‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 104 sur 150 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

destinée que nous lui voyons subir. Mais était-ce applicable? On ne gouverne pas une nation par la logique des idées, mais en s'appuyant sur ses mœurs, ses tendances, en un mot sur ce qui constitue sa natiire, son tempérament.

On a souvent reproché à Napoléon de n'avoir pas fondé en France ce qu'on appelle la liberté. Et pourquoi ne Ta-t-il pas fondée? C'est parce qu'il savait que la liberté ne se décrète pas, ne s'impose pas, que la nation était saturée de liberté, de licence, que sa force à lui Napoléon, sa popularité, sa puissance, n'existaient que par cela môme qu'il arrachait la nation à ses propres écarts, et qu'enfin il ne pouvait créer et gouverner qu'en s'appuyant sur les mdeurs et les sentiments de la nation.

On pourrait donc s'étonner de voir Napoléon, oublieux des principes dont il était plus pénétré que personne, se heurter brusquement aux idées religieuses, aux mœurs, aux idées d'une nation hautaine et fière, et, sous les formes d'un langage qu'elle ne comprend môme pas, tenter de la transformer, de la régénérer. Sans doute; mais Napoléon arrivait à cette période de sa carrière, où il ne compte plus avec les résistances. Enfin, il lui fallait l'Espagne à tout prix; et, s'il ne réussissait pas de cette façon, il ferait appel à la force.

Napoléon s'était donc trompé, et le langage qu'il venait de faire entendre, les idées qu'il avait émises, bientôt connues dans toute l'Espagne, ne firent qu'irriter le clergé, les moines si influents, effrayer les grands qui craignaient pour leurs droits féodaux et leurs privilèges, lui aliéner môme les classes moyennes sur les-

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quelles il comptait, et cette foule de petits employés qu'on appelait scrïbanos, qui trouvaient aussi leur intérêt dans Tétat présent des choses, et dans les désordres mômes qui existaient. Mais toutes ces considérations demanderaient trop de développements qui ne sauraient trouver place ici.

Nous avons laissé le 6® corps à la poursuite des Espagnols vaincus à Tudela. Ney avait avec lui les divisions Marchand et Maurice Mathieu; Lefebvre-Desnouettes ayant été rappelé près de l'Empereur, le 20® de dragons et les lanciers polonais furent mis sous les ordres du général Colbert. Ce fut vainement qu'on courut après Gastanos : il avait deux jours d'avance. Les malheureux débris de son armée toujours en révolte, passant des ordres de leur premier chef sous ceux de La Pena, puis de l'Infantado, furent toutefois atteints à Guadalaxara par Bessières, que l'Em'pereur y avait envoyé, avec seize escadrons et la division Lapisse. Le plus grand nombre se sauva dans les montagnes, plusieurs milliers se mirent à couvert derrière le Tage et se réfugièrent à Cuença.

A ce moment, Napoléon avait réuni en Espagne plus de 200,000 hommes. Soult, avec le 2® corps, était sur le Carion, menaçant les Galices. Le l®** corps occupait Tudela; sa nombreuse cavalerie éclairait les routes d'Andalousie, jusqu'aux pieds de la Sierra-Morena. Le 3® corps occupait Talavera, prêt à marcher sur le Portugal; le 7« était en Catalogne. Quand on pense à l'immensité de ses force?, au génie qui les dirigeait, il semblait en vérité que Theure eût sonné où l'Espagne tout entière allait passer sous le joug : ses armées étaient

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