LES MÊMES, POIRIER
Poirier. Eh bien! mon gendre, vous avez vu vos créanciers ?
Gaston (sèchement). Oui, monsieur. . .
Antoinette (bas, à Gaston, lui prenant le bras). Rap- 10 pelez-vous votre promesse.
Gaston (d'un air aimable). Oui, cher beau-père, je les ai vus. (Entre la femme de chambre.)
Antoinette (à la femme de chambre). Apportez-moi un châle et un chapeau, et dites qu'on attelle. 15 Gaston (à Poirier). Permettez-moi de vous témoigner mon admiration pour votre habileté. . .vous avez joué ces drôles-là sous jambe. (Bas, à Antoinette.) Je suis gentil ?
Poirier. Vous prenez la chose mieux que je n'espé- 20 rais. . .j'étais préparé à de fières 'ruades de votre honneur.
Gaston. Je suis raisonnable, cher beau-père. . . Vous .av^ agi selon vos idées: je le trouve d'autant moins mauvais, que cela ne nous a pas empêchés d'agir selon 25 les nôtres.
Poirier. Hein?
Gaston. Vous n'avez soldé à ces faquins que leur créance réelle; nous avons payé le reste.
2 Bois : see Vocabulary.
Poirier {à sa fille). Comment, tu as signé! (Antoinette fait signe que oui.) Ah! Dieu du ciel! qu'as-tu fait là?
Antoinette. Je vous demande pardon, mon père. . . 5 Poirier. - Je me mets, la cervelle à l'envers pour te gagner une somme rondelette, et tu la jettes par la fenêtre! Deux cent dix-huit mille francs!
Gaston. Ne pleurez pas, monsieur Poirier, c'est nous qui les perdons, et c'est vous qui les gagnez. (La femme 10 de chambre entre tenant un châle et un chapeau.)
Antoinette. Adieu, mon père, nous allons au Bois.
Gaston. Donnez -moi le bras, ma femme. (Ils sortent.)