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CHAPITRE XXXIV

détruites, le seul point noir était une petite armée anglaise en Portugal ou dans le nord-ouest, et il semblait, en vérité, dans les circonstances données, que ce fût la fortune qui la livrât ainsi à Tétreinte de Napoléon et de ses nombreuses légions.

L'Empereur avait avec lui, à Madrid, sa garde et sa réserve de cavalerie; il y fit venir le 6® corps. Dans la prévision d'une rencontre avec l'armée anglaise, dont il connaissait la solidité, il voulait -avoir sous sa main l'un des corps les plus vigoureux et les mieux commandés de son armée (1). Il était d'ailleurs bien aise de montrer aux habitants de Madrid ce 6® corps, dont le nom avait rempli les bulletins d'Allemagne, de Prusse, de Pologne, et dont la renommée recevait un nouvel éclat de la gloire de l'illustre maréchal qui le commandait.

L'ordre fut donné à Ney, qui était à Guadalaxara, de faire traverser Madrid, le 15 décembre, par les divisions Marchand et Maurice Mathieu, qui devaient être précédées par la cavalerie du général Colbert. Le général Dessoles restait à Alcala, chargé d'approvisionner l'armée. L'entrée dans Madrid se fit donc le 15 en grajide pompe, et les Espagnols purent connaître, à la vue de ces belles troupes sorties victorieuses de tant de combats et de fatigues, à leur air martial, à leur belle tenue, à leur sévère discipline, le secret de leurs propres défaites (2).

Quelques jours après, l'Empereur passa la revue du 6® corps, sur les hauteurs de Ghamartin. Il avait repro-

(4) Correspondance de Napoléon, t. XV. n» 12,767. (t] Jomini, tome III de V Histoire de Napoléon.

ché au maréchal Ney, dans cette campagne, de n'avoir pas marché assez promptement de Soria, pour couper la retraite à l'ennemi après Tudela, puis d'avoir perdu du temps ensuite, en allant jusqu'à Saragosse. Toutefois, nul n'appréciait à une plus haute valeur que lui ce grand homme de guerre, et il tenait à lui témoigner toute son estime et toute sa conQance.

La composition du 6® corps, comme régiments, était à peu près la même que dans la dernière campagne. Le général Marchand commandait toujours la 1*"® division ; le commandement des deux autres avait été donné à deux hommes éminents par leur réputation, le général Dessoles et le général Maurice Mathieu ; on y retrouvait les généraux Liger-Belair, Maucune, les colonels Laplane, Dalton, les 9«, 76«, 39« de ligne, le 25« léger dont nous avons parlé si souvent , enfin le 3® de hussards et le 15® de chasseurs. Le 10® de chasseurs, que mon père avait si longtemps commandé, manquait seul ; il était passé sous les ordres du général Lasalle, et se montrait digne de son nouveau chef, comme il s'était montré digne du premier. Le maréchal avait toujours son aide de camp Labrune, Jomini pour chef d'état-major, Saint- Simon et Montesquieu- Fezensac pour officiers d'ordonnance. On le voit, les hommes d'Elchingen, d'Iéna, de Landsberg, de Guttstadt et de Friedland se retrouvaient là. Tous ces souvenirs étaient présents à l'Empereur; en voyant mon père, d'autres souvenirs plus anciens vinrent le frapper: l'Italie, l'Egypte, et, comme s'il se fût reproché d'avoir refusé à la jeunesse ce qu'il devait au mérite : « Golbert, lui dit-il, vous m'avez depuis longtemps prouvé que vous étiez l'un de mes plus braves :

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