‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 11 sur 150 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Wallersdorf, lorsqu'il vit déboucher par Hermenau une colonne ennemie : c'était Tavant-garde du corps prussien, forte de 5 bataillons, 10 escadrons et une batterie et demie d'artillerie, qui venait de Mohrungenet se dirigeait sur Liebstadt. La léte de colonne de Ney atteignait à peine Wuchsnick. Le matin, il avait rencontré le général Lasalle avec sa division de cavalerie légère, et l'avait engagé à couvrir sa droite; puis le maréchal, dirigeant sa première division d'infanterie formée en quatre colonnes, entre Truckinen et Herzogwalde, plaça la seconde en bataille à la droite de Waltersdorf, afin d'y attirer l'ennemi et permettre à sa droite de déborder la gauche des Prussiens et les couper de Liebstadt.

Vivement attaqué en face, tourné par sa gauche, l'ennemi rejeté sur Alt-Reichau, chargé enfin par le 20® et le 26® de dragons, lorsqu'il était déjà fort ébranlé par la fusillade, fut mis dans une déroute complète. Le général Roguet le poursuivit jusqu'à Mohrungen ; près de 3,000 hommes, 16 pièces de canon, furent pris. Ce qui échappa dut son salut à une charge des hussards de I^rittwilz, commandée par un Français, M. de la Rochayinon : triste effet de nos discordes qui plus d'une fois, à cette époque, nous firent rencontrer des Français parmi les plus redoutables et les plus habiles de Qos adversaires. Le général Lestocq, n'osant pas se hasarder à soutenir son avant-garde, changea de direction, traversa la Passarge à Spanden et arriva le 7 à Hussehnen entre Zien'ten et Preussich-Eylau.

Pendant que Ney battait ainsi l'ennemi à Alt-Reichau, le général Lasalle, qui couvrait sa droite ainsi

qu'il avait été convenu, avait été attaqué par 1,500 hommes de cavalerie qu'il contint, dit le maréchal, avec sa valeur ordinaire, et qu'il contraignit à se replier.

Edouard Colbert, tout nouvellement nonmié colonel du 7® de hussards, conduisait là pour la première fois son régiment à l'ennemi. « Qui n'a pas chargé, dit-il dans ses Souvenirs, à la tète d'un brave régiment dont il vient d'être nommé colonel et auquel on brûle de se faire connaître, n'a jamais eu le bonheur au cœur. J'étais sous les ordres du général Victor de Latour^ Maubourg ; il ordonna la charge, donna et reçut le pre^ mier coup de sabre; je donnai, je crois, le s'econd. Dans la cavalerie légère, il est indispensable que les chefe paient de leur personne, voire même les officiers géné^raux. Cette charge fut heureuse, ainsi que plusieurs autres qui la suivirent; cette bonne journée cloua et rivâmes épaulettes sur mes épaules, comme je le dési^ rais» (1).

Le 5 au soir, le maréchal Ney portait son quartiei^ général à Liebstadt; déjà sa cavalerie légère était à si^c: lieues en avant, à Open, où le général Colbert avait, rencontré Murât avec la cavalerie de réserve. Dans lasoirée, le grand-duc écrivait de Freymarckt à l'Empereur:

« Freymarckt, 5 février 1807, 8 heures du soir.

« Sire,

« Votre Majesté ne s'était pas trompée en me disant que l'ennemi s'était retiré sur la route d'Heilsberg, car,

(i) Souvenirs inédits du général Edouard Colbert.

CHAt^ITRE XXVll 2i

arrivé à Open, il a fait un crochet sur Freymarckt, jusqu'au milieu de la forêt, où, apprenant sans doute l'arrivée du maréchal Soult à Freymarckt, il a gagné une route qui semble conduire à Karchauneu, et il paraît avoir bivouaqué à l'entrée du bois, entre Open et Freymarckt. Voyant qu'à cause de la nuit il me serait impossible de déboucher sur Freymarckt sans Tinfanlerie, et qu'à Freymarckt ma cavalerie ne pourrait rien manger, je me suis décidé à suivre de ma personne le général Levai (du corps de Soult) à Freymarckt et de laisser les divisions Klein et Millaud avec le général Colbert à Open et à envoyer à Benern la division d'Hautpoul où elle sera très mal. Le général Colbert a ordre de faire reconnaître Wormditten et Migehnen.

« Toute la cavalerie se mettra en marche dès six heures du matin pour se diriger sur Freymarckt et Heilsberg, quoique je sois persuadé que ce que j'avais ce soir devant moi se retire sur Landsberg, à moins que Votre Majesté ne me donne des ordres contraires. Dans tous les cas, je prie Votre Majesté de m'envoyer ses or- <lres de bonne heure, ayant ma cavalerie un peu loin. y>

Pendant la nuit, Murât reçut l'ordre de partir au jour pour marcher sur Landsberg ; il devait être suivi par le inaréchal Soult derrière lequel marchait l'Empereur. Le maréchal Davout devait se diriger sur Heilsberg.

La brigade de cavalerie légère du général Durosnel, suivant une direction intermédiaire entre Landsberg et Heilsberg, avait pour mission de maintenir les communications entre le grand-duc de Berg et le maréchal Davout.

Murât ayant reçu pendant la nuit un billet au crayon

du général Golbert, lui rendant compte de ce qui se passait sur sa gauche à Wormditten, lui donna Tordre de le joindre et lit marcher sa cavalerie légère en tête de ses colonnes pour battre la forêt qui s'étend, pendant près de trois lieues, de Freymarckt jusqu'en avant de Frauendorf.

Après avoir passé Gross-Glandau à une lieue de Hof et à deux lieues de Landsberg, on rencontra une forte arrière-garde ennemie. Douze bataillons étaient appuyés à un bois, la route au centre était coupée par plusieurs lignes de cavalerie ; à gauche était placée Tartillerie sur une hauteur très favorable au tir. Il semble, d'après les rapports fort incomplets et assez peu clairs de cette affaire, que Murât, comptant sur se* nombreux escadrons, voulut d'abord enlever la positiou avec sa seule cavalerie. Voici, au reste, ce que j'ai entendu raconter par un ami de mon père, qui, bien que je fusse très jeune, se plaisait à me confier des souve* nirs qu'il savait devoir m'ètre précieux un jour. « Pour aborder l'ennemi, me disait-il, il fallait franchir un pe-^ tit pont placé sur un ruisseau marécageux ; on ne pouvait passer que par quatre. Votre père lit passer au galop ses premiers escadrons avec ordre de se former eH avant ordre inverse en bataille. Cet ordre mal comprit commença à mettre un peu de confusion. Cependant oSX en vint à la charge ; mais^ fusillés à gauche par un^ nombreuse infanterie^ en butte au feu de Tartilleri^ placée à droite, menacés enfin par la cavalerie, ces escadrons furent ramenés. Votre père, avec un autre ré^ giment, tenta une nouvelle charge, mais il rencontra les mêmes obstacles, et, chargé cette fois par les cuiras-

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