‹ Le gendre de M. Pommier comedievaudeville en trois actesChapitre 9 sur 55 · POMMIER, DUNOIS · texte numérisé non relu

POMMIER, DUNOIS

(Ils remontent la scène pour s’éloigner par la porte du fond; tout à coup Pommier se ravise, pose sa main sur l'épaule de Dunois, et s'avance solennellement , sur le devant du théâtre.) *

DUNOIS, étonné.

Eh bien... nous ne partons pas ?

POMMIER

Silence, Dunois... Je vous supprime la parole, à moins que ce ne soit pour me répondre.

DUNOIS

Mais, monsieur.

POMMIER

T oute initiative vous est interdite. . . Je suis abonné au Théâtre- Français...

DUNOIS

Ah ! tiens !

Oui... L'habitude des tragédies m’a donné une idée... Pas de geste dubitatif, Dunois... Cette idée, la voici : A l'instar d'Hippolyteet d’Agamemnon qui se donnent le chic d’avoir toujours deux oreilles toutes prêtes pour écouter leurs calembredaines, j’ai voulu aussi, moi, me payer un confident...

* Dunois, Pommier.

DUNOIS

Un confident?...

POMMIER. ’

Qui n’aurait d’autre occupation que d’ouïr les paroles que je «rédige... Tu t’es trouvé sous ma main, je t'ai choisi; tu asdouze 'cents francs par an pour cela... Pas de geste qui semblerait dire que ce n’est pas assez payé... Donc... vous êtes mon confident... Ecoutez-moi. ,

Je vous écoute.

DUNOIS

POMMIER

Je possède , vous le savez, une quatre-vingtaine de mille livres de rentes que j’ai amassées péniblement en exerçant la

E rofession de carrossier. Malgré cela, Dunois, je ne suis pas eureux, il me manque quelque chose... Ne m’interromps pas... tu ne me donnerais pas ce qui me manque et tu me ferais perdre le fil de mon discours... Gui, une chose me manque... c’est la considération... les honneurs... l’ambition m’a mordu... je suis pincé... et, pour me guérir, j’ai songé à marier ma fille... à quoi? à un homme de ma trempe, de mon calibre, de ma condition... à un bourgeois... Ah! fi! fi! pouah!... non!... je veux en faire une marquise.

DUNOIS

Une marquise!

POMMIER

Et c’est pourquoi j’ai jeté les yeux sur un comte.

DUNOIS

Ah!

POMMIER

Tu me diras à cela... non, ne me le dis pas, je le dis pour toi : Mais pourquoi, si vous voulez voir votre fille marquise, pourquoi lui faire épouser un comte... Pourquoi? Remontons plus haut et changeons de côté... ça se fait au Théâtre-Français... (il chaago «"e côté.*) 11 y a quelques mois, le marquis de la Houspignolles, une de mes pratiques, semblait traîner les guêtres qu’il n'avait

I ias dans mes ateliers... Je devinai que ma tille Zoé lui plaisait... e le forçai de s’expliquer en lui demandant si ses intentions étaient pures. Ce noble galopin me répondit franchement que non... Puis, il ajouta : Ah ! si elle avait un nom, un titre, je ne dis pas... Aussitôt une idée me poussa, et voici ce que j’imaginai...

Ah! voyons ce que vous imaginâtes...

POMMIER

Celte interruption me fait plaisir, elle me donne le temps de] souffler. J’avais parmi mes clients un jeune homme, membre du*

• Pommier, Dunois.

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