CHAPITRE XXXIV
vente. Il voulait lui donner le temps de se serrer et de se réunir. Le 1®^ janvier 1809, impatient de savoir ce qui se passait à son avant - garde, TEmpereur partit pour Astorga. Il était au galop sur la route, suivi du prince de Neufchâtel et de Savary, lorsqu'un officier accourant à toute bride vint dire qu'un courrier de France était arrivé à Benaveute, et cherchait à joindre l'Empereur.
Napoléon s'arrêta, mit pied à terre, et fit allumer un feu de bivouac sur la route, où il resta, par une neige très froide et très épaisse, jusqu'à l'arrivée du courrier. Le prince de Neufchâtel ouvrit la valise et remit les dépèches à l'Empereur. « Quoique sa figure ne changeât presque jamais, dit Savary, je crus cependant remarquer que ce qu'il venait de lire lui donnait à penser, d'autant plus que nous remontâmes à cheval, et qu'il ne dit pas un mot jusqu'à Astorga, où il arriva, sans avoir repris le galop. A Astorga, il ne parla plus d aller jusqu'à la Gorogne. » Il venait de recevoir des nouvelles d'Allemagne; peut-être, dans sa pensée, la guerre était-elle déjà résolue, ou tout au moins probable.
Ce qu'il apprit à Astorga lui confirma que les Anglais étaient en pleine retraite. Dans la soirée, arriva le maréchal Soult. Peu de moments encore, et plus de S0,000 hommes venant de points différents, après avoir franchi par le temps le plus rude au moins 80 lieues, allaient se trouver réunis aux extrémités de l'Espagne.
C'était plus qu'il n'en fallait pour achever la poursuite des Anglais. Il en chargea le maréchal Soult, qui avait avec lui les divisions d'infanterie Merle et Loison
et la brigade Fournier; il lui donna en outre les divisions de dragons Lorges et Laboussaye.
Le marécbal Bessières fut rappelé au quartier général. Ordre fut donné au général Golbert de rejoindre le corps du marécbal Ney, qui devait rester à Astorga. Cet ordre était déjà donné, lorsque Soult fit observer que la brigade Fournier qui devait former son avant-garde était harassée, et demanda à TEmpereur de lui donner la brigade Golbert plus forte, et qui était déjà en avant.
Ainsi, c'était encore à ces vieux et braves régiments, le 3® de hussards et le 15® de chasseurs, que revenait rhonneur de marcher les premiers.
Il y avait quelques mois à peine qu'ils étaient revenus de Pologne, puis, en Espagne, ils avaient couru à Tudela, à Cascante, à Guadalaxara; depuis Madrid, ils n'avaient cessé de former l'extrême avant-garde de l'armée ; à Mayorga, ils avaient les premiers atteint les Anglais ; puis, poussant en avant et prenant la tête des nombreux escadrons conduits parle maréchal Bessières, ils n'avaient cessé d'être sur les pas de l'arri ère-garde anglaise. L'Empereur veut leur donner enfin du repos, lorsque Soult les réclame. Une singulière fatalité semble entraîner mon père.
Lorsque le maréchal Soult prit le commandement de l'armée, deux divisions anglaises, celles de Frazer et de Hope, étaient déjà à Villafranca ; la réserve de cavalerie à Gombaros. Au delà de Gombaros, le terrain s'élève tout à coup d'une manière abrupte ; mais, immédiatement après Rodrigalos, il va en descendant jusqu'à Galcabellos. Un peu avant d'y arriver, la route d'Astorga par Ponferrada croise celle qui vient de Rodrigos.