‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 100 sur 150 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

matérielle. Madrid était d'ailleurs le lieu où pouvaient se rallier, se centraliser les moyens de défense. Il résolut donc de s*y porter directement.

Partant d'Aranda, il avait à traverser le Douro, puis à franchir le redoutable passage des montagnes de Guadarama. En même temps, le duc de Dantzig recevait Tordre de partir de Garion et de se diriger par Palencia, Yalladolid, Almeida et Ségovie, couvrant ainsi par cette marche le flanc droit de l'Empereur, contenant le pays de Léon, la Gastille , menaçant la Galice et Salamanque, tout en étant à portée d'arrêter les têtes de colonne de Tarmée anglaise, qu'on savait d'une manière confuse être de ce côté. A gauche, venant de Tudela et Saragosse et suivant par Catalayud et Siguenza, Maurice Mathieu et Ney devaient pousser à outrance les troupes de Gaslanos, désorganisées et réduites à l'état de bandes.

A mesure que les troupes pénétraient plus avant en Espagne, de nouveaux corps venaient les remplacer dans le Nord; ainsi le général Delaborde, avec une partie des troupes qui avaient fait l'expédition de Portugal, occupait Vittoria et Burgos; le maréchal Mortier devait descendre sur l'Ebre.

En suivant sur la carte les dispositions prises par Napoléon, on ne peut s'empêcher de remarquer quelle est la prévoyance, la prudence de ce génie dont les grandes et hardies conceptions semblent surtout attirer l'attention. Déjà trois armées ennemies ont été détruites ou dispersées ; il a pu juger du peu de résistance que peuvent lui opposer les armées espagnoles, et cependant il n'abandonne rien de toutes les précautions qui doivent assurer ses flancs et sa ligne d'opérations; il ne livre

rien au hasard, et c'est alors seulement qu'il pousse vers Madrid.

Parti le 28 d'Aranda avec le corps de Victor, sa garde, et une partie de sa cavalerie de réserve, après avoir passé le Douro, il avait le lendemain son quartier général à Boceguillas, au pied des montagnes de Guadarama. Le col étroit par lequel on pouvait les franchir était à Somo-Sierra ; on y arrivait par des rampes longues et abruptes. Le point principal était occupé par 8 ou 9,000 hommes d'infanterie, placés des deux côtés de la chaussée et commandés par im brave officier, don Juan de San-Benito; une batterie de 16 pièces de canon était placée en travers de la route de manière à la balayer. En avant de cette position et du côté de Boceguillas, était à Sepulveda un poste d'observation de 3,000 hommes; le 30, à six heures du matin, l'Empereur le fit attaquer, il ne tint pas et se sauva à la débandade. Pendant ce temps, les tirailleurs d'infanterie couronnaient les hauteurs à droite et à gauche de la route, tandis que sur le milieu de la chaussée s'avançait le gros des troupes, la cavalerie et l'Empereur lui-même ; un brouillard épais était suspendu aux flancs de la montagne et en remplissait les gorges. Lorsque l'Empereur arriva sur le terrain, voyant que l'attaque allait traîner en longueur, profitant de l'effet magique que produisait toujours sa présence, et du brouillard qui laissait Tennemi dans l'incertitude des moyens d'attaque, se tournant tout d'un coup vers les lanciers polonais qui étaient à côté de lui : « Allons ! enlevez-moi cela, et au galop. » Les lanciers se précipitent, arrivent sur les batteries que les Espagnols abandonnent, frappés de tant d'au-

Page 1