à lui !

MARIE

Descendue?... Oh! jamais! jamais!

STANISLAS

Quand tu verras des duchesses prendre le pas sur toi?...

MARIE

Je me dirai : 11 m'aime bien, et je n’envie le sort d'aucune femme sur la terre !

STA N1SLAS.

Et quand la reine entrera sans même te regarder?

MARIE, se levant.

Laissons les reines, je vous prie ! Vous me faites, je ne sais pourquoi...

STANISLAS

Oui, je te fais beaucoup plus ambitieuse que tu n’es, que tu ne seras jamais, toi qui in'as raccommodé encore hier ce bon gros vêtement avec lequel j’ai si chaud. Mais, en vérité, tu travailles comme un ange, ma bonne Marie!

MARIE

Et vous verrez bientôt comme je brode. (Elle va a» fond * gandin, où w ironve on habit sur une chaise.) Regardez cet habit de velours... cet habit que vous mettrez dimanche pour aller aux offices de la cathédrale... Les parements ne sont pas en bien bon état... 11 sera comme neuf dimanche.

(Elle revient près de son père.)

STANISLAS

Chère enfant!

Et puis, je veux que vous soyez beau, inou père, pendant mon absence, tandis que je serai à Fontevraut, auprès de mademoiselle de Verraandois, une chanoinesse d’un si grand nom ! une princesse ! La cousine du roi de France !

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