ANTOINETTE, VERDELET
5 Antoinette. Ah! je viens de perdre tout ce que
j'avais gagné dans le cœur de Gaston. . . Il m'appelait
marquise, il y a une heure. . . Mon père lui a rappelé
brutalement que je suis mademoiselle Poirier.
Verdelet. Eh bien, est-ce qu'on ne peut pas aimer
10 mademoiselle Poirier ?
Antoinette. Mon dévouement aurait finij^r le toucher peut-être, ma tendresse par attirer la sienne ; il était déjà sur la pente insensible qui le conduisait à moi ! mon : pèrehii fait rebrousser chemin! — Sa maîtresse! Il est 15 .impossible qu'elle le soit déjà, n'est-ce pas, Tony? Est-ce que tu crois qu'elle l'est ?
Verdelet. Moi? pas du tout!
Antoinette. Qu'il lui fasse la cour depuis quelques • jours, je le comprends ; mais pour être son amant, il iau- 30 drait qu'il eût commencé le lendemain de notre mariage, et ce serait infâme!
^Verdelet. Oui, mon enfant.
Antoinette. Il ne m'a pas épousée avec la certitude qu'il ne m'aimerait jamais. . .il n'a pas dû me condamner ts si vite.
Verdelet. Non, sans doute.
Antoinette. Tu n'en as pas l'air bien sûr. . . Es-tu
a4 «/ . . . vite : see devoir*
fou, Tony, d'accueillir un soupçon si odieux ! Je te jure que mon mari est incapable d'une infamie. Réponds donc que c'est évident! Le prends-tu pour un misérable?
Verdelet. Non pas!
5 Antoinette. Alors tu peux jurer qu'il est innocent. . . jure-le, mon bon Tony, jure-le!
Verdelet. Je le jure! je le jure!
Antoinette. Pourquoi lui écrit-elle?
Verdelet. Pour l'inviter à quelque soirée, tout simlo plement.
Antoinette. Une soirée bien pressée, puisqu'elle envoie l'invitation par un domestique., — ^Oh! qfuand je pense que le secret de ma destinée est enfermée sous ce pliil^ Allons-nous-en ... cette lettre m'attire. . .je suis 15 tentée.' (Elle la remet sur la table et reste immobile à la regarder. )
Verdelet. Viens, tu as raison. (Elle ne bouge pas.)