‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 103 sur 150 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

aucun obstacle capable de retarder longtemps l'exécution de mes volontés.

(( Mais ce qui est au-dessus de mon pouvoir, c'est de constituer les Espagnols en nation sous les ordres du roi, s'ils continuent à être imbus des principes de scission et de haine envers la France que les partisans des Angïiais et les ennemis du continent ont répandus au sein de TEspague. Je ne puis établir une nation, un roi et l'indépendance des Espagnols, si ce roi n'est pas sûr de leur affection et de leur fidélité.

« Les Bourbons ne peuvent plus régner en Europe. Les divisions dans la famille royale avaient été tramées par les Anglais. Ce n'était pas le roi Charles et son favori que le- duc de l'infantado, instrument de l'Angleterre, comme le .prouvent les papiers récemment trouvés dans sa maison, voulait renverser du trône : c'était la prépondérance de l'Angleterre qu'on voulait établir en Espagne, projet insensé dont le résultat aurait été une guerre de terre sans fin et qui aurait fait couler des flots de sang. Aucune puissance ne peut exister sur le continent, influencée par l'Angleterre; s'il en est qui le désirent, leur désir est insensé, et produira tôt ou tard une ruine.

« Il me serait facile et je serais obligé de gouverner l'Espagne, en y établissant autant de vice- rois qu'il y a de provinces. Cependant je ne refuse point à céder mes droits de conquête et à l'établir dans Madrid, lorsque les 30,000 citoyens que renferme cette capitale, ecclésiastiques, nobles, négociants, hommes de loi, auront manifesté leurs sentiments et leur fidélité, donné l'exemple aux provinces, éclairé le peuple et fait con-

naître à la nation que son existence et son bonheur dépendent d'un roi et d une constitution libérale, favorable aux peuples et contraire seulement à Tégoïsme et aux passions orgueilleuses des grands.

a Si tels sont les sentiments des habitants de la ville de Madrid, que ses citoyens se rassemblent dans les églises, qu'ils prêtent devant le Saint-Sacrement un serment qui sorte, non seulement de la bouche, mais du cœur, et qui soit sans restriction jésuitique ; qu'ils jurent appui, amour et fidélité au roi; que les prêtres au confessionnal et dans la chaire, les négociants dans leur correspondance, les hommes de loi dans leurs écrits et leurs discours, inculquent ces sentiments au peuple : alors je me dessaisirai du droit de conquête, je placerai le roi sur le trône, et je me ferai une douce tâche de me conduire envers les Espagnols en ami fidèle. La génération présente pourra varier dans ses opinions ; trop de passions ont été mises en jeu; mais vos neveux me béniront comme votre régénérateur. Ils placeront au nombre des jours mémorables ceux où j'ai paru parmi vous, et de ces jours datera la prospérité de l'Espagne.

c< Voilà, monsieur le corrégidor, ma pensée tout entière. Consultez vos concitoyens, et voyez le parti que vous avez à prendre; mais, quel qu'il soit, prenez-le franchement et ne me montrez que des dispositions vraies» (1).

Sans doute, il y a là des choses très vraies, fort justes et très sages, au point de vue de la raison pure, qui eussent peut-être fait échapper l'Espagne à la triste

(1) Correspondance de Napoléon, t. XVKI, n° 14,543.

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