LES MÊMES, VEIUDELET^ ANTOINETTE
Antoinette. Vous sortez, mon ami?
Gaston. Oui, madame, je sors. (// sort.) Verdelet. Dis donc, Toinon? il ne paraît pas d'humeur aussi charmante que tu le disais.
25 Antoinette. Je n'y comprends rien...
Le Duc. Il se passe ici des choses graves, madame.
5 Cf. the sentiment expressed by Gaston, page 58, Une 1 1 ff . — ao Ironical for un mauvais quart d^ heure*
LE GENDRE DE M, POIRIER 8l
Antoinette. ' Quoi donc? ...
Le Duc. Votre père est ambitieux.
Verdelet. Ambitieux! . . . Poirier?
Le Duc. Il avait compté sur le nom de son gendre 5 pour arriver. . .
Verdelet. A la pairie, comme M. Michaud! (A part.) Vieux fou!
Le Duc. Irrité du refus de Gaston, il cherche à se venger à coups d'épingle, et je crains bien que ce ne soit lo vous qui payiez les frais de la guerre.
Antoinette. Comment cela?
Verdelet. C'est bien simple... si ton père rend la maison odieuse à ton mari, il cherchera des distractions dehors.
15 Antoinette. Des distractions dehors?
Le Duc. Monsieur Verdelet a mis le doigt sur le
danger, et vous seule pouvez le prévenir. Si votre père
vous aime, mettez-vous entre lui et Gaston. Obtenez la
cessation immédiate des hostilités; rien n'est encore per-
20 du. . .tout peut se réparer.
Antoinette. « Rien n'est encore perdu ! tout peut se réparer ! » Vous me faites trembler ! Contre qui donc ai- je à me défendre?
Le Duc. Contre votre père.
25 Antoinette. Non, vous ne me dites pas tout. . . Les torts de mon père ne m'enlèveraient pas mon mari en un jour. . . Il fait la cour à une femme, n'est-ce pas?
Le Duc. Non, madame ; mais . . .
Antoinette. Pas de ménagements, monsieur le duc. . . 30 j'ai une rivale.
Le Duc. Calmez-vous, madame.
Antoinette. Je le devine, je le sens, je le vois. . . Il est auprès d'elle.
Le Duc. Non, madame, il vous aime.
Antoinette. Il ne me connaît que depuis une heure I • Ce n'est pas à moi qu'il a senti besoin de raconter^ sa colère. . . Il a été se plaindre ailleurs.
Verdelet. Ne te bouleverse pas comme ça, Toinon; 5 il a été prendre l'air, voilà tout. C'était mon remède quand Poirier m'exaspérait. (Entre un domestique avec une. lettre sur un plat d'argent,) Le Domestique. Une lettre pour monsieur le marquis. Antoinette. Il est sorti; mettez-la là. {Elle regarde 10 la lettre. A part,) Une écriture de femme. {Haut,) De quelle part?
Le Domestique. C'est le valet de pied de madame de Montjay qui l'a apportée. (// sort,) Antoinette {à part). De madame de Montjay I 15 Le Duc. Je verrai Gaston avant vous, madame; si vous voulez, je lui remettrai cette lettre?
Antoinette. Craignez-vous que je ne l'ouvre?
Le Duc. Oh! madame!
Antoinette. Elle se sera croisée avec Gaston. 20 Verdelet. Qu'est-ce que tu vas supposer là? La maîtresse de ton mari n'aurait pas l'imprudence de lui écrire chez toi.
Antoinette. Pour ne point oser lui écrire chez moi, il faudrait qu'elle me méprisât bien! D'ailleurs je ne '25 dis pas que ce soit sa maîtresse. Je dis qu'il lui fait la cour. Je le dis parce que j'en suis sûre.
^ Le Duc. Je vous jure, madame. . .
Antoinette. L'oseriez-vous jurer sérieusement, monsieur le duc?
30 Le Duc. Mon serment ne vous prouverait rien, car un galant homme a le droit de mentir en pareil cas.
3 f/ . . . ailleurs : see ^e, — 31 galant homme usually is identical with honnête homme (page 83, Une 3), but hère stands in fine distinction to it. (Cf. ** The Prince perjured himself like a gentleman.")
Quoiqu'il en soit, madame, je vous ai prévenue du danger; je vous ai indiqué le moyen d'y échapper, j'ai rempli mon devoir d'ami et d'honnête homme, ne m'en demandez pas plus. (// sort.)