CHAPITRE XXXIV
donné ses projets sur le corps du maréchal Soult, et s'était hâté de se mettre à couvert derrière TEsla.
Toutefois Napoléon espérait encore que, de Léon, Soult pourrait atteindre Astorga avant Tennemi. En remontant l'Esla, la cavalerie du général Colbert avait trouvé un gué à Villafer, sur la route de Médina del Rio Seco, par Âguilar et Astorga. Jomini, comme on sait, chef d'état-major du 6® corps, proposa à mon père de passer le gué. Le maréchal était absent ; mon père demanda un ordre par écrit : une altercation s'ensuivit entre lui et Jomini (1), lorsqu'arriva Tordre de l'Empereur de regagner Benavente, ou plutôt Gastro-Gonzalo.
Le 30 décembre, le maréchal Bessières, ayant réuni 6,000 chevaux, se trouvait en face de Benavente, et fut obligé d'attendre vingt-quatre heures, qu'un pont fût rétabli sur l'Esla. L'Empereur, revenu de Valderas, lui donna la cavalerie légère du général Colbert pour former son avant-garde. Le pont rétabli, cette cavalerie courut sur Benavente, traversa la ville, et se dirigea sur la Baneza. Pendant ce temps, dans la même journée, le général Franceschi, du corps du maréchal Soult, forçait le passage Mancilla de las Mulas, défendu par 3,000 hommes du corps de la Romana, dont il prenait la moitié. Soult entra dans Léon sans tirer un coup de fusil. L avant-garde de Bessières atteignit Ponte de Valombre, celle de Soult, Ponte de Orbigo.
Toutes ces courses, ces combats, avaient lieu par le temps le plus rigoureux, au milieu de la neige, de la
(1) Je laisse le général Jomini raconter lui-môme cel incident. (Voir les notes.)
pluie, et à travers des boues qui rappelaient celles de la Pologne.
Déjà la colonne de Bessières approchait d*Astorga, que Parrière - garde de Tarmée anglaise l'occupait encore. Les Anglais y avaient établi de grands dépôts de vivres et de munitions de toutes espèces. Lorsque la retraite avait commencé, le général Moore avait ordonné de les détruire, mais déjà les débris du corps de la Romana, fuyant devant les Français, occupaient la ville, lorsque les divisions anglaises y arrivèrent. Il n'y eut bientôt plus d'ordre, de distributions régulières possibles : tout fut pillé, tout devint la proie d'hommes ivres, qui ne connaissaient plus de discipline ; toutefois il fallait bien fuir, ce qu'ils firent en désordre, laissant sur la route des chevaux tués ou auxquels on avait coupé les jarrets. Le général Golbert traversa Astorga, puis, se lançant au galop sur la route de Villafranca, il ramassa 2,000 prisonniers, des caissons, des armes, et délivra quelques Français faits prisonniers par les Anglais.
Dans cette poursuite incessante, bien qu'il n'y eût pas d'affaires sérieuses, chaque jour on échangeait des coups de fusil et des coups de sabre. Un des aides de camp de mon père, Adrien d'Astorg, reçut une balle en pleine poitrine ; il levait le bras pour sabrer, ce fut à ce mouvement qu'il dut la vie, la balle ayant pu se frayer passage sans offenser rien d'essentiel.
L'Empereur s'était arrêté un jour à Benavente. L'armée, ralentie dans sa marche par les chemins et 1^ mauvais temps, formait une longue et interminable colonne, qui se prolongeait depuis Toro jusqu'à Ben^"