‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 102 sur 150 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

mœurs, des idées, du gouvernement d'une vieille nation, et dans une proclamation il leur disait : « Tout ce qui s'opposait à votre prospérité et à votre grandeur, je Tai détruit; les entraves qui pesaient sur le peuple, je les ai brisées ; une constitution libérale vous donne, au lieu d'une monarchie absolue, une monarchie tempérée et constitutionnelle. »

Napoléon n'était point entré à Madrid, et s'était établi à Chamartin, maison de campagne du duc de l'Infantado, située à deux lieues de la ville. Le 9 décembre, une députation de 1,200 personnes des plus notables, conduite par le corrégidor, vint lui offrir une adresse de félicitations et lui exprimer le désir de voir le roi Joseph revenir parmi eux.

Voici la réponse que leur fit Napoléon :

« J'agrée les sentiments de la ville de Madrid. Je regrette le mal qu'elle a essuyé, et je tiens à bonheur particulier d'avoir pu, dans ces circonstances, la sauver et lui épargner de plus grands maux.

« Je me suis empressé de prendre des mesures qui tranquillisent toutes les classes des citoyens, sachant combien l'incertitude est pénible pour tous les peuples et pour tous les hommes.

a J'ai conservé les ordres religieux, en restreignant le nombre des moines. Il n'est pas un homme sensé qui ne jugeât qu'ils étaient trop nombreux. Ceux qui sont appelés par une vocation qui vient de Dieu resteront dans leurs couvents. Quant à ceux dont la vocation était peu solide et déterminée par des considérations mondaines, j'ai assuré leur existence dans l'ordre des ecclésiastiques séculiers. Du surplus des biens des coum 12

vents, j'ai pourvu aux besoins des curés, de celte classe la plus intéressante et la plus utile parmi le clergé.

« J'ai aboli ce tribunal contre lequel le siècle et l'Europe réclamaient. Les prêtres doivent guider les consciences, mais ne doivent exercer aucune juridiction extérieure et corporelle sur les citoyens.

ce J'ai satisfait à ce que je devais à moi et à ma nation. La part de la vengeance est faite ; elle est tombée sur dix des principaux coupables. Le pardon est entier et absolu pour tous les autres.

« J'ai supprimé des droits usurpés par les seigneurs dans le temps des guerres civiles, où les rois ont trop souvent été obligés d'abandonner leurs droits pour acheter leur tranquillité et le repos des peuples» J'ai supprimé les droits féodaux, et chacun pourra établir des hôtelleries, des fours, des moulins, des madragues, des pêcheries, et donner un libre essor à son industrie, en observant les lois et les règlements de la police. L'é-«goïsme, la richesse et la prospérité d'un petit nombre d'hommes nuisaient plus à votre agriculture que les chaleurs de la canicule.

« Gomme il n'y a qu'un Dieu, il ne doit y avoir dans un État qu'Une justice. Toutes les justices particulières avaient été usurpées et étaient contraires au droit de la nation : je les ai réduites.

« J'ai aussi fait connaître à chacun ce qu'il pouvait avoir à craindre, ce qu'il avait à espérer.

« Les armées anglaises, je les chasserai de la Péninsule. Saragosse, Valence, Séville, seront soumises ou par la persuasion, ou par la force de mes armes. Il n'est

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