CHAPITRE XXVn
Le 31 , Benningsen, dont le quartier général était à Mohrongen, ne se doutait encore de rien et ne pensait qu'à poursuivre Bernadotte, lorsque le hasard vint lui dévoiler le danger dont il était menacé. L*of&cier chargé parBerthier de porter les derniers ordres à Bernadotte elles dépèches qui contenaient tout le plan de TEmpereur(l), fut pris par les Cosaques. Cet accident était doublement &tal : tout à la fois il éclairait Tennemi et laissait Bernadotte dans l'ignorance de ce qui se passait et de ce qu'il avait à ùire.
Quelques heures plus tard, et le péril devenait inévitable pour les Russes ; il n y avait pas un moment à perdre. De suite Benningsen, avec toutes ses forces qu'il se hâta de rappeler à lui, chercha à regagner à luaiches forcées ses communications. Il avait eu d'abord la pensée de se jeter sur le centre de l'armée française à AUenstein, pour l'empêcher de manœuvrer par ses ailes. Le 2 février, il n'y avait encore à AUenstein que la cav^erie de réserve du grand-duc de Berg et trois divisions du maréchal Soult; mais, le 3, Napoléon était arrivé avec le gros de ses forces. Benningsen ^andonna donc son projet et forma l'armée russe en bataille sur les hauteurs de Junckowo, sa gauche appuyée à l'AUe. L'Empereur résolut de la tourner par Bergfried, tandis que Davout, marchant par Wartenliourg et Spiegelberg, la prendrait à revers. La résistance opiniâtre que les Russes opposèrent à Soult au pont de Bergfried leur permit de gagner jusqu'à la nuit, dont ils profitèrent pour se retirer.
(i) Jusqu'à cette époque, l'Empereur ne se servait pas encore de chiffres pour 868 dépèches.
Dès lors commence une espèce de course : les Français s'efforcent de gagner la gauche des Russes ; ceuxci redoublent d'efforts pour gagner du terrain, tandis que leur arrière-garde, vivement poursuivie par Murât et Ney, faisait tète de temps en temps avec plus ou moins de succès pour donner au gros de Tarméele temps de se dégager.
Benningsen, en quittant la position de Junckowo, avait laissé derrière lui trois arrière-gardes ; celle de droite fut dépostée et poussée par le maréchal Ney sur Schlitt ; elle devait ensuite se diriger sur Liebstadtdans le but de rencontrer le corps prussien qui avait été aperçu la nuit précédente et s'efforcer de joindre les Russes. Murât eut à Deppen un engagement de cavalerie; Soult suivit l'ennemi sur Heiligenthal et Anckendorf; Davout marcha sur Rosen-Garten. Benningsen, se voyant ainsi pressé, s'arrêta et forma son armée en bataille à Wolfsdorf. Il voulait procurer du repos à ses troupes qui avaient marché toute la nuit, et donner le temps au général Lestocq, qui courait grand danger d'être coupé, de le joindre. Cependant, inquiet des partis qui se montraient sur sa gauche et qu avaient déjà pénétré dans Guttstadt, le 5 au matin il s< mit en marche par Arensdorf et Frauendorf.
Le 4 au soir, l'Empereur était arrivé à Schlitt: dè^ lors, par les rapports qui lui étaient faits, il jugea qu< l'ennemi se dirigeait sur Landsberg.
Il donna l'ordre aux maréchaux Soult et Davout di s'efforcer de déborder sa gauche, et à Murât de pousse) sans relâche l'arrière-garde. Le 5, le maréchal Ney après avoir franchi la Passarge à Deppen, arrivait ;