CHAPITRE XXVII
Bemadotte, prévenu à temps, avait pu rassembler son corps d'armée à Mobruhgen. Attaqué assez imprudemment par Tavant-garde russe commandée par le général Markow, il la culbuta ; ce fut en vain que le général Anrepp, arrivant avec sa division, tenta de reprendre l'avantage ; ses troupes furent repoussées, et il fut enlevé par un boulet. Malgré son succès, Bernadotte, voyant qu'il allait avoir toute Tarmée russe sur les bras, se retira sur Osterode. Ces faits se passaient le 25 janvier.
Cette prise d'armes au milieu de l'hiver avait vivement contrarié Napoléon ; son armée avait besoin de repos^ les approvisionnements n'étaient pas suffisamment assurés, le froid était devenu très vif ; la Narew et la Vistule charriaient des glaçons qui pouvaient emporter les ponts : mais ce qu'il redoutait le plus, c'était qu'un dégel subit ne vint renouveler les scènes de Pultusk et deGolymin. Toutefois son parti fut bientôt pris, et il allait sous peu faire tourner contre les Russes leur entreprise. Voyant Benningsen lancé à la poursuite de Bernadotte, il ordonna à celui-ci de se retirer successivement par Loebau et Strasbourg, de manière à l'attirer sur la Vistule, vers laquelle le général russe était naturellement amené par la pensée qu'en menaçant Dantzig il forcerait Napoléon à repasser ce fleuve.
Déjà les Prussiens marchaient sur Graudenz et allaient le débloquer. L'Empereur donna immédiatement l'ordre de lever tous les cantonnements ; en peu de
jours SQn armée fut concentrée dans un espace de doi:^^e à quinze Ueups, pfôt^ à déborder la gauche d^s çu§ses, à se jeter sur leurs derrières et à leur couper la route
de Kœnigsberg. Pour cela, il fallait surtout les laisser s'engager à la poursuite de Bemadotte. Aussi Berthier écrivait à Ney : « Si le prince de Ponte-Corvo est obligé de se retirer sur Thom pour couvrir cette place, laissezle faire, et vous, avec votre corps d'armée, vous flanquerez et appuierez le maréchal Soult, de manière à ce que votre corps, celui de ce maréchal et celui du maréchal A.ugereau ne forment qu'im seul corps. » Le 28, le mouvement se dessinait, et Ney écrivait à Berthier : « L'ennemi continue toujours à déborder la gauche du prince de Ponte-Corvo ; plût au ciel que les Russes fussent là 60,000, pas un seul ne reverrait sa patrie, si Sa Majesté marche à eux avec toutes ses forces. »
Ney (6® corps) occupait Gilgenbourg et Hohenstein; Augereau (7®), Neidenbourg; Davout (3®), Mysnice; Soult (4®) et la cavalerie de réserve, Willenberg, où l'Empereur arriva avec sa garde le 31 janvier.
Le 5® corps fut placé à Brock pour contenir le corps d'Essen sur la Narew. Le maréchal Lannes étant malade, l'Empereur avait confié le commandement de ce corps au général Savary.
Le maréchal Lefebvre avec le 10® corps restait près de Thom.
Enfin Bernadette, qui était à Strasbourg, devait, par une marche de nuit, se dérober à l'ennemi, gagner Gilgenburg et s'y réunir à Ney. Pendant ce temps, un régiment de cavalerie légère était chargé d'entretenir pendant la nuit les feux de bivouac du l®*" corps ; il devait ensuite se retirer sur Thorn, y faire rentrer les bagages, puis enfin prévenir le maréchal Lefebvre du mouvement de l'armée.